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Tsuneko Taniuchi

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micro événement n°5 : la vie de neuf femmes


“In my performances, which are entitled micro-events”, says Tsuneko Taniuchi, “I combine reality, manifested by my physical presence, and a fiction that takes place based on a script, a staged action. My work consists in facing the reality of society, the dysfunctions of the social or cultural world, by my mere presence based on questions concerning my identity as a woman, my status as an artist and a foreigner. I position myself as a pure object of consumption, a merchandise offered up to people in the most minute detail. I allow myself to be vampirised, to have my very life blood sucked out of me. This is very impressive because one is in a manner of speaking in danger, both morally and physically”. This is undoubtedly one of the most amazing performances Tsuneko Taniuchi will repeat on the Theatre’s stage, a performance already given in Bourges at the “Transpalette” in 1999 and at the Museum of Modern Art of the City of Paris a year later, a “micro event” of several hours in which the artist allows herself to be locked into a transparent cube to incarnate – from her jewel box and facing the public – nine characters, each of which is defined by a simple gesture and a different costume. Thus Tsuneko Taniuchi is at the same time a story woman, a waitress, a homeless woman, a high school girl and just a schoolgirl, a boxer and a nappy demonstrator, a Ninja girl and the token bimbo, a Ganguro girl with platform shoes and a deeply UV tanned face. She dons the rags of these women, acts the gestures of the nine characters, without any romantic notions, without heroics, in a staggering back-and-forth of stereotypes bordering on the grotesque or the eccentric, of emancipating gestures, of situations each of which characterise as many social conventions. The artist shows herself without vanity or indulgence, and delivers herself to the beholder. She takes here advantage of the technical options offered by a theatre stage.

 





"Dans mes performances, qui s'intitulent micro-évemements, déclare Tsuneko Taniuchi, j'allie le réel, manifesté par ma présence physique et la fiction qui se déroule à partir d'un scénario, d'une mise en scène. Mon travail consiste à affronter de par ma seule présence la réalité de la société, les dysfonctionnements du monde social ou culturel en partant de questions relatives à mon identité de femme, mon statut d'artiste et d'étrangère. Je me pose comme un pur objet de consommation, une marchandise offerte aux gens dans le plus petit détail. Je me laisse vampiriser. C'est très impressionnant car on est d'une certaine manière en danger, moralement et physiquement ». C’est sans aucun doute l’une des performances les plus stupéfiantes que Tsuneko Taniuchi réitérera sur la scène du théâtre, une performance déjà actée à Bourges à l’occasion de « Transpalette » en 1999 et au musée d’art moderne de la Ville de Paris un an plus tard, « micro événement » de plusieurs heures où l’artiste se laisse enfermer dans un cube transparent pour y incarner face au public neuf personnages caractérisés chacun par un geste simple et un costume différent. Tsuneko Taniuchi est ici à la fois une femme récit, une serveuse, une SDF, une lycéenne et une écolière, une boxeuse et une démonstratrice de couches culotte pour bébé, une Ninja girl et la bimbo de service, Ganguro girl aux semelles compensées et visage ambré par les UV. Elle endosse les oripeaux de ces femmes, acte les gestes de ces neufs caractères, sans romantisme, sans héroïsme, dans un sidérant va-et-vient de stéréotypes frisant le grotesque ou l’excentrique, de gestes émancipateurs, de situations qui toutes caractérisent autant de mécanismes sociétaux.

L’artiste se donne à voir sans complaisance, se livre au regardeur. Profitant des moyens techniques qu’offre une scène de théâtre, elle proposera de plus au public de l’envoyer littéralement dans les cintres comme l’un de ces vulgaires ballots de vêtements de mineur. Himmelsleiter, jeu comique, jeu du cirque, cruel.

Pour la revue Esse, Laurent Buffet, professeur de philosophie à l’école des beaux-Arts de Cherbourg, évoquait cette performance singulière en ces termes :

« Le questionnement identitaire implique parfois un jeu d’improvisation de la part de l’artiste qui, pour l’occasion, se fait comédienne.Cet exercice théâtral auquel se prête Tsuneko Taniuchi en passant d’un micro-événement à un autre se retrouve condensé dans une action présentée lors de l’exposition « Paris pour escale », réalisée entre 200 et 2001 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. À cette occasion, l’artiste entre dans la peau de neuf personnages féminins. Enfermée dans un cube de plastique meublé d’un lit, d(une table, d’une chaise, d’un téléviseur, d’un miroir et d’un ballon de boxe, elle revêt, tour à tour, le costume et les attitudes d’une récitante, d’une serveuse, d’une SDF, d’une lycéenne et d’une écolière japonaises, d’une « Ninja Girl », d’une boxeuse, d’une démonstratrice vendant des couches pour bébés et d’une bimbo. La récitante qui ouvre cette série de métamorphoses lit un texte annonçant les personnages qui vont suivre. Composé en plusieurs langues, ce texte reprend un passage d’une pièce de Elfriede Jelinek, plusieurs extraits d’un entretien donné par l’auteure autrichienne et une citation de la Société du Spectacle de Guy Debord. L’enregistrement de cette lecture est ensuite introduit comme fond sonore dans le film de l’action présentée au public au moment de l’exposition, sur le lieu et devant le matériel ayant servi à son déroulement. Les divers personnages incarnés par l’artiste sont les différents moments d’une variation sur le thème de l’identité féminine et la place des femmes dans la société. Comme dans ses performances culinaires, Taniuchi épouse certains stéréotypes identitaires, tels qu’ils existent en Occident ou au Japon, pour en opérer la déconstruction méthodique sous le regard du public. Un fragment de phrase emprunté à Elfriede Jelinek a retenu mon attention : « (…) l’opprimé dit mieux la vérité que l’oppresseur ». Phrase qui énonce elle-même une vérité tragique si l’on songe que c’est toujours l’oppresseur qui détient le contrôle de la parole. Si seule la femme peut dire la vérité sur le pouvoir que l’homme exerce sur elle, ce dire est vain dès lors que le pouvoir masculin est un pouvoir exercé dans et par le langage. En ceci, l’art comportemental de Taniuchi opère un contournement de l’ordre « phallocentrique » au moyen d’une mimétique gestuelle qui, à défaut de dire la vérité de la domination, possède toutefois une valeur heuristique. Comme souvent dans le travail de Taniuchi, des glissements s’opèrent entre une problématique et une autre, la guerre des sexes faisant écho au choc des cultures ; la question de l’identité féminine évoquant celle de la place des minorités ethniques dans la société. L’artiste aborde ces multiples questions en faisant de son propre corps le lieu des tensions qu’elles génèrent. »