nadja vilenne  
Exposition. Walter Swennen

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2004 | Walter Swennen |



Walter Swennen, "Lola" huile sur papier, 215 x 150 cm, 2003 - "Sept chiens", huile sur toile 120 x 100 cm , 2003



"Une très riche heure passée avec Jan Vercruysse", 120 x 140 cm, 2003

"L'île", huile sur toile, 50 x 52, 5 cm, 2003



"Spook", huile sur toile, 140 x 120 cm, 2003

De mooiste galerie van Wallonie

Galerie Nadja Vilenne was vroeger een fietsenfabriek aan de ietwat verpauperde Luikse periferie. De prachtige ruimte heeft waarlijk de allure van een kunsthal. Momenteel is een mooie confrontatie te zien van werk van de Antwerpse kunstenaar Walter Swennen en interventies van de werkelijk overal opduikende Brusselse Joëlle Tuerlinckx.

Walter Swennen toont niet minder dan twaalf recente werken op uiteenlopende dragers zoals hout, doek en papier. Hij maakt een bijzonder kleurrijke en ontwapenende tentoonstelling, waaruit eens te meer zijn no-nonsensevisie op schilderkunst blijkt.
Op de uitnodigingskaart voor de tentoonstelling staat een lekker ouderwetse, schoolse illustratie afgedrukt van Robinson Crusoë - als een letterlijke verwijzing naar de vergelijking die publicist Jan Florizoone onlangs maakte van schilder Walter Swennen. Inderdaad, Walter Swennen trekt zijn plan. Hij trekt zich artistiek altijd uit de slag omdat hij niet per se op zoek gaat naar dieper liggende of veraf gezochte thema's in zijn werk.
De motieven omringen hem gewoonweg. Hij tovert ze uit zijn mouw. Ze komen uit zijn omgeving, zijn familiekring. Of uit zijn aantekeningen: krabbels en woordspelingen die hij zorgzaam bijhoudt in een houten zwarte koffer. Het sprokkelen van ideeën en die op een persoonlijke, verzoenende of dialectische manier bij elkaar brengen, maakt zijn werk spannend.
Humor is nooit veraf. Walter Swennen lacht de verf als het ware toe en verleent het doek op die manier een doorleefde spiegel voor iedereen - in het bijzonder voor kunstkenners die met andere en meer verheven gedachten rondlopen. En toch blijven de geschilderde 'hersenkronkels' van Walter Swennen (die overkomen als bricolages van een amateur) voor het (brood)nodige gewring zorgen. In Luik hangen de twaalf werken mooi en met veel ruimte verspreid over twee plateaus. Een met verfstrepen en verfstroken overwoekerd eiland (zonder Robinson), een rode vlag, een met vette tanden op de loer liggende haai en een luchtballon: het zijn beelden die blijven haperen. Met de hint naar Robinson Crusoë beginnen ze zelfs in de geprikkelde geest te bewegen als in een filmpje... Ander werk, zoals het abstracte Tweed werkt op de lachspieren en het magistrale Spook is een doek waarin moeizaam de contouren van een wit spook duidelijk worden.
Een schilderij met de opvallende en humoristische titel Une très riche heure passée avec Jan Vercruysse laat een versterkt kasteel zien met twee vechtende ridders en met twee gehangenen op de achtergrond. Het schilderij doet aan Bosch denken. Het is doorspekt met lijntjes verf die verwijzen naar de kleuren van de vierdelige bic die Walter Swennen blijkbaar ooit als tekenmateriaal cadeau kreeg van Jan Vercruysse... (...)

Luk Lambrechts, 09-01-2004, De Morgen


Walter Swennen, aphoristique

La métaphore, récemment utilisée d’ailleurs dans un texte le concernant 1, lui sied : Walter Swennen c’est un peu comme le Robinson Crusoë de la peinture. Il n’a dès lors pas hésité à l’occasion de sa dernière exposition personnelle à en utiliser l’image pour son carton d’invitation. Non qu’il se soit portraituré en Robinson déguingandé ; il a juste récupéré une image dans un vieux manuel scolaire : Robinson alerte sous son parasol de paille, l’arquebuse sur l’épaule, sur la plage de son île. L’image est découpée mais au verso, les questions de la leçon, sous la mention (à suivre) qui suscite déjà l’impatience, ont été épargnées par la paire de ciseaux : 3.Montrez le se promenant dans son île. -6. Comment (le) prisonnier lui fit-il comprendre qu’il était à son service ? -7. Pourquoi pleure-t-il de joie ? -8. Faites le portrait de son compagnon. Voilà déjà une petite histoire qui nous en apprend sur ce qu’il en est de la périphérie de l’œuvre : le fait de s’être plongé dans un vieux manuel scolaire afin d’en isoler un chromo, l’histoire au verso, ces petites questions, qui n’ont pas échappé à son attention, soit des petites choses comme celles dont souvent procèdent les tableaux de Walter Swennen .
Déjà, la métaphore permet d’aborder la question du support : Walter Swennen se débrouille avec tout. Il peint sur n’importe quoi, des panneaux de bois, de la toile de lin, des couvercles de cuisinière, une assise de tabouret en skaï, des panneaux moulurés, même des boucliers d’antennes paraboliques. La peinture couvre tout ou se décape partout, elle prend le parti de son support. Le support n’est pourtant pas échangeable ; il est adéquat. Dès lors qu’un peintre choisit intentionnellement un support, celui-ci n’est plus seulement l’univers logique de la peinture. Penser la peinture, penser avec la peinture, c’est d’abord abandonner tout système de référence extérieur, à commencer par l’art.
Lorsqu’il se construit dans un coin d’exposition un cabanon de bois ou qu’il installe sur la plage d’un atelier de fortune une fontaine en rocailles de pots de couleurs, ce sont des allégories de la peinture, même si, précise-t-il, c’est affaire de sculpture. Pour en revenir à Crusoë, Walter Swennen peint aussi des pirates, des trois mats et leur gaillard arrière, des hommages à Nelson, des chaînes brisées, des scaphandriers, la Kara Deniz, la mer Noire toute rouge, et bien d’autres chevauchées marines ou autres. Il garde une foule de dessins, de croquis dans sa valise : c’est le coffre de l’île au Trésor, le lieu de tous les futurs “commerces et promenades” 2. Car la peinture procède le plus souvent de ces dessins et croquis accumulés.
La peinture ne se met pas en mots, dit-on, mais les mots se mettent en peinture, non que les mots se dessinent, quoiqu’ils le puissent à l’occasion car même la typographie est image, mais parce que les mots engendrent des images. Maniant l’aphorisme, il s’agirait presque dans le cas de Swennen d’une peinture aphoristique. Le mot pousse l’image, l’image se peint, la peinture repousse l’image dans le tableau, du tableau naissent des images que l’on mettra en mots ; seule la peinture y échappera, car comment qualifier en mots, par exemples, les transparences d’un fond de tableau, l’occupation spatiale, le mise à profit d’un accident ? Là, il s’agit de voir en peinture, voir Swennen en peinture, sans jeu de mot. La peinture peut être notes de lecture ; elle l’est d’ailleurs souvent, comme de petites histoires qui échafauderaient le tableau : ainsi “Nelson”, par exemple, fond ocre, bleu, noir et blanc obtenu par grattage sur une plaque émaillée et sur lequel, peinture au doigt, Swennen étale en rouge le nom Nelson, “dans une attitude mélodramatique”. Bien sûr Nelson fait référence à l’amiral du même nom, mais aussi à la “Nelson fashion”, une mode picturale non pas pour peindre les tableaux mais les bateaux, comme cela fait référence au “Nelson blood”, le sang de Nelson, qui n’est autre que le coup de l’étrier que l’on boit cul sec avant la bataille. Les tableaux de Walter Swennen, ce sont des idées trouvées, des idées reçues, des images trouvées, des trouvailles d’images. Ce sont des histoires qui se cachent, des histoires que, pour la plupart, l’on ne connaîtra jamais.
En fait, Walter Swennen est un peintre sans thématique. Son langage plastique naît simplement d’images qui se présentent à lui dans leur banalité la plus absolue. Sa peinture n’a rien à voir avec l’extériorisation d’un point orienté vers la réalité, ni avec la mise à nu de moments intérieurs. Hans Theys écrivait que Walter Swennen donne “aux images en question une dignité et une importance qui autrement leur seraient refusées” 3. Et ces images sont d’origines les plus diverses, provenant la plupart du temps de la publicité, de la bande dessinée, de l’illustration, mais d’ailleurs aussi, dans une “grande confusion de valeurs”, c’est-à-dire le fait de non pas ramener tout sur un même plan, mais plutôt de tout hisser au même niveau. La différence est de taille. Des gangsters et des cow-boys cachés derrière un cactus (en fait sur le dessin auquel je fais référence, il n’y a plus que le cactus), une couronne qui pourrait être celle de la reine d’Angleterre et le roi Léo pouce en l’air, des mécaniques extravagantes, des châteaux forts et des cavaliers, un phonographe, un canard en plastique qui doit être celui du coiffeur puisque sur le tableau est inscrit “Kapsalon”, des chauve-souris et des arbres qui parlent, des avions qui volent dans la bédé mais qui peuvent aussi être des hommages comme cet “Avion, hommage à Malevitch”, avion rouge pris dans trois faisceaux jaunes et bleus, tableau pour lequel le peintre, petit truc, a utilisé les mêmes quantités de rouge, de jaune et de bleu. Ces bribes de réalité qui participent du n’importe quoi qui constitue notre monde visuel, Walter Swennen les fait réapparaître dans le processus visible du tableau. Car c’est tant l’image que le processus de son apparition qui campe le tableau. “Les images arrivent moins souvent que les peintures. De l’image peut arriver n’importe quand pendant la peinture. Selon qu’elle arrive au début ou à la fin, la peinture prendra un cours différent, et encore si elle arrive quelque part entre les deux” notait Walter Swennen dans un carnet de croquis.
La peinture demande du courage. “Pour nombre de travaux exécutés à la main où l’on court le danger de se tromper, de briser quelque chose, une des conditions les plus nécessaires à leur réussite est de ne pas penser au danger et de s’engager hardiment” : Walter Swennen cite là Giacomo Leopardi, associant à cette assertion l’image trouvée d’un homme en équilibre sur une planche, entre deux buildings. Car la peinture est physique. Peindre par exemple avec une visibilité très réduite afin de transgresser l’instance morale qui susurre à l’oreille que “faire de l’abstrait ce n’est pas suffisant”, afin de pratiquer mentalement les couleurs ou d’explorer le temps de station de la brosse sur le panneau.
L’œuvre de Walter Swennen est singulière, échappant à toute réification, à tout système.
Il s’agit d’une préhension du monde, bribes et motifs, un monde “éminemment poétique”, dira-t-on. Mais qu’est ce que la poétique ? Ou la poésie ? De la notion de poésie, Walter Swennen se méfie, rappelant que Gombrowicz comparait la poésie à un morceau de sucre dans une tasse de café, concluant qu’il en faut donc très peu. “Communicerende vaten. Sponte Sua. Calembredaine : wire - wite”. C’est tout dire.

(Jean-Michel Botquin, extrait de “Chaque minute l’art à Liège change le monde”, catalogue d’exposition, mamac 2003, Liège)