galerie Nadja Vilenne
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 HONORE d'O
EXPOSITIONS
2010 - 2009
2008 - 2007
2002 - 1999

 

 

Par Claude Lorent

D'entrée dans l'espace du B.P.S. 22, voilà que l'installation prend de l'ampleur, respire et devient plus audacieuse jusque dans une forme esthétique très étudiée, à la fois spectaculaire, un brin démonstrative, mais juste et poétique. On ne peut que conseiller de découvrir d'abord l'ensemble, de front et de la mezzanine. Ensuite de descendre dans le dédale. Pour la première fois depuis que ce lieu existe, un artiste l'occupe en sa totalité, en tenant compte de l'architecture, de la lumière particulière, de la hauteur, du volume et de la superficie au sol. De ce côté, rien à redire ou presque si ce n'est le coin vidéo réalisé avec des bacs de bouteilles de bière, isolé et totalement inadapté, et un autre espace vide qui ne peut être considéré comme une aire de repos car il existe un manque dans le processus d'occupation. L'installation, c'est évident, est à poursuivre comme un «work in progress» qui ne sera probablement terminé qu'en fin d'exposition, et cela fait heureusement partie du travail. Grands tissus blancs Les grands tissus blancs, courbes, à l'accent très oriental descendant superbement du plafond, les quelques écrans constituant des plans dans l'espace, la scène bleu Yves Klein sur laquelle on est invité à prendre place, ou encore une grande table chargée d'éléments divers, structurent un ensemble dans lequel les éléments épars, hétéroclites en apparence, sont les balises relationnelles du tout. Il n'existe aucun sens de la visite et encore moins de chemin tracé, il convient de se faufiler entre les objets, les vidéos, les tubes tordus, les sculptures, comme en un jeu d'obstacles dont on ignore les règles qui sont probablement inexistantes. Les métaphores comme les références artistiques abondent, multipliant les renvois d'une pièce à l'autre, d'une couleur à une forme, d'une situation à une autre. Néanmoins on ne met pas longtemps à s'apercevoir que ce capharnaüm répond à un ordre bien établi et qu'il est ponctué par vidéos interposées de multiples présences humaines. Cette scène globale, amalgame des matériaux actuels les plus divers, banaux, industriels et quelconques, brasse les éléments d'un monde en dislocation autant qu'en construction, donc entre passé, présent et futur, dans cette tension permanente entre deux états antagonistes. Et l'être humain là-dedans devise, déambule, se met la tête dans l'eau ou se balance, jouant dangereusement au pendu. L'installation entière qui tient du Mezrbau de Schwitters est l'aire d'une situation transitoire aussi festive qu'inquiétante, incertaine de son état et de son devenir, mais proliférante.

 

HONORE d'O
LA QUETE AU B.P.S.22, CHARLEROI
par Cecilia Bezzan

Bien qu’elle développe une présence formelle singulière au BPS22 - espace de création contemporaine de la Province de Hainaut, La Quête joue la connivence avec l’expérience vénitienne, entamée l’été dernier au Pavillon belge lors de la 51e édition de la Biennale. On ne sait trop où regarder tant le vaste espace d’exposition grouille d’objets, de papiers et de tuyaux, ce qui produit l’excitation immédiate : enthousiasmé, on veut tout voir ! Même si le regard plongeant embrasse l’ensemble de l’installation, on ne peut s’empêcher de ressentir une frustration, car sans doute se cachent quelques petits bijoux que l’on voudrait s’assurer de ne pas rater... alors débute le cheminement.

Papiers flottants, matières fétiches

L’occupation de l’espace est remarquable, époustouflante. Suspendues en l’air, une multitude de larges bandes de papier blanc recourbé rythment le vaste espace intérieur (1000 m²), ponctué de ficelles blanches tombant du toit et qui se terminent par un entrelacs à hauteur de la tête ou des épaules. Malgré le nombre impressionnant de papiers et de ficelles, l’espace fractionné de manière souple, respire. Parfois, les rouleaux déposés sur les pieds de tréteaux dessinent une ligne serpentine, parfois, les papiers font écran et s’organisent comme espace de projection, à l’image des nombreux moniteurs vidéo. L’intervention spatiale s’anime à la lumière naturelle fournie par les nombreuses fenêtres du bâtiment industriel, au point que l’horaire d’ouverture du lieu d’exposition a été adapté. Si durant la journée, l’impact de l’installation est plus déterminant, au crépuscule, les vidéos, plus visibles, ajoutent une autre texture à la lumière ambiante. Le sol jonché de tuyaux éparses, de rouleaux de papiers, de tubes en PVC, regroupe tous les matériaux fétiches : des produits industriels, tels que le polystyrène, appelé plus communément « frigolite », l’ouate, des gaines de plastique ou des bouteilles. Quelques sculptures en frigolite, telles qu’une caméra sur pied et une jaquette de livre côtoient d’autres objets à valeur métaphorique. C’est dire qu’ils ne renvoient pas à une fonction précise mais sont le support de « petites histoires » : des tuyaux enroulés sur eux-mêmes forment une boule hirsute de colsons (bracelets de serrage), une large brosse à balais en poils bleus voit son manche rétréci en cédille… Les tubes en PVC allient le rôle fonctionnel à l’esthétique, permettant de gainer les nombreux câbles de moniteurs, les subtilisant ainsi au regard. Ailleurs, des pieds de tréteaux recouverts de flocons d’ouate simulent la présence de neige persistante. Honoré δ’O (Oudenaarde, 1961) n’hésite pas à réemployer d’anciennes structures issues du contexte vénitien comme la découpe d’une partie du blue key, qui déposée par terre forme des morceaux de coquilles. Les curieux s’invitent dans l’espace blue key et s’assoient sur la chaise, cheveux au vent…soufflé des gaines d’aération ! Tandis que le spectateur assiste au spectacle de la pose depuis le tapis de bouteilles Duvel, où est déposé le moniteur relais avec pour image de fond, la Sérénissime. Retournées et posées sur le goulot, les bouteilles dessinent un parterre en nid d’abeilles sur lequel on évolue aisément, accompagné d’une impression légère d’instabilité… un flottement qui n’est pas sans rappeler le vacillement au sortir du vaporetto lorsque le pied regagne la terre ferme. Plus loin, des sculptures de bouteilles scellées entre-elles semblent dessiner le profil d’un animal stylisé, le col haut et fier levant la patte pour avancer. Des chutes de plastique récupérées à l’usine de fabrication font leur apparition dans le répertoire matériel. Ces formes souples et figées à la fois montrent un enroulement de tubes fondus ou des plaques informes. Il n’est pas innocent que ces « accidents » de fabrication aient retenu l’attention de l’artiste car de la même manière, l’anecdote, le « fortuit » alimentent l’œuvre en permanence. Le plaisir de l’anecdote… c’est d’arpenter le monde A l’image de l’ukiyo-e japonaise, ou littéralement « image du monde flottant », Honoré δ’O constitue une sorte de chronique de la vie quotidienne et truffe l’espace d’anecdotes formulées par les accidents de rencontres, révélés au hasard des conversations. L’anecdote est le fruit d’émotions partagées, de souvenirs personnels en relation avec l’expérience du montage de l’exposition : Cherchez et trouvez l’évocation du tableau d’école avec ses sarbacanes, cônes de papier de nos souvenirs chahuteurs. Alors qu’un peu plus loin, les mêmes cônes déposés dans un « vase » évoquent des « fleurs ». Ce qui rend sans doute si attachant ces petits « objets ressemblants », c’est qu’ils sont comme l’apparition fantôme de nos souvenirs. Les sculptures de papier blanc simulent l’objet ou le moment de complicité, dont la suggestion formelle suffit à évoquer le plaisir de « la petite histoire ». Ces occasions d’un regard et d’un sourire complices, légers, sont le ciment social qui raconte autrement le monde. Douze moniteurs vidéos fonctionnent dans l’exposition comme autant de stations, qui rythment le cheminement de la visite. On éprouve le plaisir de la découverte et la surprise lorsqu’au détour d’un objet, on tombe nez à nez avec une vidéo de l’instant suspendu, où Honoré δ’O en gondole plonge la tête dans l’eau d’un canal. D’autres moniteurs montrent un écran divisé en quatre images identiques : le profil d’un visage est peu à peu masqué par des interventions graphiques. L’on sent ici le plaisir à déposer et enlever de la « matière » graphique, un principe à l’œuvre de la même manière dans le processus d’intervention de l’espace d’exposition. Ailleurs encore, des images défilent et se bousculent les unes après les autres. On y voit des gens, des chaussures, des phrases inscrites en situation, des vues rapprochées de diapositives : que fait « l’image dans l’image » ? Une poésie de la vie à chaque seconde, un patchwork brodé de morceaux de réalité glanés au milieu de la ville.