
Désormais le monde est à portée de chacun et le nomadisme gagne du terrain par plaisir, par nécessité, par le goût de la découverte, pour le contact avec les autres, pour voir. Les plasticiens ne sont pas en reste, leur souci d'internationalité aidant, ils voyagent, se déplacent, rêvent ou imaginent. Le réel et le virtuel s'entremêlent, mais qu'importe, l'oeuvre est là, nourrie de ces évasions.
On prendra donc les pas jaunes d'Emilio Lopez Menchero pour effectuer un circuit de cimaises qui emporte ici et au loin, par les mots, essentiellement ceux peints ou imprimés de Orla Barry; par les images et les documents. Par ces derniers, on retracera une partie des pérégrinations amusées de Francis Als et Honoré d'O à Venise, tandis que de manière beaucoup plus objective, deux photographes, Anne Daems et Jan Kempenaers, traitent les typologies architecturales et urbaines. Uniformisation en marche ou à chaque pays ses habitations? Ce n'est pas Benoît Roussel qui répondra, sinon par le flou et la mise en valeur chromatique.
Les séries de tout petits tableaux de Robert Devriendt, images répétitives ou mouvement décomposé, ne manqueront pas de soulever quelques questions sur la vision des choses et leur réalité, sur la perception possible de l'instant éphémère: au millième comme un objectif photographique?
L'oeuvre la plus imposante de cette exposition, Mapping Calendar, est une frise photographique essentiellement en noir et blanc tout autour de la mezzanine, d'Anne Penders. Une manière originale pour l'artiste de faire le point après quelques voyages dans le monde. La suite n'est pas datée mais se déroule selon les mois de l'année, de n'importe quelle année. Le choix des photos se présente comme une sélection des meilleurs clichés ou des meilleurs souvenirs, car c'est d'elle, de son propre regard, de son rapport au monde, que parle surtout la plasticienne dont on connaît aussi la valeur de l'écriture, en romans, en textes poétiques parfois accompagnés de ces photos. Il en ressort une poésie et des émotions comme si on participait de ces déambulations anti-voyeuristes à la recherche des aspects sensibles des sites visités ou plutôt vécus. On n'est jamais dans la narration mais bien dans l'évocation, dans la suggestion, dans une relation d'intimité rendue attachante. (Claude Lorent, La Libre Belgique, 8 septembre 2005)
photos : Orla Barry, Blues Volumes - Anne Daems, sans titre - Emilio Lopez-Menchero - Anne Penders, mapping calendar, installation

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