galerie Nadja Vilenne
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2010 > ART BRUSSELS                                                                                                                                                                                                      Plus sur Emilio Lopez-Menchero

Jacques Charlier - Olivier Foulon - Audrey Frugier - Honoré d'O - Eleni Kamma - Suchan Kinoshita - Aglaia Konrad - Jacques Lizène - Capitaine Lonchamps - Emilio Lopez
Menchero - Benjamin Monti - Walter Swennen - Jern Van Bergen - -Marie Zolamian

EMILIO LOPEZ MENCHERO, THE PIPE, PERFORMANCE

"The Pipe", ceci est une pipe géante et cela fit un tube dans les travées des Palais Un et Trois. Non, Emilio LopezMenchero ne s'est pas égaré dans son agenda ; ce n'est pas le salon Batibouw, mais bien Art Brussels. Et c'est àÝ l'invitation de la Direction de la Foire qu'il produit cette performance pour le moins singulière. Il y a deux ans, lors de la nocturne de clôture de cette même foire, Emilio Lopez-Menchero s'était déjàÝ distingué, promenant entre les stands son ´ Géant M ª, une sorte d'anonyme Monsieur Moderne, un géant carnavalesque, qui une heure durant visita et considéra la foire de haut, se penchant littéralement sur les ‰ìuvres exposées. On se souvient de cette encombrante déambulation verticale. Cette fois, Emilio Lopez Menchero travaille suivant un axe horizontal, tout aussi incommode, inconfortable, bref envahissant. S'inspirant du souvenir d'une scène de chantier urbain, une douzaine d'hommes portant àÝ l'épaule un imposant tube de PVC noir, long d'une douzaine de mètres, il se propose d'introduire dans la foire, un peu comme l'on glisse le fil dans le chas d'une aiguille, un tube de même gabarit. Porté par une dizaine de fiers-àÝ-bras qui, suivant une déambulation et un itinéraire programmé sur papier, tenteront de se frayer un chemin parmi les amateurs d'art, de négocier d'improbables virages, de déjouer les pièges posés par les escalators, les comptoirs d'accueil ou les bars àÝ champagne.
Sur papier, ´ The Pipe ª, le tube, est noir comme un coup de crayon ou d'encre de chine. Les porteurs, comme dans la plupart des dessins de l'artiste, ressemblent àÝ ces silhouettes anonymes esquissées par l'architecte théoricien Ernst Neufert, auteur des célèbres ´ Eléments des projets de construction ª, cette base méthodologique de la mesure de toute chose, de la norme et des prescriptions. ´ Alles ist Architektur ª, déclarait Hans Hollein en son Manifeste de 1968, ´ tout est architecture ª, reprend Emilio Lopez Menchero, y compris le fait de projeter une canalisation en PVC, un tube, un pipe-line, dans un espace social compact. Il est vrai qu'ici tout sera question de mesure dans un ballet embouteillé. Attention, chantier de l'art, l'art est en chantier.
L'intrusion serait-elle incongrue ? Je repense aux déambulations d'André Cadéré, àÝ ces quatre célèbres images datées de 1974 qui représentent l'artiste vu de dos, vêtu de son célèbre tee-shirt rayé, portant sur l'épaule l'une de ses grosses barres de bois rond. La barre traverse la photo de part en part, comme si elle était sans fin. Cadéré la porte dans la même attitude que les porteurs du ´ Tube ª de Lopez Menchero. ´ Exposé làÝ où il est vu ª déclare André Cadéré, àÝ propos de son travail. Exposé làÝ où ´ The Pipe ª sera vu, dans les travées de la foire, peut-on dire de la performance d'Emilio-Lopez-Menchero. Je repense également aux photographies de canalisations de Jacques Charlier, cette intrusion dans le champ de l'art de ces éléments de constructions souterraines, ces photographies professionnnelles. Charlier écrira, en 1968, àÝ propos d'une série de clichés de canalisations : ´ Ces photos de presse sont en quelque sorte des photographies professionnelles publicitaires, vantant les derniers mérites de la technologie en matière d'égouttage. Leur caractère énigmatique peut non seulement rivaliser avec certaines recherches plastiques contemporaines, mais aussi les dépasser par leur monumentale capacitié d'expression. Mais cela personne ne le dira jamais ou peut-être trop tard. Ainsi en va-t-il de l'art d'aujourd'hui qui détourne àÝ son profit, sous l'alibi d'une création ésotérique, la réalité du travail, insupportable pour la minorité culturelle dominante ª. Fernand Léger, au fil des pages de ´ L'esthétique de la machine ª, ne déclare pas autre chose lorsqu'il écrit : ´ La vie plastique est terriblement dangereuse, l'équivoque est perpétuelle. Aucun criterium n'est possible, aucun tribunal d'arbitrage n'existe pour trancher le différend du beau ª. Et de vanter le Salon de la Machine plutôt que celui de l'Art : ´ S'ils (les fabricants de machines) pouvaient faire crever le stupide préjugé, s'ils savaient que les plus beaux Salons annuels sont les leurs, ils feraient confiance aux hommes admirables qui les entourent, les artisans, et ils n'iraient pas chercher ailleurs des incapables prétentieux qui massacrent leur oeuvre ª.