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Expositions. Jeroen Van Bergen |
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Jeroen Van Bergen, quelques notes En relisant une note d’intention de quelques lignes prosaïquement titrée « Toilet modulair », un court texte que Jeroen van Bergen a rédigé en guise d’introduction à son travail, j’ai été attiré par une notice de bas de page se référant à un écrit de Dom Hans van der Laan, architecte et moine bénédictin néerlandais, auteur de divers textes théoriques sur l’architecture et promoteur du « nombre plastique », une autre approche mathématique du nombre d’Or classique , du modulor corbuséen ou de la « divina proportio » de Léonard de Vinci. En substance, Jeroen van Bergen y semble adopter le principe que la finalité de l’architecture n’est peut-être pas ce que nous utilisons pour construire une maison, ou même la maison que nous construisons, mais la construction elle-même. Hans van der Laan a énoncé haut et fort sa volonté de retrouver un lien entre l’acte technique de construire et notre besoin primitif de définir notre espace environnant, affirmant que sans cela « l’éducation et l’expérience sont impossibles». L’acte technique de construire, truelle à la main même, est fondamental pour Jeroen van Bergen. Plasticien, il ne prétend être ni architecte ni urbaniste et se présente avant tout comme constructeur, au sens quasi littéral du terme. Les relations que Jeroen Van Bergen entretient avec Hans van der Laan vont d’ailleurs beaucoup plus loin. Théoricien de l’architecture et moine constructeur, van der Laan a promu ce nombre plastique comme réponse au gouffre qui lui apparaissait entre l’intelligence humaine et le monde insaisissable des phénomènes naturels. La nature est immuable dans ses propres proportions, l’humain est, quant à lui, sensible, perceptif et intelligent ; ce qui est réalisé par l’homme doit tenir compte de l’ensemble de ces paramètres. La maison, la « demeure humaine », en deviendra dès lors un bien à la fois matériel et spirituel. Revisitant à la fois modernité et architecture monastique, van der Laan définit cette « demeure humaine » ; elle doit, précise-t-il, rassembler les trois espaces qui composent notre expérience : la cella, espace individuel de l’action, la cour, espace de locomotion, et le domaine, espace de champ de vision. Chaque cella correspond donc à un espace habitable ; une maison est composée de plusieurs cellas, juxtaposées ou superposées. Les maisons se rassemblent autour de places qui forment des quartiers et enfin une ville. Tout, dans le système de van der Laan est un enchaînement numérique, où tout est en relation avec l’épaisseur des murs de la cella. Van der Laan va jusqu’à matérialiser sa pensée en une « morphothèque », comme un paysage abstrait, une bibliothèque de volumes ou d’éléments architectoniques posée sur table, en fait une magnifique boîte de blocs, ludique à souhait, que l’on peut manipuler, avec laquelle on peut jouer. Jeroen van Bergen, constructeur, élabore un système parallèle, mais pour lui, la cella, cet espace modulaire, cet espace individuel d’action, prend les dimensions des… toilettes, lieu d’action fondamentale, on en conviendra. Qu’importe d’ailleurs l’échelle, du centième à la réalité, qu’importe le matériau, mis en œuvre d’ailleurs en fonction de l’échelle, pourvu que le module soit. C’est parfaitement obsessionnel dans une pratique artistique qui se fonde sur un système global tout aussi exponentiel. Il y a des centaines de dessins du même module, suivant des perspectives diverses, des centaines de dessins combinant ces modules, de façon tout aussi opiniâtre, il y a des maquettes au centième, au vingtième, au dixième, au cinquième, où même hypertrophiées jusqu’aux dimensions de la réalité. Toutes opèrent dans une même réalité, aucune donc n’est inachevée, aucune n’est modèle de ce qui serait à bâtir à une autre échelle. Toutes sont le contraire de ce que traditionnellement on nomme maquette d’architecture ou d’urbanisme. Car si celle-ci a permis de dépasser la dimension subjectiviste de l’art pour s’ouvrir aux enjeux sociétaux et collectifs, dans le cas des maquettes de Jeroen Van Bergen, elles opèrent dans l’autre sens, partant d’une programmatique sociétale pour revenir à l’œuvre d’art. Ces maquettes ont d’ailleurs leur conditionnement artistique, car si certaines petites maquettes ont leurs caisses, presque postformées, tant elles s’y emboîtent de façon adéquate, comme des architectures de transhumances que l’on peut emporter sous le bras, les plus grandes sont stockées dans des caisses dûment estampillées, inventoriées, parfait système de conservation des beaux-arts, aujourd’hui l’on dirait storage, comme des modules d’un autre genre. Implacable notion d’une systématique qui permettra même à l’amateur d’acquérir son propre kit modulaire, ce compris le tube de colle nécessaire à assembler un module toilettaire à échelle. « Mes installations, explique Jeroen Van Bergen, trouvent leurs sources dans la perception spatiale que je ressens moi-même dans des bâtiments existants. Et ces installations n’ont pas d’autre but que de créer de l’espace. Dans ce système de mesures précises, je trouve la liberté de transgresser le système dans lequel je me suis ancré. Je me pose continuellement la question du spectateur, l’amener à davantage de conscience de l’espace. Je suis moi-même en quête d’un espace qui serait la base minimale de ce que l’on peut éprouver de façon parfaitement intemporelle. » Nous en revenons au point de départ : par cet épuisement de l’espace, définir par l’expérience, par la construction, par le regard, cet espace environnant qui nous est immédiat, premier, primitif. |
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