logo vilenne

 

Artistes. Aglaia Konrad


Accueil   |  Actuel   |  Artistes   |  Expositions   |  Editions   |  Publications   |  Usine à stars   |   Contact  |  leBlog de la galerie

Oeuvres | Documents | Biographie | boeing over | urban creatures

 Boeing Over

konrad_boeing_over

 

A propos des "Boeing Over", sélectionnés pour l'exposition "Le Soigneur de Gravité" au Musée des Arts contemporains du Grand Hornu

Parmi ces œuvres sélectionnées par Denis Gielen, commissaire de cette exposition, et face au « Love Seat » de Bruce Nauman, une longue ligne de photographies d’Aglaia Konrad, des photographies aériennes au même titre générique : « Boeing Over », une appellation aussi lapidaire que le sobre principe dont elles procèdent.
Au fil de ses nombreux voyages, cette transhumance continuelle qui tisse son travail, Aglaia Konrad photographie la surface de la terre depuis le hublot du Boeing. Le studio est réduit, les moyens techniques développés des plus économes, l’objet photographié immense. Ce qui apparaît au travers du hublot déterminera ce que la photographie révélera ; c’est là le seul principe de cette série entamée en 1998.

Certes, la photographie aérienne permet d’enregistrer les entités anthropiques et naturelles en constante évolution à la surface de la terre. Elle montre des entités comme les montagnes, les canyons, les déserts ou les basses plaines, les cours d’eau, de la source à l’embouchure ; elle révèle les ressources terrestres comme les lacs ou les forêts ; elle permet de reconnaître les densités de population, l’amplitude des villes. Et pourtant, pour bonne part, les « Boeing Over » échappent à toute tentative d’objectiver ces observations. Elles ne sont que le résultat de l’espace qui fuit sous les ailes de l’avion au moment précis de la photographie. C’est dire que la réalité, j’allais écrire la vérité, des clichés d’Aglaia Konrad commence là où s’affirme l’indiscernable, où le réel s’abstrait. Déjà parce qu’on ne peut les localiser, parce que leur origine topographique, souvent, ne peut plus être déterminée, ces photographies opèrent sur notre œil une fascinante… attraction terrestre. Cette irrépressible attraction que nous avons à vouloir reconnaître et comprendre ce que nous observons, ici cette surface de la terre que l’on distingue à dix milles mètres. La distance entre ce que nous connaissons et ce que nous reconnaissons est peut bien plus considérable.

Confronter dans la même exposition les « Boeing Over » d’Aglaia Konrad à « l’autel du Soigneur de Gravité » de Marcel Duchamp, photographié en 1947 par Willy Maywald, ce guéridon (mais oui, guéris donc, ajouterait le soigneur Marcel) émancipé de la pesanteur sur lequel roule la boule virevoltante du jongleur, cette partie restée secrète du Grand Verre, en appelle à d’autres œuvres duchampiennes. Et l’on pensera plus singulièrement aux « élevages de poussières », photographiés par Man Ray à New York en 1920, de curieuses photographies aériennes, elles aussi, comme des paysages aux plans ésotériques en trois dimensions, aux reliefs indéfinissables. Ce sont en fait des photographies de paysages de poussière. « Pour les tamis dans le verre, écrit Marcel Duchamp dans les notes sur le grand Verre – laisser tomber la poussière sur cette partie, une poussière de trois à quatre mois et essuyer bien autour de façon à ce que cette poussière soit comme une sorte de couleur (pastel transparent). Chercher aussi plusieurs couches de couleurs transparentes (avec du vernis probablement), l’une au-dessus de l’autre, le tout sur verre. Mentionner la qualité de « poussière à l’envers », soit comme nom du métal soit autre ».

Au-delà du rapprochement que l’on pourrait faire entre les « élevages de poussières » duchampiens et les « Boeing Over » d’Aglaia Konrad, cette notion de « poussière à l’envers » a aussi tout son intérêt. On le sait, l’image chez Aglaia Konrad n’ a pas de support précis et ne se revendique d’aucun des canons de l’acte photographique tel qu’habituellement codifié. La valorisation critique de l’image intervient en son utilisation ponctuelle. Aujourd’hui tirages argentiques sur papier barytés, certains de ces « Boeing Over » ont aussi été imprimés sur films translucides de grandes dimensions. L’artiste les a, à l’occasion, appliqués sur verre, ou plutôt sur des baies vitrées, les proposant en transparence à nos regards dès lors tournés vers le ciel. Basculement d’une photographie dès lors doublement aérienne, comme ces poussières "à l’envers" sur de grands verres. Élévation, quand tu ne nous tiens, ou plutôt ne nous retiens plus… (J.M.B)


Dans "Le Soir"

Au premier abord, on pense aux photographies aériennes en noir et blanc de Balthasar Burkhard. Aglaia Konrad aime aussi prendre de la hauteur pour photographier le monde qui nous entoure. Mais très vite, on comprend qu'elle possède son propre regard, singulier et insaisissable. En une vingtaine de tirages, elle nous convie à « re-voir » des choses qu'on croyait connues.

A première vue, son procédé pourrait passer pour un simple truc. Au lieu d'affréter un hélicoptère à la Yann Arthus-Bertrand, Aglaia Konrad prend simplement l'avion et photographie la terre à travers son hublot. D'où le titre de la série, Boeing over, subtil jeu de mots avec Being over (Être au-dessus). Est-ce l'épaisseur du hublot, la buée qui s'y forme généralement, les particules flottant entre ciel et terre ou tout autre élément venant parasiter la prise de vue, toujours est-il qu'ici, villes et paysages prennent un côté quasiment abstrait, un peu flottant parfois, étrangement dur et minéral à d'autres moments. C'est particulièrement vrai des rivières ou des routes qui deviennent d'étranges rubans laiteux sillonnant l'espace. Aglaia Konrad réinvente ainsi le monde, par la seule force de son regard. (Jean-Marie Wynants)

Les Boeing Over d'Aglaia Konrad existent en deux formats, tirages argentiques marouflés sur aluminium, 50 x 75 cm et 32 x 48 cm