Exposition Maastricht. Chemin de Paradis
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2008 | Himmelsleiter - Himmelsweg – Chemin du paradis |
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Himmelsleiter - Himmelsweg – Chemin du paradis Les cintres ou la salle des pendus Dans un bassin industriel, comme l’est l’Euregio, on se souvient de ces images de salles des pendus, typiques des anciens carreaux de mines, là où les hommes suspendent leurs vêtements et à des cordes ou des chaînes avant la descente. Défroques de corps, voici ces ballots de vêtements envoyés vers le ciel comme dans les cintres d’une scène de théâtre, promesse de remontée : l’himmelsleiter, l’échelle vers le paradis, la remontée de l’enfer de la mine. Si l’image fonctionne parfaitement bien avec la performance que produira Tsuneko Tainuchi, elle est aussi comme un fil conducteur lorsqu’on aborde l’ensemble de ce programme où il est question de l’enfer, du paradis, de l’épreuve vécue et du corps exposé. Cette salle des pendus, c’est comme un imaginaire générique à ce programme mis dès lors à l’enseigne de l’himmelsleiter, l’himmelsweg, le chemin du paradis. |
Les oeuvres de Leo Copers puisent régulièrement dans notre inconscient collectif, au creux des symboles universels; elles procèdent souvent de ce qui participe de notre culture immémoriale. Régulièrement, elles investissent également ce qui touche au conflit, à la violence, à la mise en danger. En concevant sa VIPAG, prison volontaire, individuelle et automatique, Leo Copers renoue avec la haute tradition médiévale du pilori planté sur la place publique, destiné à exhiber au regard de tous le fauteur, le pécheur, le condamné. Mais le pilori de Copers est contemporain : il ressemble à une cabine téléphonique, à une sanisette, s’intègre au paysage citadin comme un très commun mobilier urbain. C’est une cellule aux forts barreaux d’acier, dotée d’un monnayeur. Car la prison est volontaire : on n’y est pas enfermé pour payer ses crimes ou sa dette envers la société, on paie pour y pénétrer. Nul besoin de géôlier. Si l’utilisateur décide d’entrer seul en prison, usant de son libre-arbitre, il en gérera également les modalités, décidera lui-même du temps d’enfermement, paiera en conséquence. Copers nous propose—t-il de faire pénitence ? Est-ce un geste rédempteur que de glisser un euro dans le monnayeur ? Une transaction par rapport à nous-même ? Un geste de libération ? Au vu de tous, l’usager aura le temps d’y réfléchir assis sur le métal froid du bas flanc de cette cellule singulière.
Le Génie du Mal Tisser des liens, donner du sens, c’est aussi le propos de Jacques Charlier. Himmelsweg (1986-89) est comme une image romantique qui nous parle de la séduction, du mal et du péché d’oubli. Ce Génie du Mal de la cathédrale Saint-Paul de Liège, signé du ciseau de Guillaume Geefs (1848), est une œuvre de commande censée symboliser le « triomphe de la religion sur le génie du Mal ». L’ange déchu aux ailes de chauve-souris, ce diable-là, sera si sublime, au grand risque de distraire les jeunes paroissiennes, que la Fabrique d’Eglise refusera cette sculpture trop séductrice. Guillaume Geefs retravaillera cette divine et masculine beauté satanique de façon plus conforme à l’esprit du temps et ses codes moraux, sculpture désormais installée sur l’arrière de la chaire de vérité de la cathédrale liégeoise. Et Charlier lui passe les fers aux pieds, sous le guéridon posé face à la photographie de l’ange déchu, tandis qu’il scelle l’installation de trois livres déposé sur la crédence : une étude carmélite sur Satan, un livre scientifique sur l’Air, le mémorial des Juifs belges exterminés à Auschwitz. « Himmelweg », horreur du cynisme nazi, ce sont aussi les derniers pas qui mènent aux chambres à gaz. Le chemin du paradis mène à l’enfer ; la chute est si proche de la rédemption. Le génie du mal séduira-t-il dans l’oubli ?
Il n’est sans doute pas simple d’oser s’enfermer dans la cellule de Leo Copers. C’est une expérience éprouvante. Celle que propose Michel Antaki, Grand Jardinier du Paradoxe et du Mensonge Universel, fondateur à Liège du Cirque Divers, actuellement directeur du mensuel C4 et de l’espace « Une certaine Gaité », sera peut-être plus paradisiaque : oser être roi ou reine un instant. S’asseoir sur le trône du Sultan de Bouillon, qualité dont s’est investi Antaki, explorateur syrien, poète de l’opportunité, et rêver le temps d’une photographie d’être roi ou reine de ses propres désirs, de sa propre vie. Michèle fut reine des fouets de cuisine, Yannick roi des crocodiles dandys, Thiemoko roi de la noix, Julie reine des prés, Suzanna reine de la tranquilité, Louis roi de ses maîtresses… Les rois et reines se succèdent sur le trône du sultan. Chacun, ainsi, est invité à sculpter son propre imaginaire, à devenir acteur de ses envies les plus folles ou les plus simples. A chacun son chemin de paradis avec la complicité de Frank, ange de la photographie.
Peinture nulle et sculpture génétique Antaki est là, Lizène ne peut être loin. On entend déjà sa voix nasillarde inviter « les collectionneurs avertis à acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur, par opposition, leur mobilier de qualité et leurs tableaux de maîtres » (art auto-publicitaire, 1975). Usant de la parodie, chantre d’un réel dépourvu d’illusion, rebattu sur lui-même, fonctionnant en circuit fermé, le petit-maître liégeois de la seconde moitié du 20e siècle, n’a de cesse de purger l’art de ses mythologies. Le voici qui installe deux grandes toiles nulles sorties d’on ne sait quel placard et qui agissent comme le décor du théâtre de notre propre existence, là où le scorpion se mord la queue. Nulles, ces toiles le sont assurément, mais non sans références, à un art néo-rupestre, aux fenêtre géminées de l’art roman, à la modernité des avions anamorphiques de Picasso, des avions comme Picasso n’en a jamais dessiné, aux cariatides, celle-ci masculine et ithyphallique, celle-là féminine, ce qui laisse penser qu’elles finiront par s’accoupler, alors que l’artiste, lui, a délibérement choisi de ne pas procréer. Sont-elles nulles ces toiles ? Avec les contorsions qu’on lui connaît et cet art consommé de la petite fantaisie artistique, continuant sans cesse à poser cette question génétique qui le turlupine, Lizène se propose non pas de rédimer cet art de la médiocrité, mais d’enrichir le décor des portraits génétiques des visiteurs du moment, croisements hybrides de toute humanité. Où donc pourrait être le chemin du paradis ? Assurément, il est inutile de poser la question.
Trying to be Emilio Lopez-Menchero La vidéo porte un titre qui, peut-être, n’est pas aussi sibyllin qu’il n’y paraît : « Lundi de Pâques ». Le titre fait-il simplement référence au jour du tournage de cette œuvre récente (2006) ? Ou serait-ce le jour d’après résurrection, encore une fois cette promesse de Paradis ? Ce film aurait pu tout autant s’appeler « Trying to be John Lennon ». L’artiste, en des tentatives pathétiques et un huis clos familial d’un saisissant réalisme, tente d’être John Lennon un moment seulement, ou plutôt l’image mythique de Lennon, celle de la photographie live d’une pochette de disque. Lundi de Pâques, c’est bien le jour où se pose la question de l’incarnation.
Merlin Spie, la Petite Musette Casquée Quel feu intérieur anime Merlin Spie tandis que se consumme cette cigarette placée dans sa main droite et que renouvelle régulièrement une assistante durant le temps de la performance ? De quelle force ascensionnelle a-t-elle besoin pour rester ainsi immobile, engluée dans le sirop de Liège? C’est le ciel, l’enfer et la terre de Jérôme Bosch, comme en tryptique ; « Die butter ist alles », de Haertfield. Mais ici tout est sirop, le paysage tectonique, doux, odorant, enflammé, vision saturée, décadente, sombre, lugubre, sensuelle, tactile, étouffante. L’artiste, nue, assise, immobile, hiératique comme la grande Baigneuse d’Ingres, est petite musette casquée, couverte elle-même de sirop des pieds à la tête. Seul son dos est nu, sculpté par la cristallisation du sirop. Elle est Kiki de Montparnasse, photographiée par Man Ray, le dos comme un violon. Une trompe lui emprisonne le visage : du sirop ruisselant de partout, elle semble se nourrir ; à moins que celui-ci ne l’étouffe. La Musette est une petite danse de société baroque, sur une musique jouée par une cornemuse ou un harmonica ; et deux danseurs aux mouvements tranquilles et nobles balaient délicatement l’espace où ils oscillent. Merlin Spie donne à voir un équilibre contrôlé et maintenu, une harmonie à haut risque, tandis que bouillonnent les forces intérieures. C’est là un acte, une œuvre, qui prend fait et cause tant ses lectures peuvent être multiples, violence contenue et vécue. Tsuneko Taniuchi, « Dans mes performances, qui s'intitulent micro-évemements, déclare Tsuneko Taniuchi, j'allie le réel, manifesté par ma présence physique et la fiction qui se déroule à partir d'un scénario, d'une mise en scène.
Mon travail consiste à affronter de par ma seule présence la réalité de la société, les dysfonctionnements du monde social ou culturel en partant de questions relatives à mon identité de femme, mon statut d'artiste et d'étrangère. Je me pose comme un pur objet de consommation, une marchandise offerte aux gens dans le plus petit détail. Je me laisse vampiriser. C'est très impressionnant car on est d'une certaine manière en danger, moralement et physiquement ».
Charlemagne Palestine, le son sculptural À l’écoute de Charlemagne Palestine, on grimpera assurément ce chemin de paradis tant sa musique performative est d’une fascinante ivresse, quête inlassable d’une essence spirituelle de la musique, recherche d’une certaine « vision du son » au travers d’une continuelle recherche de nouvelles expériences sonores. Charlemagne Palestine, ce sont ses cigarettes indiennes et son inimitable accent, comme ce sont les ours en peluche qui accompagnent toutes ses performances. On se souvient de « Good Bear » cet ours en peluche à trois têtes et deux corps de six mètres de haut qu’il réalisa à la Documenta VII (1987) de Kassel. C’est là l’élément central de son œuvre visuelle. Au T’Brandweer, les antiquités contemporaines de Jacques Lizène
légendes des images :
Renseignements utiles : Les oeuvres seront visibles au Theater aan het Vrijthof, Vrijthof 47, Maastricht du 8 au 16 mars Le programme des performances se déroulera en continu le 12 mars à partir de 15h. Dès 15h, Jacques Lizène, Michel Antaki, ensuite Tsuneko Taniuchi (3h30 de performance). Durant l'avant-soirée et la soirée (heures à déterminer), Merlin Spie, concert de Charlemagne Palestine, vernissage de l'exposition "Antiquités contemporaines" au T'Brandweer, ancienne caserne des pompiers, Capucijnenstraat (derrière le théâtre). Partage de cimaise Sites utiles : le théâtre du Vrijthof - la TEFAF - le Bonnefantenmuseum - Marres - Hedah
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