| AGLAIA KONRAD
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DESERT CITIES
Over the years Aglaia Konrad has shot photographs all over the world, putting together an extensive archive of images from cities as diverse as Sà£o Paulo, Beijing, Chicago, Dakar, Tokyo, Cairo, and Shanghai in an effort to understand contemporary urban culture. In her photographs she focuses on urban time, structural growth, character, and living order. Konrad's exhibitions demonstrate her interest in how the exhibition space relates to the outside world. In her book, Desert Cities, published by JRP|Ringier, Zürich, she focuses on cities such as Cairo, Alexandria, and Anwar el Sadat. This is not classic architectural or documentary photography: her way of seeing is unadorned and draws our attention straight to the history of the real setting. The photographs show the application of "modernist" principles to architectural development in desert landscapes.
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A travers une série de photographies de villes comme Le Caire ou Alexandrie, Aglaia Konrad s'intéresse àÝ l'application des principes "úmoderniste" au développement de l'architecture en milieu désertique, et aux dialogues improbables qui apparaissent entre modèles importés et vernaculaires, constructions et environnements naturels, désert et habitations, modernité et tradition.
L'‰ìuvre photographique d'Aglaia Konrad (née en 1960 àÝ Salzbourg, vit et travaille àÝ Bruxelles), argentique, imprimée en simple jet d'encre, photocopiée ou projetée, constitue un vaste corpus interrogeant la ville, ses signes, sa modernité.
Cela commence par la dureté minérale du sable. Souvent le ciel est vide, parfois, juste un peu bleuté. Le soleil n'invite ici àÝ aucune fantaisie, aucun divertissement, aucun loisir. LàÝ, entre le désert omniprésent et le ciel absent, se dressent des cubes de béton dont les noms voudraient faire rêver : Dreamland, Utopia, Palm Hills, Beverly Hills, New Cairo. Une terminologie dont l'ironie, in fine, trahit le cynisme des sociétés immobilières ayant acheté des morceaux de désert àÝ l'Etat égyptien dans les années quatrevingt dix. La forme du Caire est dorénavant celle des mégacités propre àÝ l'ère postmoderne. La ville est éclatée et morcelée, l'espace fragmenté sépare plutôt qu'il ne réunit. Comme ailleurs, le centre a été transformé en paradis pour touristes les ´ idiots du voyage ª comme l'écrit l'anthropologue Jean Didier Urbain avec shopping et cirque patrimonial et ´ muséal ª de circonstance. Les lieux de résidence, quant àÝ eux, ont été rejetés au loin, sur les marches désertiques et connectés par le réseau autoroutier. L'agglomération cairote rassemble ainsi 15 millions de personnes.
Poursuivant son exploration de l'urbain, Aglaia Konrad a photographié ces espaces posés au milieu de rien où des hommes doivent vivre coincés entre le Delta du Nil, les pyramides et le désert. Walter Benjamin écrivait àÝ propos des photographies d'Atget qu'elles commenàßaient ´ àÝ devenir des pièces àÝ convictions pour le procès de l'histoire. C'est en cela que réside leur secrète signification politique. ª Il y a dans les photos d'Aglaia Konrad, dans leur rigueur documentaire quelque chose de cet ordre làÝ. Ici, point de séduction, point de lyrisme, point de sensualité, point de narration mais plutôt la description précise de la topographie des lieux, l'effacement apparent de l'auteur derrière son motif. Il faut s'attendre àÝ l'austérité d'une certaine esthétique de la fadeur telle qu'elle existe chez Bernd et Hilla Becher. Donc, il s'agit de rendre compte et de produire ces ´ pièces àÝ convictions pour le procès de l'histoire ª. Vue du ciel, cette ville a des allures irréelles, au ras du sol, au milieu de la monotonie de l'habitat postmoderne, surgit un oasis incongru, une battisse aux couleurs tapageuses, l'ensemble ayant ce caractère àÝ la fois factice propre aux décors et inoccupé des villes fantômes. Soigneusement, la photographe allemande nous épargne tous ces petits détails quotidiens dont l'alibi documentaire dissimule souvent mal la recherche de l'anecdote attrayante aux relents d'humanisme. Elle multiplie les points de vue, tantôt proches, éloignés, au coeur des cours de ces cités des sables, ou bien aériens en un système qui en diversifiant les jeux d'échelle perturbe la représentation spatiale. Au fil des pages nous voilàÝ pris de vertige, nous voilàÝ en errance dans un dédale géométrique où la ligne droite succède àÝ l'arrête, et souvent àÝ la frontière de la pure forme, de l'abstraction. Dans ce milieu, la présence humaine paraît anecdotique pour ne pas dire accidentelle, laissant cet étrange sentiment d'être face àÝ du désert bâti sur le désert.

àÝ gauche : Museum für Gegenwartskunst, Siegen
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