galerie Nadja Vilenne
FR - EN




Neiges (décor de théâtre), neige sur couette), Vrijthof, Maastricht, 2007



    

TOMBE LA NEIGE
Par Bernard Marcelis


Comme celui de tout un chacun, l’univers de Capitaine Lonchamps est fait de ces éléments banals qui composent un intérieur des plus communs: fauteuils, feu ouvert de pacotille, grand écran vidéo, souvenirs de voyages, tableaux chinés aux puces, photographies, livres policiers, photos de famille, carnets de notes, plantes vertes, etc. Leur neutralité est cependant tout à fait factice, car tous ces objets sont parsemés de taches blanches, comme si des fl ocons indélébiles s’étaient posés et collés sur eux, fi gés par la peinture, l’aquarelle ou la gouache. Parfois les choses vont plus loin et c’est le contenant qui est aussi contaminé, comme les murs et les plafonds d’une de ses expositions à la galerie Nadja Vilenne à Liège, dans une sorte d’oeuvre d’art totale et éphémère, à l’instar des fl ocons dont il tente impertubablement de capter la fugacité. D’autres oeuvres apparaissent picturales, comme ce grand fût d’huile industrielle, ces cartons plats ou ces édredons noirs parsemés de taches blanches (comme il le dit lui-même, la neige est une couverture blanche dans la nuit noire...), offrant un contraste de matières et de couleurs proche d’un certain art minimaliste ou d’une peinture analytique: “Je voulais peindre en noir et blanc, parce que le noir et le blanc ne sont pas des couleurs. Je voulais donc faire de le peinture avec rien. Je cherchais quelque chose de très élémentaire. La neige est ainsi devenue autonome, mais la neige est aussi devenue tableau, ce n’est pas rien, C’est de la peinture, une affi rmation de la peinture, une sorte de peinture méditative même”

On constate ici toute l’ambiguïté de cette démarche, bien moins naïve qu’il n’y paraît, si ce n’est que placer des édredons au mur comme des tableaux monochromes, ou déposer au sol un fût d’huile traité comme un ready-made, peuvent être des gestes artistiquement séduisants qui valorisent un travail en le situant dans une lignée bien précise. Ces types de peintures, car c’est bien de cela dont il s’agit ici, par le choix d’un support spécifi que, n’en sont pas moins incongrus par rapport au reste des oeuvres présentées à Maastricht. L’humour décalé de Capitaine Lonchamps s’y révèle dans toute sa subtilité et sa légèreté. On pense ici à tous ces éléments que ses touches de peinture blanche viennent court-circuiter, comme ces couvertures de romans policiers de la célèbre collection Série Noire (évidemment), ces gravures de scènes de genre en Afrique coloniale (bien sûr), mais surtout ces portraits photographiques de la Belle Epoque (en noir et blanc, faut-il le préciser) où les longs temps de pose induisaient des postures tout sauf naturelles. Intervient sur certains personnages de ces groupes familiaux, gommant leur buste et leur visage pour les remplacer par une anonyme silhouette noire parsemée de taches blanches, son personnage de Snowman, fondu dans l’ensemble comme un énigmatique fantôme. L’humour laisse ici place à une tentative de narration imaginaire, ou mieux de transformation visuelle, qui nous amène à regarder ces images empreintes de nostalgie avec une attention qui dépasse le seuil de l’anecdote dont pourrait parfois souffrir un tel travail. En effet, son caractère à première vue modeste repose sur une certaine philosophie de vie et une attitude par rapport à celle-ci. Capitaine Lonchamps, outre son amitié pour Roland Topor, étant un adepte reconnu de la pataphysique.

 

a

b

b

b

b