Raphaël Van Lerberghe

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A propos de l'exposition "Le bas rose", palais des Beaux-Arts de Bruxelles, 2005

Raphaël Van Lerberghe, s'affranchir toujours…

Pour Raphaël Van Lerberghe (1978, vit et travaille à Havré), il s'agit de nourrir une installation en dialogue avec des espaces choisis pour leur configuration de même que pour ce qu'ils retiennent de présences artistiques qui ont pu, ça et là, interpeller le plasticien.
Basé essentiellement sur l'appropriation d'images, le travail développé par l'artiste se définit comme autant de pratiques qui sont autant de gestes portés à la construction de nouvelles réalités, lesquelles cherchent toujours à s'affranchir de la référence dans la désignation des nouvelles formes à venir. Copier, photocopier, reporter, recadrer, agrandir... sont quelques-unes des techniques utilisées par le plasticien pour convoquer autant de déplacement de sens, décrochage, surgissement et disparition à la conquête d'une mise en question de nos repères en ce qu'ils requièrent comme potentiel d'évocation immédiate, troublé par l'artiste. Chaque procédé concourt à une mise en suspens de la perception en ce qu'il concède comme visibilité aux traces de sa réalisation.
Le dessin emprunte la technique du report jouant d'une surface - le papier ou le mur -, de sa porosité et de ses anomalies, créant apparitions et disparitions pour ne retenir de ces matrices que celle qui garde l'ultime surgissement du modèle, une origine qui ne cesse d'interroger le regard sur les modes d'apparition du dessin, l'artiste s'intéressant également à la production du son engendré par la pointe du crayon sur le support générant par-là même une nouvelle émergence du dessin. La question de la perception est également à l'oeuvre dans les travaux de recadrage de cartes postales anciennes, Raphaël Van Lerberghe s'ingéniant, non sans une certaine malice, à biaiser l'habituelle préhension des images. Il isole un personnage, un détail de paysage, une légende qui, extraits de leur contexte, nourrissent de nouvelles lectures induites également par les jeux de transparence du papier de même que par les accidents de réalisation gardés comme traces dans la forme finale. Présentés en association, en série (cf. la série des Grottes de Han), les œuvres développent encore de nouveaux possibles, de nouveaux récits. On notera l'attachement particulier de l'artiste à la mise en exergue de phrases issues elles aussi de collectes (légendes, extraits de presse relatant des accidents de voitures...) qui, une fois isolées de leur contexte, pénètrent son univers pour se départir de leur sens initial et alimenter une réflexion tantôt poétique, tantôt critique. L'occasion est ici donnée à l'artiste d'accomplir une mise en résonance de l'ensemble de ses travaux, volontiers présentés dans des fardes à dessins ou "dossier", une forme dominante dans l'architecture de son travail, structuré par le quadrillage tracé, reproduit ...en autant de "Mille¬feuilles" qu'il convient d'embrasser pour saisir l'essence d'une pratique qui sollicite inlassablement la remise en question de nos modes perceptifs pour engager l'œuvre dans un devenir qu'il nous revient d'investir.

Pascale Viscardy, in l’art même, n°29. 2005

Au cours de tes études et après, quelles ont été tes principales influences ?
Je pense qu'au début, ce qui m'a marqué se trouve chez certains artistes catalogués comme minimalistes et conceptuels. La radicalité des idées et leur apparente simplicité. Le côté «mathématique» du travail de Mel Bochner ou Sol Lewitt, par exemple. Après, ce sont sûrement les dessins d'enfants ou de mes élèves. La fraîcheur et l'innocence dans la manipulation du crayon. L'aspect spontané et naturel du trait. Mais je ne crois pas que ces influences aient une importance égale pour la lecture de mon travail.

Justement, parlons de ton travail. Ce qui peut être noté, au premier abord, c'est l'importance du dessin...
Oui, il y a une forte attirance pour ce moyen, liée à l'immédiateté du résultat. Mais à mon avis c'est aussi parce que l'on commence par là quand on est enfant. Que le dessin soit souvent utilisé comme une pratique préparatoire d'un projet ultérieur est sûrement une des pistes pour la recherche du sens dans mon travail. Je pars souvent d'une forme achevée, que j'ai réalisée moi-même ou que je trouve. Qu'il s'agisse d'une peinture ou d'une reproduction, voire d'un dessin de quelqu'un d'autre, j'aime refaire le chemin inverse : inventer un dessin qui pourrait être «origine» de cette forme. Prolonger ou multiplier les possibilités de visibilités dans cette période de genèse.

Outre le dessin, tu utilises également la photographie, l'installation ou le son.
Malgré des tics déjà bien installés, j'essaye de ne pas perdre de vue qu'une «idée» peut être plus efficiente par le biais d'un médium particulier. Ainsi des travaux sonores ponctuent ma pratique. Certains travaux sonores du début étaient directement liés au dessin. J'ai déjà présenté conjointement des dessins et le son produit par le crayon sur le papier lors de leur réalisation. Comme une information parallèle possédant des caractéristiques propres. Mais je voudrais de plus en plus travailler la matière sonore comme on produit une image, le cadrage pourrait correspondre à la durée en seconde, par exemple.

A propos de cadrage, dans tes derniers travaux tu utilises des cartes postales plus ou moins anciennes comme support pour des recadrages. C'est une nouvelle forme de détournement pour toi. Qu'est-ce qui a motivé cette nouvelle forme ?
Ce procédé me permet de dégager une nouvelle «réalité» pour ces images comme dans plusieurs de mes dessins. II me permet également de montrer que je cache et c'est important pour moi. Toutes ces manipulations déstabilisent les modèles initiaux. Ce sont toutes des formes d'interprétation et d'appropriation. Ces manières de procéder sont récurrentes dans mon approche des différents médiums comme dans les différentes références. Ce sont ces répétitions et bien d'autres choses, parfois très éloignées dans le temps, que je voudrais relier, lors de cette exposition à Bruxelles.

In latitude charleroi, décembre 2005


A propos de l'exposition Free-State à Ostende, été 2006

Ménage à trois of de kunst van Raphaël Van Lerberghe.

De Waalse kunstenaar Raphaël Van Lerberghe heeft nog niet vaak tentoongesteld in Vlaanderen. De installatie die hij presenteert op de  tentoonstelling "Freestate" is dan ook een interessante ontdekking.
Op deze tentoonstelling  nam Raphaël Van Lerberghe vier ruimten voor zijn rekening. Wat op het eerste zicht streng conceptueel aandoet en droogjes lijkt te verwijzen naar kunstenaars als Broodthaers en Duchamp, is bij nader inzien een tot de verbeelding sprekend liefdesverhaal.
In een eerste ruimte toont Raphaël Van Lerberghe een studie naar een werk van de kunstenaar Willem De Keyser. Deze tekening toont twee vrouwen. Terwijl de ene vrouw het lichaam in volle overgave toont, probeert een tweede naakt zoveel mogelijk te verhullen. Het thema van de installatie is aangekondigd: een delicaat spel tussen tonen en verbergen. Dit spel vindt men niet enkel in de liefde terug, maar ook in de relatie tussen kunstwerk en toeschouwer, tussen kunstwerken onderling of tussen de verschillende ruimten met kunstwerken.
Iets verder hangen twee bladen naast elkaar. Elk blad toont in sierlijk, roosachtig neergeschreven letters  het woord  ‘partner’. Een manier van de kunstenaar om liefde tussen twee mensen uit te drukken. Andere bladen lijken dan weer mysterieuze foto’s verborgen te houden. Slechts later zal de kijker door hebben dat in deze ruimte het tedere voorspel tussen geliefden wordt uitgedrukt.
De foto’s worden in de tweede ruimte onthuld. Zij tonen interieurs van de grotten van Han. Verbeelden zij ‘la caverne d’une femme’. In ieder geval worden zij gecombineerd met een foto van een opgewonden paard. en de woordspeling 14 Ephèse. In Ephèse stond niet enkel de tempel van Artemis, hier zou ook de Heilige Maagd gestorven zijn. De attente toeschouwer ruikt onraad en verbeeldt zich de ultieme daad binnen het erotisch spel.
De installatie toont ook een tafel-maquette met drie kartonnen doosjes. Een klein plannetje verwijst naar de verschillende functies van de ruimten : een ‘salon de repos’, een ‘vestibule’ en een ‘sale des mamelons’. Hier kan de kijker zich veel verbeelden; een innige stoeipartij, een rustig huiselijk leven of een derde partner in de vestibule, het maakt niet uit.
De werken van Raphaël Van Lerberghe bieden de kijker een ruime openheid tot interpretatie. Dit maakt het kijken aangenaam en brengt een intellectuele voldoening. Eénmaal uit de schaduw van Broodthaers, ligt voor deze kunstenaar een interessant parcours open

Christophe De Jaeger, in H.ART

Raphaël Van Lerberghe étend une géographie faite d’images, de dessins et d’installations toujours en résonance avec leur lieu d’exposition. De I’espace investi, il cherche à créer du sens. Un langage polyphonique en résulte, toujours singulier et surprenant. Cette approche s’étend aux œuvres elles-mêmes. Chacune ouvre un horizon mouvant, en devenir. Une vibration s’en dégage. Des signes ou des figures les habitent.Par d’habiles jeux d’apparition, d’occultation ou de transparence, l’artiste utilise ces références comme fausses balises nous invitant a I’expérience du temps, de l’espace, d’une mémoire révélée. La matière première est une somme d’archive. Un amas d’évidences quotidiennes, compilées pour leurs valeurs narratives et leurs potentialités poétique ou critique: série de chromos touristiques, titres de presse, gravures surannées d’encyclopédie,... un univers familier fait de mythes en devenir peuplé de fantômes oubliés.
On pourrait presque dire que Raphaël Van Lerberghe ne révèle rien sur ces images. II organise plutôt leur présence. Jamais il ne les épuise dans une mise en forme où celles-ci seraient Ie point de départ et d’arrivée d’un cheminement tautologique. Au contraire, par de subtils jeux de recadrage, de masque ou d’amplification, elles sont exploitées comme ferment d’une expérience perceptive. Jouant malicieusement sur la transparence, la disparition ou la surinscription, Raphaël Van Lerberghe brouille les pistes et fait obliquer Ie regard en deçà ou au-delà des certitudes que nous nous étions promises. L’infime détail d’un trait, un fragment de photographie ou de texte sont autant de guides aventureux nous invitant à lâcher prise.
Pénétrer cet univers, faire sienne la fragilité qui s’en dégage, c’est immanquablement se prendre au piège d’une expérience, se surprendre d’une énigme, réhabiliter I’insu comme source du visible et du pensable. Cherchant à bouleverser nos modes de préhension du réel en ouvrant I’espace de nouveaux possibles, Raphaël Van Lerberghe oeuvre à I’émancipation de notre regard
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Benoît Dussart, dans catalogue Kiosk, Gent 2006