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"Départements des Coqs" au Warande à Turnhout. 30 janvier / 23 mars

Jacques Charlier, Eric Duyckaerts, Jacques Lennep, Jacques Lizène, Capitaine Lomchamps, Emilio Lopez Menchero, Sylvie Macias diaz, Benjamin Monti,Raphaël Van Lerberghe, Angel Vergara, Marie Zolamian.

Le centre culturel « De Warande » à Turnhout produit dès le 30 janvier prochain un festival plurisdisciplinaire centré sur l’art et la culture en Belgique francophone. Le festival s’appelle « Bonjour », comme le premier mot qu’on apprend en étudiant le Français. Pas de déclarations politiques qui souvent sont en désaccord avec la réalité mais une collection captivante de productions artistiques de la francophonie belge. « Le monde culturel de la Wallonie et de la partie francophone, lit-on dans le dossier de presse, est fascinant. Il bouge et évolue. Peu de Flamands en sont conscients. Nous aimerions voir changer les choses. Nous constatons que, pour les artistes, il n’y a pas de frontières, ni linguistique, ni culturelle. L’art est quelque chose d’universel qui traverse le temps et l’espace. L’infrastructure de notre maison de la culture se prête bien à le montrer par les différentes formes d’expressions artistiques ».

Le festival est donc pluridisciplinaire. Une exposition produite par Ar-Tur portera un regard sur l’architecture contemporaine en Wallonie. Au festival de Dour a été confiée une carte blanche de musique alternative. La programmation cinéma fera la part belle au court-métrage. C’est Nicole Gillet et le Festival du Film de Namur qui ont assuré la sélection. « Les Barons », le tout récent film de Nabil Ben Yadir a, pour sa part été sélectionné par « Open Doek ». On verra, côté danse, la Cie Mossoux-Bonté et l’Ensemble Musique Nouvelle, et côté scène la Cie Félicette Chazerand. Une exposition, enfin, rassemble quelques figures de l’Art contemporain en Belgique francophone. « Département des Coqs » est une coproduction du Centre culturel De Warande et de la galerie Nadja Vilenne.

Cette exposition n’entend pas faire un tour a à multiples facettes de la Belgique francophone artistique ; elle ne prétend pas plus en être un baromètre de la création ou constituer une ambassade. Fruits de conversations menées avec Annelies Nagels, ce « Département des Coqs » est plutôt le résultat d’un choix subjectif, de préoccupations qui nous sont proches, d’un environnement qui nous est familier. L’exposition rassemble les œuvres de onze artistes, de diverses générations, des figures toutes singulières, aux imaginaires bien trempés, aux poétiques particulières. Son titre, entre Département broodtharcien et coq hardi aquarellé en 1913 par Pierre Paulus, n’est peut-être qu’un jeu de mot plastique, géographique… Et volatile. Comme il peut être bien d’autres choses, en fonction du regardeur qui l’approchera.

En évoquant les œuvres, et les artistes, nous avons pensé à cette « peinture impossible » de Jacques Charlier, tant inscrite dans l’histoire, mais aussi à tous les discours théoriques dont Charlier se distancie avec un humour piquant et une étonnante lucidité. Nous avons pensé à l’avertissement « Ne neige pas qui veut » du Capitaine Lonchamps, aux « Trying to be » d’Emilio Lopez Menchero, ces tentatives d’être qui se transforment en « Let me be » lorsqu’il s’évertue un lundi de Pâques, à incarner l’un des quatre garçons de Liverpool, format LP. Mais aussi à « La main à deux pouces » d’Eric Duyckaerts, cette hypothèse qui tend à prouver que l’évolution va conduire l’humanité à la main à six doigts et deux pouces, plus commode pour la pratique de la peinture. Nous nous sommes dit qu’il y avait toutes les sculptures génétiques de Jacques Lizène, cet art de la médiocrité, ce talent du sans talent, talon d’Achille de tous les Académismes. Nous avons relu les oeuvres de Raphaël Van Lerberghe qui, toujours, ouvrent l’imaginaire à bien des conjectures. Nous avons pensé au « Vide » de Benjamin Monti, inspiré par Maurice Blanchot, à Sylvie Macias Diaz qui sonde les vertiges de la modernité. De ses exils choisis, Marie Zolamian conserve des traces de ce qu’elle a perçu qui lui était inconnu. Puis, il y avait aussi M. Bonvoisin, sculpteur de marrons, à Tania modèle pour photos de charme, En fait Jacques Lennep en grand costume de soudeur, ses devoirs quotidiens, son musée de l’Homme. Nous nous sommes souvenu de cette exposition d’El Pintor Angel Vergara, de cette longue salle de musée transformée en pinacothèque princière, ces portaits vidéographiques en plan fixe et la chorégraphie précise de la main du peintre qui, à l’avant-plan, semble repeindre virtuellement les portraits projetés. Autant d’itinéraires singuliers, d’interrogations sur l’être, sur le monde, sur l’être au monde, sur le doute existentiel. Des artistes qui voyagent, dans l’art, son histoire, et de par le monde. Autant de regards croisés. Cette exposition devait-elle être autre chose ?

Une série de relations s’en dégage sans doute, de préoccupations communes ; des liens se tissent, multiples, entre les uns et les autres. Un refus des conventions certainement, une approche critique aigüe, une pratique de la fiction ou du récit, de la mise en scène de soi, parfois jusqu’au burlesque ou la chute. Certains partagent un intérêt pour le recyclage, des objets, du discours, de l’image, de l’histoire de l’art.
Il y a des interrogations sur l’art, la peinture en question et la peinture en soi, un intérêt souvent renouvelé pour l’image filmique et vidéographique, des figures amicales ou tutélaires attendues telle celle de Marcel Broodthaers, ou moins connues du grand public, celle d’André Blavier par exemple. On décèlera la distance que les uns et les autres entretiennent avec l’autorité des discours dominant, un humour certain ou un certain humour, un intérêt pour toute la science des solutions imaginaires, une façon de considérer le monde avec sérieux, sans se prendre au sérieux. Il y a les exils, choisis, subis, vécus, les origines diverses, les terres d’élection, un brassage de cultures qui assoit la diversité des regards. Le jeu linguistique, un goût pour la langue et tous les jeux qu’elle offre, enfin, constitue peut-être un fil rouge commun à beaucoup. Des pastiches de Charlier aux devoirs quotidiens de Lennep, de la rhétorique lizénienne aux conférences - performances de Duyckaerts, de la pataphysique pratiquée par le Capitaine Lonchamps aux recyclages de Benjamin Monti en passant par les phrasés visuels de Raphaël Van Lerberghe.

L’exposition rassemble des œuvres existantes et de nouvelles productions, elle comprend également un programme de films et vidéos et s’accompagne d’un livre catalogue, également titré « Département des Coqs ». Son ambition est d’évoquer les œuvres montrées au plus près, comme un fil conducteur offert au visiteur.

Du 30 janvier au 23 mars.
Vernissage le samedi 30 janvier.
Jacques Charlier, Eric Duyckaerts, Jacques Lennep, Jacques Lizène, Capitaine Lomchamps, Emilio Lopez Menchero, Sylvie Macias diaz, Benjamin Monti, Raphaël Van Lerberghe, Angel Vergara, Marie Zolamian.