a  
Jacques Lizène

Accueil   |  Actuel   |  Artistes   |  Expositions   |    Editions L'Usine à Stars    |  La Galerie    |   Contact  |  leBlog de la galerie



Oeuvres nulles | Documents | Biographie| Oeuvres médiocres pour collectionneur tendance | Partage de cimaise | Collection virtuelle |
Expositions : 1999 | 2003 | 2004 | 2006 | 2006 (sapin croisé palmier) | 2008 Antiquités contemporaines | 2008 Fiac Paris | 2009 Les Mois de Lizène au Muhka |

Une collection virtuelle entre deux neurones

Jacques Lizène, depuis 1961, collectionne virtuellement. Une collection qui participe pleinement de son œuvre et témoigne de cette abolition de l’idée de jugement qui lui est chère. Visite guidée.

Collection virtuelle. Anciennement : collection mentale (1961). Collection virtuelle dès le début des années 90, lorsque l’artiste envisage également le concept d’exposition virtuelle. Collection imaginaire du Petit Maître, amateur d’art. La collection virtuelle est occasion d’actions d’art comportemental : se comporter comme un collectionneur d’art. Jacques Lizène aime à rappeler qu’il est un immense amateur d’art. Historien de sa propre démarche, surqualifiant ou disqualifiant lui-même ses œuvres afin de couper court à toute tentative de critique basée sur le jugement, il est également collectionneur, d’une immense générosité purement intellectuelle puisque cette collection est virtuelle. Il se comporte comme un collectionneur d’art depuis 1961. Nous l’avons vu lors d’un vernissage parisien intervenir dans une vente aux enchères par téléphone (en fait, son soulier collé à l’oreille). Il n’est pas rare d’entendre le Petit Maître se présenter comme collectionneur auprès de quidams fréquentant les événements artistiques. Interrogé en 2006 pour un journal d’art contemporain à propos de ses dernières acquisitions, le Petit Maître collectionneur et amateur d’art répondait qu’il venait d’acquérir un tableau métamorphique de Picasso conservé dans un musée berlinois, un piano de l’artiste japonaise Suchan Kinoshita, hommage au philosophe Nietzsche (mais dans une version à queue et couleur blanc ivoire de Yamaha), ainsi qu’une œuvre du jeune Olivier Foulon, et dans la foulée, L’Atelier de Courbet et L’Enseigne de Gersaint de Watteau.
On l’aura compris : la collection lizénienne tient de l’attitude, du discours, de l’appropriation et participe entièrement de la façon dont il élabore son œuvre. Lizène conduit le récit de cette collection avec toute la générosité induite par cette médiocrité revendiquée qui permet à tout d’exister. Il peut acquérir l’œuvre d’un aquarelliste amateur comme les plus grands chefs-d’œuvre des musées. Toutes sont susceptibles de commentaires, sans jamais aucun jugement disqualifiant : « J’apprécie tous les artistes, dit-il. Ce qui est bien dans l’art, c’est la diversité. Le système de l’art imite le système de la vie, mais avec la différence qu’en art, il n’y a pas d’erreur, où si vous voulez, même l’erreur est une réussite. On peut faire quelque chose d’abominable en art, cela ne nuit à personne, sinon un peu à l’artiste lui-même, et encore. » En 2000 un film a été consacré par Isabelle Arthuis et Erwan Mahéo à la collection virtuelle de Jacques Lizène. « Ce film, précise Jacques Lizène, s’est fait très vite, à un moment où je pensais d’ailleurs vendre ma collection virtuelle. » En un long monologue qui s’apparente à une visite virtuelle du musée lui-même virtuel, l’artiste accompagne le visiteur au carrefour de ses synapses. Il lui présente, en situation, les œuvres de la collection, de Picasso à Piero della Francesca, de Chardin à Charlier, de Ben à Ensor, en passant par le marsupilami de Franquin, vraie Sculpture génétique précise Lizène, l’œuvre sociale de Gaston Lagaffe, l’intégrale des œuvres perdues d’Alain d’Hooghe (dont la course cycliste pour l’art), la sculpture hindoue et ses triples flexions végétales. Il y évoque même la « Salle des suicidés » où il conserve entre autres les peintures détruites dans l’incendie de l’atelier de Gorki. Pourquoi une salle des suicidés ? « À une certaine époque, j’ai rencontré Richard Tialans dont je ne savais pas encore qu’il était pataphysicien, mais qui était féru de littérature et qui a publié le théâtre de Filliou. Je lui ai demandé de me conseiller des livres, mais uniquement d’écrivains suicidés. » Le musée virtuel de Jacques Lizène participe de son œuvre, il serait même œuvre à part entière. « En fait, explique Lizène, il n’y a rien d’original à cela. Bon nombre de gens collectionnent virtuellement ; la différence, c’est que je le déclare et accorde des interviews sur le sujet, et que je raconte des anecdotes ; en fait je collectionne aussi les anecdotes. » Elle participe d’un système, dans lequel pourraient également s’inscrire les Lotissements de cimaise que Lizène pratique depuis 1975, ses Placards à tableaux (1970), dans lesquels il lui arrive d’intégrer les tableaux d’autres artistes, ou certains films tel Un certain art belge, une certaine forme d’humour (1993), exposition virtuelle où des œuvres d’artistes belges deviennent des monuments dans l’espace public parisien. Y aurait-il des œuvres de Jacques Lizène dans la collection virtuelle de Jacques Lizène ? « Oui, oui, répond-il, mais pas toutes… J’en ai laissé quelques-unes pour les autres. » (J.M.B.)

Être un collectionneur d’art, 1961. Démarche volontaire dès 1961. Le Petit Maître évoque alors sa « collection mentale ». Dès les années 90, alors qu’il développe le concept d’exposition virtuelle (1993), Jacques Lizène évoquera sa collection virtuelle. Elle naît de la lecture d’un livre de Sacha Guitry illustré par des œuvres d’art que celui-ci appréciait particulièrement, une sorte de musée imaginaire. (J.M.B.) Voir aussi : Collection virtuelle.


Placard à tableaux. Il est inutile de mettre les toiles médiocres de Lizène au placard ; depuis 1970, le Petit Maître s’en charge lui-même. Il entasse ses œuvres, pêle-mêle, mise au placard de l’artiste sans importance. Ou plutôt non, il expose ses placards à la cimaise, dans un stupide retournement de situation, où l’essentiel n’est pas de montrer les toiles, mais bien le placard lui-même. C’est dans l’exposition Art spécifique de 1970 que Lizène entasse ses toiles pour la première fois, lors de l’action Décrochage des tableaux, moment où il invite le public à venir voir le décrochage de l’exposition et ainsi donc « l’art de l’envers du décor » (1970). Durant le décrochage, alors qu’il développe une seconde action qui consiste à réduire la longueur et la largeur de la galerie, il entasse ses toiles dans un coin. L’envers du décor. L’art de l’envers du décor, c’est le châssis de la toile, son armature, son ossature. L’envers du décor, ce sont les misères que l’on cache, les œuvres insignifiantes que l’on stocke, les brosses et balais des placards. L’envers du décor, ce sont toutes ces œuvres oubliées dans les réserves des musées, celles des médiocres, des sans grades et des sans noms que Lizène rédime, les exhumant en même temps que les placards qui les abritent. Cet intérêt pour la matérialité de la peinture, son châssis, son cadre ne se démentira pas au fil des remakes. Lizène peint des Entassements de toiles, il les peint à l’envers, parfois l’endroit sur l’envers, ou à l’endroit. Entassement de toiles nulles, de Toiles dans la toile, de Nouvelles Abstractions nulles, de Toiles néo-rupestres, de Toiles néo-déco, avec ou sans l’ajout d’autres misères, des brosses et des balais, d’autres œuvres. Il les compose également en Sculptures nulles. Ainsi, depuis la fin des années 90, en remakes d’expositions, Jacques Lizène recompose régulièrement en placards un ensemble de toiles, d’encadrements orphelins, de Sculptures nulles, de Dessins médiocres, y ajoutant parfois, ici un balai, là une projection penchée sur toile, où là encore une bouteille de champagne, bue au préalable, c’est là une triviale question d’art comportemental. La logique est implacable et le principe même du placard à tableaux peut s’étendre à n’importe quelle réserve de musée. D’aucuns, dont les directions se sont crispées à l’idée d’un crime de lèse-réserves, ont refusé, d’autres ont accepté. Ainsi au Musée des beaux-arts de Brest : Lizène y compose en 2003 un placard à tableaux des œuvres de l’institution ainsi qu’un cadre de cadres, tandis que dans un beau naufrage de regards, il fait chavirer quelques marines aux cimaises des salles du musée. Le Petit Maître projette de constituer un placard à tableaux avec des œuvres des réserves des musées vénitiens.