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Artistes. Tsuneko Taniuchi


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Marianne, micro événement n°18 et 18bis

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Eugène Delacroix la représenta, en 1830, incarnée par une fille du peuple coiffée du bonnet phrygien, les mèches au vent, dépoitraillée, fougueuse et victorieuse sur les barricades des « trois glorieuses » de la révolution de Juillet. Le drapeau tricolore, symbole de lutte, mêlé à son bras droit, se déploie en ondulant vers l’arrière, comme une flamme. Détentrice des acquis de 1789, transfigurée par la ferveur romantique, c’est la Victoire ailée du peuple de Paris. Le tableau est célèbre; Delacroix montrera « La liberté guidant le peuple », au Salon officiel de 1831.
Autre salon officiel, « La Force de l’Art » au Grand Palais en mai 2006, surnommé avant même son inauguration et de façon quelque peu péjorative « expo Villepin » : Tsuneko Taniuchi monte sur la grande scène du grand Palais. Après Bardot, Mathieu, Deneuve, de la Frésange, ou Casta, elle incarne une Marianne tricolore, bottes bleues, short en jeans, petit haut blanc frappé du label Marianne / Tsuneko © et perruque aussi rouge que flamboyante pour bonnet phrygien. Lilliputienne sous la grande verrière, son allure tient de l’excentricité manga et de la pom pom girl, prête à mener la claque.
Hier, Marianne c’était la Révolution, aujourd’hui elle incarne la République et la Nation. Et Marianne, ou plutôt Tsuneko, danse sur le rythme de la Marseillaise qui emplit le Grand Palais. En fait, très vite, elle bouge plus qu’elle ne danse, ses gestes se désordonnent, la Marseillaise dérape, miaule, ripe et patine. La danse de Marianne se désarticule, se démantibule sur des rythmes de plus en plus hasardeux. C’est burlesque, tragique, presque pathétique. L’icône de la Nation chavire et vacille. Arrêt sur image, rien ne va plus. Ou plutôt arrêt sur le son. Car la direction de la manifestation interrompt la performance, ce micro événement de Tsuneko Taniuchi. Trop provoc’ lui dit-on, vu le lieu, les circonstances, l’officialité. Il faudra de longues heures de négociation pour lever la censure.
Crime de lèse Marseillaise ? Il est vrai que la « Force de l’Art » provoque la polémique et qu’on parle autant de « scène artistique française » que de « stratégie de visibilité de l’art français », ce qui n’est pas du tout la même chose. Suite aux controverses entretenues par les médias, les susceptibilités sont à fleur de peau. Il est vrai aussi qu’Hou Hanru, qui a invité Tsuneko Taniuchi, a délibérément choisi d’affronter de face, par sa sélection d’œuvres et d’artistes, la crispation franco-française et une série de problématiques sociopolitiques, dont la multi culturalité. C’est ce qu’incarne Tsuneko Taniuchi dans sa performance : sa Marseillaise est un sampling de divers hymnes nationaux, un mixage où se croisent les hymnes français, japonais, algérien, colombien, et d’autres aussi, un métissage sonore à l’image de la société d’aujourd’hui. Et le métissage dérape parfois, souvent même. L’artiste performer ne fait pas autre chose lorsqu’elle confectionne des shusi-merguez au palais de Tokyo, sorte de croisement génétique culinaire, confronte les fast-foods intercontinentaux et organise un débat culturel sur le thème du prêt à manger à Berlin, installe un comptoir de troc invitant le public à échanger tout et rien à Paris. Langues, mythes et objets y sont brassés dans une convivialité communicative et une mondialisation artisanale. L’artiste œuvre là œuvre pour un métissage des cultures.
Ce n’était pas la première fois que Tsuneko Taniuchi incarnait Marianne. Le micro événement du grand Palais est le bis d’une autre performance, créée celle-ci en 2002. Chez Window, à Paris, Tsuneko Taniuchi, Marianne tricolore installée sur un petit podium en vitrine, danse sur la Marseillaise, martiale et bien française cette fois. Derrière elle est accroché le drapeau national. Les badauds passent, interloqués. Les voitures roulent au pas. Dans quelques jours, c’est le second tour des élections présidentielles, entre Chirac et Le Pen. Pas loin de la vitrine de Window se déroule une exposition. Son titre : « Profession de foi artistique ».

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A propos de sa sélection d'artistes pour la force de l'Art, Huan Ru écrivait, et le propos s'applique parfaitement à la "Marianne" de Tsuneko Taniuchi :

 

 

Nous vivons un temps incertain, particulièrement dans la France d'aujourd'hui. Dans ce contexte, l’art contemporain propose un engagement dans la réalité à travers des images et des langages originaux, tout en cherchant à nous entraîner vers un monde imaginaire, utopique, autrement dit, inconnu et improbable. L’art contemporain doit se re-inventer afin de revendiquer son rôle et sa liberté. Ceci par les moyens de l'exploration des domaines de la critique sociale, de la mémoire de l’histoire. Par la ré-évaluation des nouveaux modes de production et de restructuration de la société en faveur du multiculturalisme, de la position des femmes, des "minorités", de la multitude des forces résistantes aux pouvoirs dominants. Et, toujours, dans une perspective de monde globalisé, mais... certainement incertain. Le champ d’action de l'art est un immense laboratoire d'idées, de critiques, de propositions, d'inventions, de redéfinitions permanentes menées au travers de collaborations et de convergences avec d’autres domaines et "disciplines". Ainsi, je propose ce projet intitulé "Laboratoire Pour Un Avenir Incertain".

 

 

ci-contre :
micro-événement n°18bis : une photographie couleur, 195 pavillons nationaux marouflés sur aluminium, une vidéo de 8 minutes, Marianne ensoclée au coeur du monde