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Artistes. Jacques Charlier |
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canalisations souterraines (1969)
« La complexité de cette double projection provient juste du fait que je n’avais pas de matériel de montage. Tout cela se faisait manuellement avec de savants repérages », expliquera Jacques Charlier. De fait, sur les mêmes photos d’archives, on découvre aussi, à même le sol et le long du mur, un enregistreur à bandes. Le film lui-même n’est pas encore directement sonorisé ; il le sera plus tard. Et pour l’occasion, l’artiste, lui colle ainsi la bande son qu’il a lui-même conçu. Magnifique bricolage qui témoigne de l’esprit du temps (Marcel Broodthaers aime lui aussi les projections de diapos dans ses expos) et qui est loin d’être dénué de sens. La superposition physique des images, non fondues dès lors, la mécanique de la projection, le bruit que les appareils génèrent participent en effet pleinement à ce qui tient finalement plus d’une installation que d’une projection vidéographique. Un film d’une part donc, un acte posé et capté par la caméra de Nicole Forsbach, un dimanche de septembre de 1969. Charlier lui-même s’explique à propos de ce projet, le resituant dans sa pratique et ses préoccupations ; il écrit dans l’une des éditions de « Total’s Underground » ces quelques lignes en guise de synopsis et de motif : « Après avoir traversé le réseau serré des multiples canalisations psychiques, me voici aux abords de la Zone Absolue… Résumé : notre premier contact physique avec la terre est de la parcourir. La seconde est l’analyse tactile, gustative. Ensuite vient le geste primordial, le comportement initial de l’homme vis-à-vis de la terre, qui est de la creuser. J’ai choisi un lieu-non-lieu répondant le mieux à ma conception de zone «démobilisée ». Un terril. Une terre morte et stérile, sans arbre, sans maison, sans avenir, rien que le vent et les nuages… (L’action fut réalisée le dimanche 14 septembre 1969 de 14h30 à 18h45). Seul témoignage de l’événement : un film super 8 réalisé par Nicole, ma femme". Une suite de diapositives d’autre part. "Cette suite de coupures de presse a été prélevée dans des revues de Travaux Publics parvenant au STP de Liège. Ces photos de presse sont en quelque sorte des photos professionnelles publicitaires vantant les derniers mérites de la technologie en matière d'égouttage. Leur caractère énigmatique peut non seulement rivaliser avec certaines recherches plastiques contemporaines, mais aussi les dépasser par leur monumentale capacité d'expression. Mais cela, personne ne le dira jamais, ou peut-être trop tard. Ainsi en est-il de l'art d'aujourd'hui qui détourne à son profit, sous l'alibi d'une création ésotérique, la réalité du travail, insupportable pour la minorité culturelle dominante. Cette suite a été transposée en diapositives pour être projetée sur le même écran et en même temps que le film super 8, "Canalisations souterraines", caricature des dernières tendances paysagistes. (Jacques Charlier, mars 1968) ». Sisyphe moderne, Jacques Charlier creuse donc à coups de pioche et de pelle une tranchée, une saignée sur le terril de Saint-Gilles, une tranchée comme celles destinées aux canalisations d’égouttage qui se superposent au film lui-même, universalisant le paysage dans lequel Charlier agit. Peinant, il verse la terre sur un grand plastique blanc étendu sur le sol comme un linceul. La tranchée suffisamment profonde, il y tire avec difficulté le plastique et la terre, afin de consciencieusement reboucher la tranchée. Deux gamins endimanchés le regarde, héberlués. Un couple admire le paysage industriel liégeois. C’est absurde, vain, inutile, presque pathétique. L’œuvre se compose de :
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