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Tsuneko Taniuchi
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L’artiste se donne à voir sans complaisance, se livre au regardeur. Profitant des moyens techniques qu’offre une scène de théâtre, elle proposera de plus au public de l’envoyer littéralement dans les cintres comme l’un de ces vulgaires ballots de vêtements de mineur. Himmelsleiter, jeu comique, jeu du cirque, cruel. Pour la revue Esse, Laurent Buffet, professeur de philosophie à l’école des beaux-Arts de Cherbourg, évoquait cette performance singulière en ces termes : « Le questionnement identitaire implique parfois un jeu d’improvisation de la part de l’artiste qui, pour l’occasion, se fait comédienne.Cet exercice théâtral auquel se prête Tsuneko Taniuchi en passant d’un micro-événement à un autre se retrouve condensé dans une action présentée lors de l’exposition « Paris pour escale », réalisée entre 200 et 2001 au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. À cette occasion, l’artiste entre dans la peau de neuf personnages féminins. Enfermée dans un cube de plastique meublé d’un lit, d(une table, d’une chaise, d’un téléviseur, d’un miroir et d’un ballon de boxe, elle revêt, tour à tour, le costume et les attitudes d’une récitante, d’une serveuse, d’une SDF, d’une lycéenne et d’une écolière japonaises, d’une « Ninja Girl », d’une boxeuse, d’une démonstratrice vendant des couches pour bébés et d’une bimbo. La récitante qui ouvre cette série de métamorphoses lit un texte annonçant les personnages qui vont suivre. Composé en plusieurs langues, ce texte reprend un passage d’une pièce de Elfriede Jelinek, plusieurs extraits d’un entretien donné par l’auteure autrichienne et une citation de la Société du Spectacle de Guy Debord. L’enregistrement de cette lecture est ensuite introduit comme fond sonore dans le film de l’action présentée au public au moment de l’exposition, sur le lieu et devant le matériel ayant servi à son déroulement. Les divers personnages incarnés par l’artiste sont les différents moments d’une variation sur le thème de l’identité féminine et la place des femmes dans la société. Comme dans ses performances culinaires, Taniuchi épouse certains stéréotypes identitaires, tels qu’ils existent en Occident ou au Japon, pour en opérer la déconstruction méthodique sous le regard du public. Un fragment de phrase emprunté à Elfriede Jelinek a retenu mon attention : « (…) l’opprimé dit mieux la vérité que l’oppresseur ». Phrase qui énonce elle-même une vérité tragique si l’on songe que c’est toujours l’oppresseur qui détient le contrôle de la parole. Si seule la femme peut dire la vérité sur le pouvoir que l’homme exerce sur elle, ce dire est vain dès lors que le pouvoir masculin est un pouvoir exercé dans et par le langage. En ceci, l’art comportemental de Taniuchi opère un contournement de l’ordre « phallocentrique » au moyen d’une mimétique gestuelle qui, à défaut de dire la vérité de la domination, possède toutefois une valeur heuristique. Comme souvent dans le travail de Taniuchi, des glissements s’opèrent entre une problématique et une autre, la guerre des sexes faisant écho au choc des cultures ; la question de l’identité féminine évoquant celle de la place des minorités ethniques dans la société. L’artiste aborde ces multiples questions en faisant de son propre corps le lieu des tensions qu’elles génèrent. » |
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