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Jacqueline Mesmaeker, quelques updates

En attendant l’exposition monographique de Jacqueline Mesmaeker à Bozar et à l’heure de toutes les découvertes et redécouvertes online, quelques updates sur le site internet de la galerie. Bonne visite virtuelle de ces quelques pages qui jalonnent un parcours aussi fécond que poétique.

Une introduction 

Les papiers peints, 1974

Enkel zicht naar Zee, naar West

Les Charlottes

Les Antipodes

L’Androgyne

Les Régentes

Les Introductions roses

Les Lucioles

Time Table Fax 1997

Les péripéties

Exode

Wild Boat in the North Sea

Ouest-Sud-Ouest

Introduction rose, 165 x 35 x 27

J’ai vu que tu n’as pas vu 

Petrus Alexiowitz

1998

Bolsena, tempête sur un lac volcanique

Les expositions : 2019, 2019, 2017, 2015, 2013, 2012, 2011

Biographie

Bibliographie

 

Jacqueline Mesmaeker, un portrait par Saskia De Coster

Lu dans le Standard de ce samedi 14 mars, ce portrait de Jacqueline Mesmaeker par Saskia De Coster. 

Les connaisseurs l’appellent parfois la Louise Bourgeois belge. Et ce n’est qu’à 91 ans que Jacqueline Mesmaeker reçoit une reconnaissance internationale. Avec une exposition rétrospective, Bozar revient sur son univers poétique. « Les hommes n’ont pas pris ma place. J’ai toujours été très seule ».

Les yeux brillants, elle m’attend, un foulard rose enroulé autour d’elle, un ordinateur portable Apple posé sur la table devant elle. Tout dans son appartement lumineux près du bois de la Cambre à Bruxelles respire l’atmosphère d’un studio. Une cascade de lettres peintes sur un mur, des pinceaux et objets d’art sont dispersés dans les pièces selon une logique insondable. A 91 ans, Jacqueline Mesmaeker rayonne l’inviolabilité et la douceur d’une voyageuse infatigable qui a beaucoup vu au fil des ans. Avant même que je m’asseye, elle m’invite à boire quelque chose et à manger un sablé.

Le 25 mars, sa première grande rétrospective s’ouvre au Bozar à Bruxelles. « Je dors plus mal que jamais », avoue-t-elle en riant, son déambulateur à côté d’elle comme un animal endormi qu’elle réveille de temps en temps pour, par exemple, chercher un singulier cahier d’école, « avec lequel tout a commencé ».

Jacqueline Mesmaeker est née en 1929, ce qui fait d’elle une contemporaine de l’artiste Marcel Broodthaers et de l’écrivain Hugo Claus. A l’opposé de tous les courants et icônes, elle a mené sa vie artistique à sa manière. Installations, aquarelles, vidéos, photographies : toutes font partie de son univers poétique et en partie insaisissable. Les oiseaux, par exemple, qui est actuellement exposée avec d’autres œuvres de la jeune femme au Museumcultuur Strombeek/Gand, est une installation vidéo délicate. Des oiseaux sont projetés en vrac sur des toiles de soie. Dans leur vol en plongée, ils s’échappent constamment de votre champ de vision. Dans une autre œuvre clé, Versailles avant sa construction(1985), son jeu avec le temps est magnifiquement exprimé. Il s’agit d’un cadre majestueux, une photographie de terres argileuses et grasses entourées de bois. J. Mesmaeker imagine un lieu fictif, Versailles,avant que le Roi Soleil Louis XIV n’y fasse construire son palais mégalomane. Le temps est une matière vivante pour Jacqueline Mesmaeker, les souvenirs sont à portée de main et nous en faisons nous-mêmes l’absurde. Ou comment une personne de 91 ans a refusé de célébrer la mélancolie tout au long de sa carrière.

UNE HORLOGE

Tout a commencé par des pas incertains. À l’âge de cinq ans, Jacqueline Mesmaeker a eu des problèmes de motricité. Pour apprendre à marcher correctement, elle a été envoyée dans une école spécialisée en Suisse.  « C’est mon premier souvenir : il faisait nuit noire et il neigeait, mon père m’a déposé de nuit dans un village d’horlogers dans les Alpes, là où était l’école. J’y ai découvert quelque chose qui a déterminé le reste de ma vie ».

Elle ne trouve pas le cahier scolaire de cette époque parmi tous ses livres. Son assistante, Marie, n’y réussit pas non plus. « Je voulais vous montrer une image d’une horloge qui figure dans ce premier carnet de notes. À cinq ans, j’ai soudain découvert un objet qui garde la trace du temps. C’était comme un miracle. Comme si j’étais éveillée et que je comprenais très inconsciemment qu’il existe une chose, la culture, une façon de capturer et de manipuler le temps en tournant un pointeur. C’était une période joyeuse, même si mes parents me manquaient et que je pleurais chaque fois que j’entendais leur voix au téléphone. J’avais quelque chose à chérir pour le reste de ma vie ».

Son père est un homme érudit qui lit beaucoup et transmettait ses livres à ses enfants. Jacqueline Mesmaeker a grandi pendant la Seconde Guerre mondiale. « Adolescente, j’ai essentiellement vécu à l’intérieur. Nous ne pouvions pas sortir, nous devions garder les lumières éteintes pour que les pilotes des avions de chasse, au-dessus d’Uccle, ne nous voient pas. A l’intérieur, il n’y avait presque pas de distraction, et la radio ne diffusait que très peu. Des livres et d’autres choses, c’est tout ce que nous avions. Dans l’obscurité de ma chambre, j’ai appris à me plonger dans quelque chose. Maintenant je suis à nouveau coupée du monde extérieur, car je ne peux plus sortir. Pour moi, Internet ne remplace pas ce que je pourrais vivre en me promenant dans la ville ou dans un musée. J’ai toujours apprécié de regarder autour de moi et d’appréhender le monde avec avidité ».

Elle montre la cheminée derrière moi. Pas un crucifix à voir, mais une collection d’objets. « Toute ma vie, j’ai collectionné. Maintenant, je n’y ajoute plus rien. Entre ces quatre murs, il y a tout ce qui me fait aller plus loin ». Sur la cheminée, il y a  un dessin encadré d’un marin, une sculpture en bois de l’arrière de la tête d’une femme, une grande pierre, un livre…

«  C’est ici que je fais mes histoires depuis quelques années. Je déplace les objets et je les utilise pour construire de nouvelles scènes ». L’aspect enfantin de l’acte est touchant, bien que la scène ne soit pas immédiatement déchiffrable, ce qui est typique de son travail. Les significations naissent et périssent ; en tant que spectateur vous devez avoir envie de regarder et de faire un récit, mais J. Mesmaeker vous donne quelques clés pour entrer à l’intérieur. Elle nous raconte qu’elle a reçu le dessin du marin il y a longtemps de sa tante bien-aimée, une infirmière psychiatrique au grand cœur pour l’art. « Penser à un ami lointain dans le crépuscule d’automne », lit-on au dos.

EVITER DE GENER

« Ce que je fais est une forme de prière », dit-elle. C’est une façon de trouver un lien avec le plus élevé, un lien avec l’absolu. Ce que, d’ailleurs, personne ne trouve jamais. Mais le plus important est de continuer à essayer. Dans des moments de grâce, des moments de grâce inattendus, je suis pris en embuscade et je me mets à réarranger et réarranger. C’est ainsi que tout reste en vie ».

Aussi ésotérique que cela puisse paraître, l’art de Jacqueline Mesmaeker est fermement ancré dans la réalité. Elle a commencé dans les années 1960 comme styliste et architecte d’intérieur, « l’application pratique de l’art ». En 1967, elle est diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. « Ma tante, l’infirmière, m’a appris l’amour des arts plastiques. Mes créations textiles se sont progressivement transformées en art. J’ai commencé à me concentrer de plus en plus sur la création sans utilisation immédiate, mais je n’ai jamais voulu que ce soit génial. Il y a beaucoup d’artistes qui veulent planter quelque chose dans le monde, planter un drapeau, délimiter un territoire. Je ne poursuis pas une forme d’immortalité avec mon travail. Au contraire, j’ai toujours voulu éviter de gêner les autres œuvres d’art avec mon travail ».

Qu’il s’agisse de modestie, elle ose douter. « Quand, enfant, j’ai entendu un orchestre jouer à la radio, j’ai agité les bras, fermement convaincue que je pouvais être le chef d’orchestre. Mais un chef d’orchestre ne fait pas un morceau de musique, il essaie de l’orienter dans la bonne direction et d’en transmettre correctement les subtilités. Je veux lever un peu le voile sur le monde quotidien qui nous entoure. La montrer presque invisible et la partager avec un spectateur. Prenez un autre biscuit, ils sont très savoureux ».

REGARDER, C’EST RESPIRER

Avant même l’ouverture de la grande rétrospective Mesmaeker au Bozar, le célèbre musée Reina Sofia de Madrid a acheté deux de ses œuvres. Après toutes ces années, son œuvre est de plus en plus reconnue. Pendant la majeure partie de sa carrière, Mesmaeker a vécu dans l’insatisfaction totale des grandes galeries. Elle a carrément refusé d’exposer son travail avec les grands. Elle préférait rester en dehors du circuit commercial de l’art.

Les galeries de haut niveau sont trop stressantes pour moi. Toutes ces attentes auxquelles vous devez répondre. En tant qu’artiste, vous êtes dans le pétrin et vous devez vous produire. L’espace qui est mis à votre disposition est littéralement fixé à l’avance. L’envie de mettre au monde une oeuvre en criant très fort m’est complètement étrangère. J’ai peut-être eu cette tendance un peu trop forte par moments, cette tendance à la petitesse. L’artiste Yvan Flasse m’a dit un jour : « Si tu ne montres pas, cela n’existe pas, Jacqueline ». Mais pour moi, l’art est avant tout un moyen de transmettre quelque chose, ce n’est pas un produit fixe à vendre.

En 1995, elle crée des Contours clandestins. « C’était l’époque où les arts de la rue étaient très présents, mais je n’avais pas envie de montrer mon travail à l’extérieur. L’idée que vous puissiez tomber par hasard sur une œuvre m’a séduite. J’ai donc fait une centaine de croquis dans une maison vide, pleinement consciente que la plupart de mes croquis allaient échapper à l’attention ».

« Regarder est une forme de respiration. Nous, les humains, passons toute la journée à faire cela. Et en même temps, il se passe tellement de choses chez nous. Avec mon art, je veux transmettre quelque chose que quelqu’un d’autre n’aurait peut-être pas vu. La transmission est si belle. Mais vous devez émettre sur une certaine fréquence, comme à la radio, sinon il y a beaucoup de choses que vous ne découvrez pas ».

VOIX INTÉRIEURE

Son assistante Marie attire mon attention sur les couches de papier peint que Jacqueline Mesmaeker a gratté dans sa chambre. Certains fragments sont restés, d’autres ont été repeints, il y a des îlots de papier peint pour enfants qui ont maintenant une nouvelle vie.

« Ma chambre a toujours été mon studio, même à l’adolescence, dit-elle. Une grande carrière ou des études universitaires, ce n’était pas pour moi. Il ne faut pas oublier que la guerre a déterminé beaucoup de choses. Mon mari et moi avons fait tout ce que nous pouvions. J’ai pris soin de mes deux fils. J’ai enseigné et fait de l’art. Ce qui a toujours été une constante dans mon existence, c’est ce leitmotiv que je connaissais au plus profond de moi-même, un désir difficile à mettre en mots. J’ai toujours écouté ma voix intérieure, même si, bien sûr, il y a eu des périodes où j’ai eu des difficultés. J’ai suivi mon propre chemin. Autour de moi, tout était attendu. Dans les années 70, par exemple, il était de bon ton pour les artistes d’être féministes. Mais je n’ai jamais voulu faire partie d’un groupe. Le militantisme ne me convient pas, car c’est une forme de regard si mécanique, très éloignée de ce que je vise. Dans le militantisme, vous êtes piégé par la forme… Il fait chaud ici, non ? – Marie, l’assistante est en train de régler à nouveau le thermostat.

Jacqueline Mesmaeker ne veut pas le salir avec trop de mots, mais elle estime que le petit monde de l’art n’a jamais répondu à ses attentes. J’ai toujours ressenti assez de liberté pour pouvoir faire mes propres choses. Je considérais les hommes qui m’entouraient comme des amis et des collègues. Je soutiens certainement la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, mais ce n’est pas mon combat. Les hommes n’ont pas pris ma place ni ne m’ont effacée. J’étais très seule, cela a peut-être aidé ».

Elle ouvre l’ordinateur portable devant elle et me montre une version scannée du « CV » qu’elle vient de faire. « Arrêter » ? Il n’en est pas question. Tout comme Panamarenko qui a cessé de faire de l’art à l’âge de 65 ans ? Je ne peux de toute façon plus le faire. Ma vie et mon travail sont complètement imbriqués ». Son CV est un tableau. La plupart des cases contiennent un dessin, avec un mot et une année, par exemple un cercueil avec « Montréal » et « 1990 » écrits à côté. En 1990, sa sœur est morte au Canada. Les quatre cases suivantes sont vides. « J’ai beaucoup de difficultés avec tout type de départ. Je ne peux pas le supporter. Au moindre adieu, je ne suis plus sur la carte ».

En 1993, elle réalise Mythologie du naufrage. Elle y évoque le naufrage du Herald of Free Enterpriseau large des côtes de Zeebrugge, qui a coûté la vie à 193 personnes. L’actualité des réfugiés en bateau se faufile aussi dans son travail. L’oeuvre sera différente à Bozar. Chaque exposition de Mesmaeker est une réinterprétation. Son travail doit rester en mouvement constant. « Je vous montrerai le carnet avec le mécanisme de l’horloge la prochaine fois, dit-elle. Mais restez aussi longtemps que vous le souhaitez, nous avons tout le temps.

(traduction JMB)

Fermeture momentanée de la galerie

En raison de l’actuelle crise sanitaire et soucieuse de la santé, de la sécurité et du bien être de ses visiteurs, la galerie interrompt momentanément sa programmation.

Nous nous tenons néanmoins à votre disposition par mail et par téléphone pour toute demande de renseignements.

Nous vous informerons de notre programme mis à jour dès que nous aurons une meilleure idée de l’évolution de la situation.

L’exposition de Jacqueline Mesmaeker, « Ah quelle aventure » dont l’ouverture était prévue le 25 mars prochain à BOZAR à Bruxelles, est posposée.

Werner Cuvelier, 1970 and beyond, Parts Project, Den Haag, revue de presse

Lu sur le blog Villa Reppublica cette recension de l’exposition de Werner Cuvelier ) Parts Project. Un texte signé Bertus Pieters. Extraits choisis. 

Valérie Sonnier, Le Cabaret du Néant, château de Rentilly

En référence au célèbre cabaret à thèmes installé à la fin du XIXe siècle à Montmartre et qui déployait son ambiance parodique et funèbre en se jouant avec une ironie sulfureuse de situations macabres, le Frac Île-de-France et la Communauté d’Agglomération de Marne et Gondoire présentent, du 8 mars au 5 juillet 2020 au Château de Rentilly, Le Cabaret du Néant , une exposition conçue par la nouvelle filière « Métiers de l’exposition » des Beaux-Arts de Paris, qui associe des artistes contemporains aux chefs-d’oeuvre de la collection des Beaux-Arts de Paris.

Du tragique au parodique en fonction des évolutions de la société et de ses moeurs, des convictions religieuses comme des découvertes scientifiques, le sujet : « souviens-toi que tu vas mourir » parcourt l’art et la littérature. Depuis les fameuses danses macabres apparues au XVe siècle, il n’a cessé d’interpeler publics et créateurs tout en subissant des transformations profondes.

Contemporaine du célèbre cabaret du néant installé en 1892 boulevard de Clichy (Paris 18e) et qui donne son titre à l’exposition, la notion du néant connaît une autre interprétation, une autre vision d’un même abîme, pas moins terrible mais plastiquement inverse ; celle qui, dans le sillage de Mallarmé, conduit à considérer la vie humaine comme « de vaines formes de la matière (…) s’élançant forcément dans le rêve qu’elle sait n’être pas (…) et proclamant, devant le Rien qui est la vérité, ces glorieux mensonges ! ». Le rôle du poète et donc de l’art consisterait ainsi, selon Mallarmé, à tirer l’homme de ce « Rien », comme du fond d’un naufrage, par le jeu suprême de la création.

Le thème du « néant » est décliné en trois parties dans l’exposition :

– Le festin des inquiétudes, partie tournée vers le passé et inspirée à la fois par ce célèbre cabaret et par l’imaginaire d’un Moyen Âge marqué par la fragilité de la vie et la fantaisie occulte. Elle rassemble des oeuvres spectaculaires, d’Albrecht Dürer ou Francisco de Goya à Jean-Michel Alberola, comme autant de Vanités rappelant avec humour et dérision le destin de l’être face à la mort.

– L’anatomie de la consolation, qui nous conduit à travers les découvertes scientifiques et anatomiques des XIXe et XXe siècles avec des oeuvres de Gautier d’Agoty, Géricault… La mort et le vide y sont envisagés sous un angle à la fois plus rationnel et plus immatériel.

– Fin de partie, un espace simultanément vide et trop plein faisant écho à la pièce éponyme de Samuel Beckett, ultime contemplation du vide qui invoque une forme d’ivresse sensible, comme un refus de l’être de succomber à la fatalité de sa propre existence, avec des oeuvres de Marcel Duchamp, Alain Séchas, Hicham Berrada…

Exposition conçue à l’invitation de Xavier Franceschi sur une idée de Jean de Loisy, développée et réalisée par Simona Dvořáková, César Kaci (commissaires résidents aux Beaux-Arts de Paris), Sarah Konté, Yannis Ouaked, Violette Wood, Kenza Zizi (étudiants de la filière « Métiers de l’exposition »)*, sous la direction de Jean de Loisy et de Thierry Leviez, en collaboration avec les équipes du Frac Île-de-France et du Parc culturel de Rentilly – Michel Chartier.

*La filière « Métiers de l’exposition » est une nouvelle filière professionnalisante, proposée aux étudiants de 3e année desBeaux-Arts de Paris, conçue en partenariat avec le Palais de Tokyo.

Jean-Michel Alberola, Ismaïl Bahri, Evgen Bavcar, Hicham Berrada, Christian Boltanski, Xavier Boussiron, Flora Bouteille, Pierre Louis Deseine, Jean Baptiste Désoria, Marcel Duchamp, Albrecht Dürer, Nina Galdino, Matthias Garcia, Gautier d’Agoty, Théodore Géricault, Francisco de Goya, Graham Gussin, Lucien Hervé, Hans Holbein, Jean-Antoine Houdon, Pierre Huyghe, Claire Isorni, Ann-Veronica Janssens, Christian Lhopital, Marc Lochner, Antoine Marquis, Bernhard Martin, Romain Moncet, Damien Moulierac, Alicia Paz, Benoît Pype, Valentin Ranger, Hugues Reip, Bettina Samson, Pierre-Alexandre Savriacouty, Alain Séchas, Valérie Sonnier, Victor Yudaev, Tereza Zelenková …

le château, rentilly. Parc culturel de Rentilly – Michel Chartier, 1, rue de l’Étang, 77 600 Bussy-Saint-Martin.

8 mars – 5 juillet 2020

Agenda Mars 2020

Werner Cuvelier

– Den Haag (Nl), Werner Cuvelier – 1970 and beyond, Parts Project, Den Haag, du 16 février au 12 avril 2020

Charlotte Lagro

– Maastricht (Nl), De Geschiedenis voorbij, Roger Cremers, Charlotte Lagro,  Marta/Slava, Gouvernement aan het Maas, 7 février – 2 juin 2020

Sophie Langohr

– Lessines (B), Infiniment, Musée de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, jusqu’au 29 mars 2020

Jacqueline Mesmaeker

– Bruxelles (B), Jacqueline Mesmaeker, Ah, quelle aventure ! BOZAR, du 26 mars au 24 mai 2020

Benjamin Monti

– Morlanwelz (B), Bye Bye Future! L’art de voyager dans le temps, Musée royal de Mariemont, du 25 janvier au 24 mai 2020

Valérie Sonnier

– Rentilly (F), Le cabaret du Néant, château de Rentilly, du 8 mars au 5  juillet 2020

Arco Madrid 2020, Aglaia Konrad, Marie Zolamian, les images (3)


Aglaia Konrad Projekt: Skulptur, 2017 BW prints on ecoboard, stones, 178 x 120 cm

Marie Zolamian
Sans titre, 2019
Huile sur toile sur panneau , 26 x 32 cm

Marie Zolamian
Sans titre, 2019
Huile sur toile sur panneau, 31 x 41 cm

Marie Zolamian
Alaise, 2018
Huile sur papier marouflé sur toile et panneau, 24,5 x 32,5 cm

Arco Madrid 2020, Aglaia Konrad, Marie Zolamian, les images (2)


Marie Zolamian
«There is an infinite amount of hope in the universe… but not for us» Kafka, 2019
Huile sur toile marouflée sur panneau, 32,5 x 24,5 cm

Marie Zolamian
Saturne, 2019
Huile sur toile sur panneau, 41 x 52,5 cm

Aglaia Konrad Projekt: Skulptur, 2017 BW prints on ecoboard, stones, 178 x 120 cm

Arco Madrid 2020, Aglaia Konrad, Marie Zolamian, les images (1)


Aglaia Konrad Projekt: Skulptur, 2017 BW prints on ecoboard, stones, 178 x 120 cm

Marie Zolamian
Sans titre, 2019
Huile sur toile sur panneau, 37 x 28,5 cm

Marie Zolamian
Aporie, 2019
Huile sur toile sur panneau, 38,5 x 28 cm

Marie Zolamian
Sophisme, 2018
Huile sur papier,maroufl sur toile et panneau, 18 x 24,5 cm

Marie Zolamian
Courir le guilledou, 2019 
Huile sur toile sur panneau, 29 x 39 cm

Jacqueline Mesmaeker, arco 2020 special project, les images


Jacqueline Mesmaeker
Introductions Roses,165 x 35 x 27
2019
chêne, huile de teck, textile,, 165 x 35 x 27 cm

Dans le milieu des années 70, au début de sa carrière artistique, l’artiste a emménagé dans un appartement situé dans un immeuble conçu la même année que sa naissance. La pièce où elle se tient est claire et lumineuse et, à première vue, rien ne la distingue d’un espace domestique habituel. C’est là qu’elle vit et travaille entourée d’objets aux origines diverses. Certains d’entre eux proviennent d’un héritage familial, comme ces assiettes datant du milieu du 19èmesiècle dans lesquelles elle sert le goûter à ses visiteurs ou ce portrait de fillette, un tableau d’origine hollandaise. D’autres objets ont été trouvés, chinés dans des brocantes ou encore acquis à haut prix. La place qu’ils occupent dans l’espace ne doit rien au hasard. Chaque objet porte en lui son histoire, elle se tisse à la situation présente, reste ouverte à des configurations futures et sa présence même en ces lieux devient une affirmation de sa virtualité à devenir élément d’une oeuvre. En réalité, puisqu’ils se trouvent dans l’appartement atelier, ces objets sont déjà des oeuvres. L’art de Jacqueline Mesmaeker, bien que fortement ancré dans le présent, joue avec le tissage des temps. Souvent, elle reprend une pièce réalisée dans le passé et la plonge dans un nouveau contexte, elle la confronte à une situation inédite et révèle ainsi une portée déjà présente, mais cachée, dans la pièce initiale. Les deux anciennes pièces qui occupent l’artiste actuellement ouvrent la voie à en évoquer d’autres encore.

Un monument

En 1989, lors de l’exposition ‘Ontbegrensd Beeld’ dans l’Augustijnenkerk à Maastricht, on pouvait voir un parallélépipède de béton dressé au pied de la chaire de vérité. L’artiste nous décrit cette oeuvre  : « Une colonne en béton vibré pesant 300kg. Elle contenait un flambeau à 5 branches, qui, enfoui dans la masse devenait invisible. Quatre angles creusés dans le béton encore frais en indiquent l’emplacement. Nul ne pouvait se douter que cette masse renfermait un objet. Et c’est par l’intermédiaire d’une gammagraphie réalisée par le secteur Energie de Cockerill Sambre, que l’objet devenait tangible. ». Le volume de béton a disparu, perdu lors d’un transport. Il en reste les gammagraphies et un photogramme réalisé à la lumière d’une bougie mais, refusant qu’on puisse le voir, l’artiste l’a emballé ou embaumé dans un tissu noir (tout comme elle avait emballé ou embaumé le candélabre dans le béton).

Comme les photographies de l’époque nous la montrent, la pièce entretient une relation directe avec l’art minimaliste américain du début des années 1960 : un volume pur, simple qui ne représente que lui-même. Mais déjà chez les minimalistes, la relation au corps et à son échelle est une dimension bien présente (même si certains d’entre eux s’en défendent). L’exemple le plus éclairant à cet égard est sans doute la performance de Robert Morris de 1961. Un rideau de scène s’ouvrait sur une colonne dressée. Rien ne se passait pendant trois minutes et demie et, soudain, la colonne tombait. Trois minutes et demie se passaient à nouveau et le rideau se refermait. Une colonne de bois et sept minutes résumaient une vie d’homme.

La stèle se dressait au milieu des visiteurs des expositions[2], une colonne donc une statue, dont la stature était la taille de l’artiste. ‘Statue’ et ‘stature’, les termes sont proches et ils contiennent l’idée d’établir, de dresser, de maintenir. Est-ce pour autant une forme d’autoportrait ? Car la ‘statue’ de Jacqueline Mesmaeker comportait encore d’autres éléments qui la différenciaient des oeuvres minimalistes. En premier lieu, les quatre ronds à béton qui dépassaient sur la face supérieure, étaient les traces visibles de son processus de fabrication et de son ancrage dans le réel. Ensuite, les quatre cadres esquissés par leurs angles sur le haut du volume signalaient le chandelier contenu dans le volume, ils désignaient l’invisible. Et si l’on considère la pièce telle que l’artiste l’a décrite et telle qu’elle a été montrée à plusieurs reprises, on doit aussi prendre en compte les gammagraphies qui l’accompagnaient et attestaient de la présence d’un objet invisible. En fait de preuve, c’est d’images fantomatiques et confuses qu’il s’agit ; elles sont pourtant totalement indicielles et ‘scientifiques’. Le contraste est considérable entre la masse de béton et l’image incertaine du chandelier. L’oeuvre se présente alors comme un travail sur la question du ‘voir’. L’interrogation de la vision et du regard, les relations entre visible, invisible et disparition sont des leitmotive du travail de l’artiste, une de ses oeuvres s’intitule d’ailleurs ‘J’ai vu que tu n’as pas vu’.

Rose

Si la couleur est présente dans l’oeuvre de Jacqueline Mesmaeker – on peut citer les ‘Bourses de ceinture’ (2018), ‘Parking en or’ (1984) ou encore ‘Contours clandestins’ (1995) -, elle n’y occupe pas une place déterminante. Avec une exception de taille : la couleur rose. Elle emprunte son nom à celui d’une fleur, elle est souvent associée à l’enfance et à la féminité, elle est aussi celle de la peau de l’homme blanc et donc une question fondamentale de la peinture, celle de l’incarnat. Elle varie du plus criard au presque blanc, se teinte de jaune, de bleu, mais chez l’artiste, c’est toujours un rose moyen. Dès 1974, on trouve ‘Lapin’ : une silhouette de lapin formée de points roses et bleus répétée sur 17 dessins en perdant chaque fois un peu de ses points, jusqu’à disparaître. L’ensemble est précédé d’un extrait d’ ‘Alice au pays des merveilles’ de Lewis Caroll, celui de la rencontre d’Alice et du lapin (rappelez-vous : il est blanc et ses yeux sont roses). En 1975, ‘Portes roses’ comprend une suite de nonante-six dessins avec un rectangle rose dans le bas de la page, un mot dans le haut. Tous ces mots forment un paragraphe du même ‘Alice au pays des merveilles’. Au fur et à mesure que la place occupée par le rectangle s’agrandit sur la feuille, le rose pâlit jusqu’à disparaître. Tout se passe comme si le rose avait pris possession du corps du lapin, qu’il l’accompagnait dans ses déambulations dans l’espace et le contaminait ; les portes, comme le lapin, finissent par disparaitre dans le blanc de la page. On pourrait classer ces deux pièces dans une nouvelle catégorie du questionnement du regard : ‘disparitions roses’.

En 1995, l’artiste a réalisé ‘Introductions roses’, une série de 40 diapositives décrivant une intervention réalisée dans son appartement. « On bourre de fragments de tissu rose quelques fentes ou quelques trous qui se comparent, ainsi parés, au vide, au noir, au gris. Le rose révèle le gris et le noir » écrivait l’artiste à propos de cette oeuvre. Souligner l’angle d’une moulure, l’espace laissé libre entre le plancher et la plinthe, combler les trous réguliers d’une planche, les pores d’un galet éponge ou encore marquer le centre d’un livre ouvert. Les ‘Introductions roses’ s’apparentent aux ‘Contours Clandestins’ (1995), trois interventions réalisées en 1995-96 à La Glacière (Bruxelles), à la Norwich Gallery (Norwich) et à l’Atelier Saint-Anne (Bruxelles). Il s’agissait de détourer au crayon des objets divers – jouets, ustensiles du quotidien – à même le mur du lieu d’exposition. Extrêmement discrets, disséminés dans une relative pénombre, partir à leur découverte revenait à un jeu d’objets cachés, on pense aux oeufs de Pâques, mais aussi à un autre texte de Lewis Carroll, ‘La Chasse au Snark’. Ces deux oeuvres relèvent moins de la micro intervention que du concept duchampien d’inframince, y compris dans sa dimension érotique. Georges Didi-Huberman remarque que chez Duchamp, l’optique se convertit aisément en tactile et l’ironie n’est jamais très loin. Chez Jacqueline Mesmaeker, on peut inverser la première partie de la proposition, le tactile – le tissu, les irrégularités des murs – se convertit en optique (et toujours dans le sens de l’interrogation du regard, des relations troubles entre visible et invisible). L’ironie quant à elle est toujours bien présente.

Aux antipodes

‘Stèle’ et ‘Introductions roses’, ces deux pièces, aujourd’hui (presque) disparues, représentent deux extrêmes du travail de l’artiste : du plus pesant, encombrant et massif au plus léger, mince et discret. Jacqueline Mesmaeker a toujours lié ces deux pièces, notamment dans une lettre à Lynda Morris, qui revient sur l’exposition de Norwich et sur le prix qu’elle y a reçu. Leur point commun tient dans la question du regard, pour le reste, les deux oeuvres sont aux antipodes l’une de l’autre. Mais l’artiste s’intéresse aussi aux antipodes : on pense encore à Lewis Carroll et ‘De l’autre côté du miroir’, mais surtout à l’installation filmique montrée par l’artiste à la Vleeshal de Middelburg en 1982. Son titre complet est ‘Si l’on perçait à travers la terre un axe depuis la Belgique, on s’y trouverait à 50° 50’ S – 175° 38’ W, dans le Pacifique’. L’image projetée dans un cadre doré et ouvragé montre la mer du Nord à l’envers, les vagues en haut, le ciel en bas et le mouvement des vagues inversé.

Colette DUBOIS


Jacqueline Mesmaeker , Les portes roses, 1975
Technique mixte sur papier (aquarelle, crayon, impression), (32) x 21 x 29,7 cm
Présentation sous pochettes plastifiées. Développement total de l’oeuvre : 22 x 950 cm