galerie Nadja Vilenne
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 SUCHAN   KINOSHITA
EXPOSITIONS
2009 - 2009
2006 - 2005
2002


 

 

 

SUCHAN KINOSHIITA
IN TEN MINUTES

Suchan Kinoshita utilizes everything from building materials to pre-existing decorative objects to assemble sculptural and architectural elements and to make videos. Her work, which ranges from small items to large installations, from fine and fragile to heavy and solid, will be on view at the Museum Ludwig. The result is an exhibition that invites visitors to look from the floor level or the balcony and to move around for different views and insights. What awaits them is a subtle interplay of objects, sounds and spaces that enables exploration of what happens between sound and silence, distance and nearness, persistence and fleetingness. Kinoshita's work is informed by her combined experiences in theatre, music and visual art. In her performances and exhibitions the roles of the performers and spectators shift, prompting participants to question their own positions. This non-hierarchical, open-ended approach is both unsettling and productive; it presumes an interaction between person and thing, an unusual two-way street. The exhibition thus acquires a contemplative tone that emphasizes the associative character of Kinoshita's art.

Within the gallery space, Kinoshita will place numerous small and large objects on the floor, tables and shelves. The small, almost delicate "Guckies’Äù (prepared slide viewers) make the small look monumental and the familiar look strange. The fragile "Clocks" contain fluids that measure time by different speeds and whose activity depends on the temperature. The unyielding black "Isofollies" (detritus wrapped in plastic) hide their contents. Filmed performances with a play of light and language use elements that will also be present as stand-alone things: a disco ball and a round, rotating stage. The exhibition comprises many small presentations that stand by themselves and still come together. A video, a performance, an entrance may always be "in ten minutes’Äù, or perhaps it's already running as anticipation, participation and action merge.


 

 

 

The Museum Ludwig and Suchan Kinoshita have been awarded the Fine Arts Prize of the Board of Trustees of the Plastics Industry. It has made this exhibition possible.

L'exposition 'Suchan Kinoshita in ten minutes' est un beau moment arrêté sur un processus que l'artiste développe au fil de propositions successives. Une exposition performative pour le regardeur, qui dès lors en prendra le temps.

L'exposition opère comme une vaste scène quadrangulaire qui elle-même s'articule en une constellation de scènes plus petites, des lieux de regard, de méditation. On l'aborde en poussant une double porte battante; celle-ci nous donne, de suite, accès à une coursive, les coulisses des lieux en quelque sorte; on l'aborde aussi depuis le balcon qui surplombe l'espace sur toute sa largeur, dans une large vision d'ensemble. Le défi spatial est de taille, l'espace imparti à l'exposition monumental; Suchan Kinoshita y répond avec une parfaite maîtrise. Elle choisit une fois encore cette position médiane qui caractérise son attitude de travail, celle où le processus mis en oeuvre ne se dissimule pas, celle où l'aboutissement témoigne du fait que tout, une fois encore, pourrait être bouleversé, que tout n'est qu'un moment de la pensée, que celle-ci précède et que tous les ailleurs sont possibles. Il y a là une fluidité peu commune, à l'image des liquides qui s'écoulent dans les clepsydres de verre qui, ˆßa et là, ponctuent le parcours, véritable signature de l'artiste. C'est là une constellation de dépôts, coexistence de rythmes singuliers, où chaque oeuvre est à la fois investie d'un potentiel performatif et d'une indéniable puissance plastique. Ouvertes, en attente, elles échappent autant à la fixité de l'objet de contemplation qu'à celle de la relique de performance. Cette invitation faite par Kasper König tombe en effet bien à propos. Elle ponctue un parcours commencé à Amsterdam il y a un peu plus de deux ans et qui s'est poursuivi à Bilbao, à Leuven, Dublin, Liège, ensuite à Eindhoven et Londres, soit à l'invitation du festival itinérant "If I Can't Dance, I Don't Want To Be Part Of Your Revolution", soit à l'occasion d'autres propositions de production. Ces résidences successives ont permis à l'artiste de sans cesse réinvestir les mêmes propositions, les déclinant, les enrichissant constamment à chaque étape.
Un long ponton de bois, comme une jetée traverse un espace vibratoire. Sol et murs ont été recouverts de plaques blanches, immaculées et multi perforées. Nous serions d'un côté à l'intérieur, de l'autre à l'extérieur, côté jardin, l'image tient à la fois du théâtre et d'une conception japonisante de la maison. L'extérieur est territoire d'aérolithes. Volumes noirs ronds, ventrus, aux formes parfois plus étranges, ils opèrent dans l'espace, sans qu'on sache ce qui les constitue. En fait, ils agissent comme une sorte de pétrification, comme de grosses scories de temps. Ce sont des déchets de toutes sortes que Kinoshita momifie au sens propre comme au figuré, les serrant dans de longues bandes de plastique industriel, élastique et noir. Le temps est compressé. Au pied de l'escalier, 'Meaning is moist', une oeuvre à la pensée fluide: d'un côté d'un paravent de bambou, on découvre un mécanisme horloger, visible, en circuit fermé vidéo de l'autre côté, sur un écran de télévision. Trois bananes posées à côté conservent encore leur potentiel de compressibilité tandis que du beurre s'écoule dans une clepsydre. Le temps se tend et se distend. Plus loin cette table ronde sur laquelle sont posés de petites visionneuses à oeilleton unique dont l'artiste a transformé la chambre en étonnants paysages plastiques. Deux podium se font face, lieux de projection de l'image et de la pensée, des objets en attente sur les étagères qui les accompagnent. Sur le premier écran, une performance de 'Piet', une ronde de mots prononcés, sur le second un film récent d'Eran Schaerf, représentation d'une manifestation, une ronde de mots représentés, scansion visuelle entre 'tableau, bateau, drapeau'. Tout dans l'exposition a ce sens giratoire d'une rotation universelle, à l'image de la boule disco à facettes qui tourne sur elle-même, dans les coulisses, cet espace miroitant, hors du monde et d'un temps similaire. 'In ten minutes'. Le titre de l'exposition est piquant, plein d'humour. Voir l'exposition de Suchan Kinoshita en dix minutes. Attendre le spectacle, la performance, la projection qui commence dans dix minutes. Attendre dix minutes pour parcourir l'exposition. C'est un temps interactif, un temps contemplatif, le temps d'une performance passée, le temps performatif du regard en quête de la perception du temps. C'est un partage du sensible, du visible, de l'invisible, une distribution a priori des positions et des capacités et incapacités attachées à ces positions. Suchan Kinoshita contribue à couper à sa racine le mal de la vision en transformant le spectacle en performance et le spectateur en homme agissant. Toute l'oeuvre est une continuelle mise en jeu d'une émancipation du spectateur, au sens où l'entend Jacques Rancière. - Jean-Michel Botquin (paru dans H.ART)