2009 > SUCHAN KINOSHITA, LA CARRIERE DU SPECTATEUR Plus sur Suchan Kinoshita |
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| OEUVRES EXPOSEES
´ Hochwasser ª, ...- 2009 , mixed media (Gyproc), CECILIA BEZZAN, DANS H.ART A peine la grande porte vitrée de la galerie franchie, tout spectateur entre dans l'esthétique scénique mise en place par Suchan Kinoshita. Si mince soit-il, le léger courant d'air provoqué par l'ouverture de la porte anime un fin rideau de plastic translucide. Le mouvement sensuel grésille subtilement et tout se passe comme si le spectateur, en osmose avec l'ambiance de l'exposition, laissait apparaître le Yokai (esprit malin dans la tradition culturelle japonaise), qui sommeillait en lui, le temps de l'exposition. |
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OLIVIER MIGNION DANS ARTFORUM
Le sentiment de gratitude qui se diffuse en vous àÝ la sortie de la galerie Nadja Vilenne, en cette période de vacances, ne tient pas seulement àÝ la sécheresse de la scène artistique qui accable traditionnellement l'amateur d'art estival et le mène parfois, entre portes closes et programmations ascétiques, àÝ prendre le moindre relief pour l'oasis inespérée. Non, ce sentiment peu commun résulte ici de la profonde générosité d'une proposition artistique. Générosité conjoncturelle, d'abord, vu l'allure de petite rétrospective que prend cette exposition de galerie. Sur deux niveaux sont exposées de nombreuses pièces (anciennes, récentes et inédites) retraçant l'air de rien un parcours initié àÝ l'orée des années 90. Si une volonté de synthèse se fait jour dans la sélection et la distribution des oeuvres - rimes et redites, organisation scénique autour du puits central, inclusion de plusieurs objets exposés dans une même vidéo -, c'est une volonté inaboutie, volontairement abandonnée en cette position médiane où le processus mis en oeuvre ne peut désormais plus se dissimuler. Générosité structurelle, ensuite, dans la mesure où cet intérêt constitutif pour l'inachevé relève moins chez l'artiste d'une réticence fort naturelle àÝ conclure que d'une attention aigàºe aux accidents de parcours, et àÝ tout ce qui tend àÝ se développer de soi-même. En témoignent ces deux panneaux qui, de loin, apparaissent comme de suaves peintures abstraites et, de plus près, se révèlent une plaque rongée par l'humidité ainsi qu'une toile oubliée où s'accumula la poussière. Pour preuve aussi ces Isofollies (2007), volumes complexes emballés de plastique noir, astéroàØdes au poids indiscernables, contenant en l'occurrence des détritus issus de la 8ème Biennale de Sharjah. Ou encore, cette manière de clepsydre tarabiscotée dans laquelle mijote un jus jaunâtre, posée douillettement àÝ l'horizontale sur un petit présentoir rembourré. C'est ainsi une constellation de dépôts qui prend place dans l'espace d'exposition, une multitude de rythmes singuliers qui coexistent dans un joyeux tumulte. Après une formation en musique contemporaine àÝ Cologne, Suchan Kinoshita travailla longtemps pour une compagnie théâtrale dont le fonctionnement reposait sur un partage absolu des fonctions, donnant l'occasion àÝ chacun d'être successivement metteur en scène, ouvreur ou décorateur. De làÝ, évidemment, son usage de dispositifs et motifs musicaux et scéniques (rideaux, spots, boules àÝ facettes, évocation d'un roulement de tambour) mais aussi - et surtout - cette capacité àÝ investir ses pièces simultanément de vertus performatives et d'une puissance plastique indéniable. Ouvertes, en attente, elles échappent autant àÝ la fixité du bel objet de contemplation qu'àÝ celle de la relique de performance. Mais làÝ où la gratitude se joint àÝ une forme d'ivresse, c'est face àÝ cette oeuvre inédite placée àÝ l'entrée - une véritable exposition en elle-même : sur une table ronde en formica reposent 26 petites visionneuses àÝ oeilleton unique dont l'artiste a occupé la chambre par de menus objets (billes, boutons, gommes fluo, bougies, etc.). Le spectateur incrédule passe ainsi avec jubilation de paysages imaginaires en trompe-l'oeil duchampiens, de visions menaçantes en constructions psychédéliques. Dans cette multiplicité de mondes bricolés et délivrés sans manières réside, sans aucun doute, l'un des gestes artistiques les plus prodigues de l'année.
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