Leo COPERS
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Leo Copers (°1947) s’est frayé dans le paysage de l’art un chemin bien à lui, jalonné d’images surréelles, voire féeriques, tout empreintes de poésie. Copers n’est ni un peintre ni un sculpteur ni un artiste d’installations. Il est un « assembleur » qui réunit des objets usuels mais à haute teneur symbolique, en un ensemble stupéfiant qui offre plusieurs niveaux de lecture. Ces ensembles qui respirent la créativité sont bien plus que la somme de leurs composants. En jouant la carte des assemblages incongrus, comme ces fleurs en plastique épinglées au mur avec des couteaux (‘Zonder titel’, 1990) ou ces lampes TL allumées plongées dans un bassin rempli d’eau (‘Untitled’, 1987), Copers crée toujours quelque part la surprise. Les choses ne sont jamais ce que qu’elles semblent être au prime abord. Elles ne répondent jamais aux attentes. Une carafe de vin se transforme en un vase rempli de sang, une table de salon en un objet volant non identifié. L’artiste sème sciemment la confusion. Son œuvre rime en permanence avec désorientation, disproportion, labilité, illusion et perplexité.
Copers invite le spectateur à pénétrer dans un univers onirique où rêves fous et cauchemars se côtoient. Certaines de ses œuvres abordent indirectement le thème de la violence et des conflits. Feu, couteaux, tension électrique, cordes et formol sont autant d’éléments qui portent en eux une notion de danger et de précarité. Copers tient un discours dualiste. D’une part, il opte pour des objets qui respirent le danger, la destruction et l’immanence et, d’autre part, il les conjugue dans une mise en scène poétique particulièrement séduisante qui fait ressortir leur beauté et fragilité. Ses œuvres sont émaillées d’épées, de couteaux, de vases, de fleurs et de cloches qu’il décline avec des matières naturelles, du feu, du verre et de la glace qui sont dangereux certes, mais aussi fragiles et précieux. En faisant disparaître une épée dans un bloc de glace comme dans un conte de fées, Copers la hisse au rang de symbole de beauté, de précarité et de violence ('Zwaard in ijs', 1990-1991). Du choc des éléments naturels et des énergies, de la forme et de la matérialité jaillissent des idées pour le moins surprenantes. Les objets de Copers tiennent un langage direct, qui touche le spectateur de plein fouet et le frappe de stupeur.
L’artiste a une prédilection pour le verre qu’il décline dans toute une série d’objets qui sont traditionnellement réalisés dans des matériaux robustes et durables. Son carillon en verre ('Beiaard', 1990) en est un bel exemple. Une cloche en verre crée non seulement la surprise de par le bruit inhabituel qu’elle produit, mais implique également un danger puisqu’elle risque à tout moment de se briser sous l’impact du battant. C’est précisément dans cette tension entre la fonction et la forme que réside l’énorme force suggestive de cette œuvre.
Autres exemples : ses trois cages à barreaux en verre de différents formats ('Hoofdkooi', 1988-1989, 'Zitkooi', 1988-1993 et ‘Stakooi’ 1988-1993). Leurs titres nous apprennent que première est faite pour contenir une tête, la deuxième un homme assis et la troisième un homme debout, mais comme elles n’ont pas de porte, tout doit se passer dans notre imagination. Les traditionnels barreaux en acier ont été remplacés par des barreaux en verre à la fois fragiles et dangereux. La cage normalement conçue pour protéger et préserver ce qu’elle renferme, devient elle-même un objet vulnérable qui doit être protégé.
De ces cages a jailli l’idée de réaliser des prisons publiques automatiques où l’on peut décider soi-même de s’enfermer (Vrijwillige Publieke Automatische Gevangenissen, 1998-2000). Ces constructions en métal et béton ont tout pour fonctionner effectivement. La VIPAG (Verplaatsbare Individuele Publieke Automatische Gevangenis) est une variante mobile des cellules fixes. Ce modèle peut de par son concept et ses dimensions être aisément déplacé d’un endroit public à l’autre, y compris sur des sites uniquement ouverts au public à l’occasion de festivals et autres événements spéciaux. Qui s’enferme dans cette cellule publique, s’expose au regard des autres, avoue être coupable et demande à être disculpé. Dans ce sens, la prison publique de Copers a une fonction analogue à celle des piloris du Moyen Age dont elle est une version moderne. Le côté immoral de la privation de liberté est présenté comme une option et renvoie aux normes et à la moralité en vigueur dans notre société. Cette cellule mesure 80 x 80 cm sur 2 mètres de hauteur et est donc tout sauf confortable. Un séjour volontaire prolongé dans cet endroit tient donc du martyre ou de la mortification visant à se débarrasser d’un sentiment de culpabilité. Les VIPAG peuvent être installées dans des villes ou des régions où la violence et la criminalité font rage. Avec cette œuvre, Copers participe également au débat actuel sur la place de l’art dans l’espace public. Ses partisans vous diront que l’art peut rendre une place, une rue ou un quartier plus riant. Ses détracteurs vous diront en revanche que cette approche n’est pas conciliable avec l’autonomie de l’artiste dont l’œuvre est rabaissée au rang de pièce de décor ou d’illustration. Leo Copers démontre qu’une œuvre d’art peut bel et bien répondre aux besoins d’un espace public.Dans le paysage de l’art belge, l’œuvre de Copers se situe à un carrefour de diverses influences. On y distingue l’humour et l’ironie d’un artiste comme Broodthaers, doublés de la vision utopique de Panamarenko et de la charge dramatique de Rubens, Van Dyck ou autres maîtres flamands.
En termes de matériaux, son œuvre rejoint celle des artistes italiens de l’Arte Povera. Des artistes comme Merz et Zorio utilisent également des matières comme du verre, mais font davantage allusion à leur teneur symbolique qu’à leur message contradictoire. (texte : SMAK, expo Leo Copers, 2003)
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