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Expositions. L'amiral cherche une maison à louer |
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Saison 2007-2008 | L'amiral cherche une maison à louer |
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L’amiral cherche une maison à louer À l’abordage d’une exposition, comme un feuilleton d’été L’annonce est bien connue des amateurs de Dada : « L’amiral cherche une maison à louer » est le titre d’un « poème simultané » écrit par Tristan Tzara, Richard Huelsenbeck et Marcel Janco, performance créée à Zürich en mars 1916. Publié la même année dans le Cahier du Cabaret Voltaire, cet « Amiral » a de faux airs de partition musicale. Son trio d’auteurs revendique une liberté totale de l’art ; tous trois désirent faire sauter les frontières qui enferment l’art dans une série de définitions, celles qui emprisonnent également l’homme dans les rouages aliénant de la machine à produire. « L’Amiral », c’est une sorte d’architecture acoustique, ni polyphonique, ni cacophonique, affirmant la plasticité du mot de façon parfaitement libre, une œuvre littéraire à dire et à entendre, performative donc, stimulant une poly-intonation en langues diverses où chacune garde son étrangeté sans plus être étrangère à l’autre. La figure de l’Amiral Laissons à Emilio Lopez-Menchero le soin de camper la figure de l’Amiral. Retour à Dada, il habita d’ailleurs celle de Rrose Selavy, maquillé et chapeauté tel Marcel Duchamps travesti en son altière ego, bêcheuse et désappointante. Extravagance, excentricité : l’artiste, lui-même hybride hispano-belge, tente régulièrement les réincarnations les plus diverses : essayer d’être le Balzac de Rodin, nu ou monumental, ou Picasso boxeur, ou Rrose Selavy, ou Che Guevara, ou Frida Kahlo, ou Raspoutine, ou Harald Szmemann, ou Russell Means façon Warhol, ou encore un sumo dandinant. Transformiste, déclinant toutes les flamboyances, même celles de pacotille, c’est à chaque fois l’image de l’artiste et de son double que l’artiste resculpte. Comme un voyage mimétique au travers de quelques mythes, sachant que ceux-ci révèlent à la fois le mensonge et la vérité. Voilà l’artiste, en quête d’identité, rangé au rayon des héros domestiques. Parodique ? C’est beaucoup plus subtil. La parodie sanctionne et consacre dans le même temps, sur un mode toujours paradoxal : se moquer en admirant, s’identifier en se démarquant. Elle est hommage et reconnaissance, sur le mode du travestissement burlesque. Pastiche ? Pas seulement non plus. Si Lopez-Menchero fait de temps à autre référence directe à une œuvre d’art, à un document historique, une photographie d’archive, il s’inspire aussi d’attitudes dans cette volonté « d’essayer d’être ». « Alles ist Architektur » déclarait Hans Hollein dans son célèbre Manifeste de 1968 et se plaît à rappeler Emilio Lopez-Menchero. Et cette série de « Trying to be » en témoigne : il s’agit d’une construction existentielle comportant des couches autobiographiques comme d’autres référentielles, entre exhibition, travestissement, héroïsme domestique. Le départ du faune Jacques Charlier a lui aussi particulièrement bien assimilé la leçon Dada, ses suites et avatars. Le refus du style, l’humour, l’irrespect, la remise en cause des conventions artistiques sont autant de paramètres d’action. Ainsi, une fois encore, ce petit ensemble d’œuvres relatives au S.T.P, le Service technique Provincial où Charlier est employé au titre de dessinateur expéditionnaire. Cette appellation elle-même a quelque chose de cocasse. Charlier se contente, au début des années 70, d’être « présentateur ». Sa pratique consiste à distiller dans le champ artistique des documents de nature professionnelle, des documents « essentiellement professionnels », d’autres « relatifs à l’univers professionnel », de les y « présenter », ni plus ni moins. Sont réunis ici trois états d’un même document, dont Charlier usera pour annoncer son exposition au musée des Beaux-Arts d’Anvers, section art contemporain (sic) en 1972. Une photographie prise le vendredi 6 octobre de cette même année rassemble sur le pas de la porte du S.T.P. six employés du Service : André Praillet, Jacques Charlier, Pierre Chaumont, Joseph Servais, Claude Dispas, Jean Mossoux. Elle est légendée, avec un lyrisme certain : « le départ du faune », comme un tableau mythologique. Pourtant aucun des personnages qui campent sur le cliché n’a l’apparence d’un être fantastique. Le faune c’est le surnom amical (et ironique ?) donné à l’un d’eux par les collègues du Service. Et le départ de celui-ci, c’est très prosaïquement sa mise à la retraite. Le blogger de Bastardtown Lui, ce n’est pas l’Amiral, mais il se prend pour un flibustier, casquette à l’envers, une tessère percée trouvée sur la plage en guise de monocle d’acier. Le geste tient du jeu, de ces petits riens qui font le sel de la vie, des petites choses qu’Orla Barry enregistre et qui constitue le corps de son œuvre. Ses proches, sa famille, ses amis participent de cette œuvre tissée de textes, de photographies, de films, de riens collectés dans une carambole de mots et d’images. Les textes de l’artiste, qui fondent d’ailleurs toute son œuvre filmique, sont pure plasticité. Ainsi ce « Bastardtown Blogger », long monologue scandé face caméra, d’un long et unique trait. C’est ce même flibustier qui soliloque, devenu comédien quelques années après la photographie de la plage. Orla Barry retrouve souvent sur sa route ces acteurs familiers. Ainsi, elle photographie Juliette à dix ans d’intervalle dans le même environnement, l’invitant à prendre la même pose, montrant à l’objectif une broderie, « Juliet’s Birth », sans aucun doute offerte à l’occasion de sa naissance, agissant désormais comme une sorte d’ex-voto. Dans un entrelacs décoratif, Adam et Eve veillent sur la maison familiale, celle de Juliette Thomas, née le 20 septembre 1983 à 19h37. C’est là comme une liturgie du temps qui passe. De la mémoire à transmettre aussi. À Juliette, qui brode ainsi sa vie, fait face une autre jeune fille, allongée sur le plancher, la tête reposant sur un coussin. Dans le creux de celui-ci gît une solitaire main de mannequin, incongrue, dont le majeur se glisse dans l’oreille de la jeune fille, comme si elle s’immisçait en sa mémoire. Le temps, la souvenance sont des lignes de force dans l’œuvre de Barry. Mais revenons en à ce blogger de Bastardtown : frontal, il monologue ; en noir et blanc, il s’adresse à chacun de nous en particulier. Sa voix est profonde, rapide, elle scande le rythme d’une journée, thé vert, brosse à dent, bourdonnements de la vie citadine, stress, ordinateur portable, téléphone mobile, sonnerie : « Que quelqu’un décroche mon foutu téléphone ! » dit-il. Dans le jardin en bas de chez moi, ils sont en train de tuer un agneau. Ils lèvent les yeux, marmonnent quelque chose dans une langue que je ne comprends pas et reprennent leur tâche. La bête implore. Ses pauvres bêlements étouffent la sonnerie du téléphone. Au moins, ils savent ce qu’ils vont manger aujourd’hui. De l’agneau fraîchement égorgé au lieu de notre melting-pot de nourritures citadines : hot-dogs, poulet frit, frites, crevettes grillées, saucisses de Francfort, hamburgers, tofu.... » Interminable litanie de la mal-bouffe urbaine, des névroses de la ville schizophrénique que l’homme veut fuir à tout prix. Taxi, aéroport, départ vers l’île pour y trouver une maison, vers ces côtes d’Irlande qui sont aussi celles de Barry : « Je n’ai jamais été l’un des leurs! Je veux dire par là que mes racines campagnardes sont toujours restées intactes », continue-t-il … « Je recule devant l’idée d’une société urbaine utopique. Je ne veux pas barboter dans une mer de visages inconnus. Je ne veux pas vivre parmi des gens qui feignent l’hystérie pour produire une réaction chez leur psychanalyste. Je ne veux pas vivre dans une ville qui produit trop de fictions restrictives. La ville répond à mes questions par des énigmes. Donc, je m’en irai donc avec la confusion qu’elle crée en moi. Même si la campagne s’est fondue dans le silence de sa propre origine tel un signe précaire et instable aux yeux de la ville, il me fallait y revenir. Vous savez, c’est comme les dauphins, ils préfèrent s’échouer et mourir sur le rivage que de se noyer. ». Noir. Le revoici flibustier sur sa plage déserte. Le village Si vous cherchez une maison à louer, adressez-vous à Jeroen Van Bergen. Il vous la fournira, parfaitement conditionnée, à échelle désirée, dans une boîte estampillée, sur tréteaux galopant comme un mille-pattes, en caisses bien vissées destinées à tous les nomadismes muséaux. L’artiste veillera tout autant à l’éclairage public, au mobilier urbain, à l’animation citadine et ses placards publicitaires. La programmatique est complète, de l’église à l’habitation destinée à une personne isolée, de la baraque à frite flanquée d’un bordel au logement social, de la cité estudiantine au théâtre de la ville. Et pour « L’Amiral », Jeroen Van Bergen, propose un programme urbanistique étendu, qui tient à la fois d’un Manhattan globalisé, d’une ville de l’ouest américain bâtie le long d’une seule rue et de cet obsessionnel principe modulaire que l’artiste constructeur décline à toute échelle. Un principe ironique puisqu’il applique aux utopies modernistes, celles de Dom Hans van der Laan entre autres, une standardisation des plus triviales, les dimensions usuelles des toilettes, réglementairement fixées par l’administration de l’urbanisme néerlandaise. Le module de base que Jeroen Van Bergen décline non sans humour, de l’espace domestique de vie à son inscription dans un champ de vision périphérique du paysage suivant un principe exponentiel, quasi viral, mesure rigoureusement cent dix centimètres par deux cent soixante et quatre-vingt dix. Ironie sur la norme, la standardisation, une vision communautaire qui touche à l’absurde, cette mégalopole lilliputienne à une seule rue que l’artiste présente tantôt au sol, tantôt sur les mille pattes de ses tréteaux s’appelle d’ailleurs « Dorp 001 » . Traduisez Village 001. C’est là que s’élabore dans une logique aussi ludique qu’insensée et en creux d’un système globalisé une réflexion sur des problématiques contemporaines qui touchent à la place des utopies, au progrès, à la modernisation, à la démocratie, aux relations que l’homme entretient individuellement et collectivement avec les espaces urbains. Le naufrage Et pour meubler la maison de l’Amiral faites donc appel à Jacques Lizène. « Collectionneurs avertis il vous faut acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur, par opposition, vos mobilier de qualité et vos tableaux de maîtres » L’art est auto publicitaire (1975) et la vidéo un remake vidéographique où, grâce à la « palette graphique » dirait Lizène, les œuvres médiocres, voire même nulles, du petit-maître s’incrustent dans les décors de galeries huppées d’antiquités ou de design contemporain. L’écran s’échappe du tiroir d’une commode, pastiche d’un mobilier de qualité, surmonté d’un miroir mouluré et délustré sur lequel Lizène d’art nul a peint et collé un portrait génétique, bel exemple de syncrétisme culturel entre figure orientale et être fantastique dans un décor néo-déco. Confondant peinture et sculpture dans une flûte à champagne, Lizène pose sur la commode une « nature morte à la maladresse » (1973) : le verre est renversé et déverse une longue traînée de peinture argentée sur l’acajou de la commode. Et pour cause ! Celle-ci est fendue en son milieu, chavire, bascule, sombre tandis que le miroir vacille. Titanesque naufrage, engloutissement, échec, submersion des valeurs que Jacques Lizène ébranle en permanence. Au travers d’une joyeuse auto-historicité, écrivait récemment Eric Mangion, Jacques Lizène se joue depuis quarante ans de toutes les boursoufflures du discours esthétique, toutes les prétentions de « l’art majeur », les idéologies, les classifications castratrices. Il commence d’ailleurs sa carrière par une véritable vasectomie qui lui ôte tout souci de reproduction ». Prônant la médiocrité pour attitude et l’attitude elle-même pour activité artistique qui échappe à toute tentative critique basée sur le jugement, Jacques Lizène désacralise assurément toutes les valeurs du système de l’art. L’Amiral et le Capitaine Avec Capitaine Lonchamps, on en revient certes à la figure de l’amiral lui-même. Un capitaine, un amiral, cela tombe sous le sens, me direz-vous. D’autant lorsque le Capitaine enneige la figure martiale et sépia d’un conscrit ou introduit Snowman au sein d’une compagnie portant vareuse à brandebourgs digne de l’uniforme d’un Monsieur Loyal carnavalesque. Snowman est très certainement l’amiral lui-même : singulier, inattendu, incongru, témoin voyageur de par un monde suranné, ombre fantomatique enneigée s’immisçant dans la vie quotidienne de tous et de n’importe qui ; il est sans doute pataphysicien lui-même, du moins on peut l’imaginer. Capitaine Lonchamps collecte de vieux clichés, des images empreintes de nostalgie, des chromos, des curiosités de bouquinistes. L’encre de chine et la gouache lui permettent d’introduire Snowman à la place même de l’une des figures représentées, photographiées. Cet homme de la neige en devient familier dans son étrangeté, cultivant néanmoins une certaine distance par rapport à la scène où il s’introduit, aussi imperturbable que l’est le pataphysicien lui-même, le seul, déclarent les disciples de Jarry, à pouvoir sérieusement traiter du sérieux. La pataphysique est science des solutions imaginaires, du particulier, des exceptions, et l’activité neigiste du Capitaine Lonchamps certes une activité pataphysique puisqu’elle fait de la neige une exception. On appréciera dès lors cette solution imaginaire à la crise de l’énergie qui consiste à couvrir de neige la ligne kitsch et les fausses bûches d’un poêle électrique ou mieux encore le fût d’un baril de pétrole, flambée poétique qui dépasse de loin le prix du baril. De façon imaginaire, cette neige du Capitaine Lonchamps, participe de la biodiversité. Le balai et l’aquarium « Voilà qui me plait, je vois. Est-ce tout ? » Véronique et le souffleur assis dans le carré de la peinture Les œuvres de Walter Swennen s’inscrivent dans le champ d’une liberté visuelle complète, cette liberté que l’artiste saisit pleinement pour peindre au sujet de quoi que ce soit et sans souci de hiérarchie. Ainsi cette toile récente, « Véronica », représentation d’une ménagère qui étend son linge sur les cordes d’un séchoir de jardin ; des draps de toutes les couleurs et de toutes dimensions. Un tableau ordinaire, en quelque sorte. Accessoires Non, ce n’est pas parce que Véronique pend son linge sur le tableau de Walter Swennen que sont posés tout à côté ces trois paniers de la ménagère, dont la photographie est récemment parue dans les pages « accessoires » du « Blue Key, journal of Demographic Design ». En fait non pas un journal de mode, mais bien une publication d’Eran Schaerf dont on sait qu’il apprécie déconstruire les formes et le sens pour les réagencer sur un mode linguistique et plastique. Qu’il s’agisse d’images, de textes, de publicités, de vêtements, Eran Schaerf s’attache à décoder des valeurs collectives, sociales et culturelles, afin de se les réapproprier. L’artiste s’intéresse aux signifiants culturels, à la façon dont ils agissent l’un sur l’autre et dont ils peuvent être reproduits et stimulés. Aux contextes déterminés, Eran Schaerf préfère les zones de passage, les espaces transitoires en permanente transformation, les “entre-deux”. Ses récents « séjours temporaires » constitués de bâches tendues dans l’espace en témoigne. L’entre-deux et la zone de passage permettent ici de subtils rebonds. Avec le dessin textuel de Raphaël, à gauche, on se demandera si c’est tout ce qui est à voir : trois petits sacs et filets de la ménagère, aux rouges intenses. Dans l’un est déposé le motif d’une pomme de carton kraft agissant comme contenu, mais aussi motif du contenant, la caissette de pommes ; l’autre, au décor floral, épouse la forme de son contenu, un plateau de plastique imprimé d’entrelacs. Si par contre, on se tourne vers les contributions d’Olivier Foulon et de Walter Swennen, on envisagera un carré de couleur en plus, et cent pour cent coton, ce kéfié qui sculpte le troisième petit sac, lui conférant dès lors une symbolique sociétale, culturelle, migratoire, voire même politique. Club Wear appartient ainsi à une série d’œuvres que l’on qualifiera aussi de mariages mixtes, vêtements, marques, accessoires, réévalués dans un métissage de signifiants collectifs. (a suivre)
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