Archives de catégorie : Des expositions d’ailleurs / exhibitions artists

Benjamin Monti, Marie Zolamian, l’équipe du jour, Liège

Benjamin Monti, Daniel Nadaud, A quatre mains, l’Orangerie, Bastogne

A quatre mains, l’histoire d’une rencontre

A Nantes en 2013: Sans tambour ni trompette fut le titre d’une exposition, organisée au Lieu Unique, par Bertrand Godot, qui regroupa autour d’oeuvres de Roland Topor, des artistes en affinité avec son univers. 

Benjamin et Daniel étaient, l’un et l’autre dans cette équipée. C’est lors de l’installation qu’ils se rencontrèrent, leurs salles se jouxtaient, aussi décidèrent-il de concevoir un mur partagé. Cette complicité et cette amitié naissantes firent qu’un matin à l’hôtel, Benjamin apporta à Daniel deux dessins inachevés sur papier millimétré, et lui proposa de les compléter… Au retour dans son atelier, Daniel les renvoya complétés par la poste vers Liège en y ajoutant deux dessins en cours. Il en reçu de suite d’autres de la part de Benjamin, c’est ainsi que l’aventure commença. Naturellement le processus s’installa et le désir de recevoir les réponses de l’un et l’autre donnait une urgence et une saveur particulière à cette correspondance graphique qui, de manière libre se poursuit depuis 2013… Cet échange déborde le cadavre exquis, la spontanéité et la face cachée ne sont pas de mise, le temps imparti reste élastique, il peut être de longue durée, les techniques libres et élaborées, les reprises sont possibles, ce qui n’évite pas l’inconscient, l’imprévu, ou encore le jeu…

L’Orangerie, Bastogne. Du 14 novembre au 22 décembre 2019. Du jeudi au dimanche de 14 à 18h

Sophie Langohr, Les Mesures du Monde, Tourinnes-la-grosse

Pasticienne née à Liège en 1974, Sophie Langohr est diplômée en philologie romane de l’Université de Liège et en peinture, à l’Académie des Beaux-Arts de la même ville.

Nourri par l’approche des Cultural Studies, son travail repose sur l’étude et l’interprétation d’œuvres patrimoniales. Sophie Langohr s’approprie des images et des objets chargés d’histoire. Elle s’exprime à travers leurs propres modes de construction et de production de sens. Par différents procédés de refabrication, elle les revisite, les détourne et les subvertit pour les faire parler autrement dans de nouveaux contextes.

A l’occasion de l’exposition « Les mesures du monde », Sophie Langohr poursuit ses recherches sur la statuaire traditionnelle. Elle a lancé un appel à la population et organisé une collecte de sculptures de brocante : des statues de tout style, tout sujet, toute taille et tout matériau pourvu qu’elles soient évidées à l’intérieur. Dans son installation, on retrouve des figures connues :  Un christ doré, un couple neoclassique, un ange, une vierge enceinte, deux pastoureaux, une sainte famille…L’artiste s’en est servie pour produire de nouvelles sculptures réalisées d’après le moulage de leur creux intérieur.

Dans ce travail, son intervention consiste à faire littéralement «accoucher» des oeuvres désuètes de nouvelles formes. Celles-ci rompent radicalement avec les codifications extrêmement précises qui ont déterminé l’esthétique des pièces qui leur ont servi de «matrices». Les nouvelles sculptures épousent des contours étranges et singuliers.Sophie Langohr s’amuse de ces décalages formels qui troublent les catégories binaires à travers lesquelles nous avons l’habitude de « mesurer le monde » : intérieur/extérieur, matière/forme, abstrait/figuratif, féminin/masculin, nature/culture, passé/futur et spécule ainsi sur les possibilités de régénérescence et de transformation de notre pensée.

Sophie Langohr, Infiniment, Hôpital Notre-Dame à la Rose, Lessines

Pascal Bernier, Alain Bornain, Sophie Langohr et Laurent Quillet investissent le Musée de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines.

Avec des propositions pluridisciplinaires, inédites ou représentatives de leurs productions, ce quatuor d’artistes propose une exposition en symbiose et en résonance avec ce haut lieu chargé de questionnements existentiels

Sophie Langohr, Sans titre, série de 10 sculptures en porcelaine émaillée,
dimensions variables, 2019, détail de l’installation.

Nourri par l’approche des Cultural Studies, son travail repose sur l’étude et l’interprétation d’œuvres patrimoniales. Sophie Langohr s’approprie des images et des objets chargés d’histoire. Elle s’exprime à travers leurs propres modes de construction et de production de sens. Par différents procédés de refabrication, elle les revisite, les détourne et les subvertit pour les faire parler autrement dans de nouveaux contextes.

Comprenant que le processus de déchristianisation de notre société entraine une perte de signification des œuvres religieuses, l’artiste en a fait un corpus privilégié. Elle l’investit en s’octroyant le droit d’y porter un regard personnel et non scientifique. Elle tire profit de la relative opacité de ces œuvres « vestiges », mais qui, selon elle, portent encore un peu de l’énergie transformationnelle dont elles furent chargées en tant qu’objets sacrés.

A l’occasion de l’exposition à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, Sophie Langohr poursuit ses recherches sur la statuaire traditionnelle. Elle produit un ensemble de sculptures en porcelaine réalisées d’après le moulage du creux intérieur de statuettes en céramique issues de la collection du musée. Dans ce travail, son intervention consiste à faire littéralement «accoucher» ces œuvres de nouvelles formes. Celles-ci rompent radicalement avec les codifications extrêmement précises qui ont déterminé l’esthétique des pièces qui leur ont servi de «matrices». Les nouvelles sculptures épousent des contours étranges et singuliers, à la marge de l’abstraction. Sophie Langohr s’amuse de ces décalages formels qui troublent les catégories binaires telles que: intérieur/extérieur, matière/forme, abstrait/ figuratif, féminin/masculin, nature/culture, passé/futur et spécule ainsi sur les possibilités de régénérescence et de transformation de notre pensée.

L’artiste s’est également intéressée à deux tableaux à l’huile du 17e présentés dans la salle conventuelle et représentant Marie- Madeleine « repentante et consciente de sa vanité » dans la grotte de Sainte-Baume. Elle en retouche les images pour faire disparaître le personnage féminin et tous les éléments allégoriques. Ne subsiste que le décor de la scène : un univers de plein et de vide, d’ombre et de lumière. Ce qui apparait désormais, c’est un cadre antagoniste qui renvoie au mythe de la caverne et au-delà, à celui de la féminité matricielle. Un paysage à déserter.

La question du stigmate sexuel est également abordée dans la pièce que Sophie Langohr présente dans le “Quartier de Monseigneur”. Your Son Licks Pussies in Paradise, After Danh Vo est un collage sculptural, une reprise d’une oeuvre de Danh Vo imaginée autour du Christ aux outrages, un buste en chêne de la collection de l’Hôpital.

Julie Hanique

 

Sophie Langohr, Sans titre, série de 10 sculptures en porcelaine émaillée,
dimensions variables, 2019, détail de l’installation.

Exposition du 25 octobre au 29 mars 2020

Hôpital Notre-Dame à la Rose, Lessines

du mardi au vendredi de 14h à 18h (dernière entrée à 17h) samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h30 (dernière entrée à 17h30) fermé le lundi (sauf jours fériés)

Sophie Langohr, Marie Zolamian, Les Mesures du Monde, Tourinnes-la-Grosse

Sophie Langohr et Marie Zolamian participent à l’exposition Les Mesures du Monde, commissariat d’Alain Bornain, l’occasion des Fêtes de la Saint Martin à Tourinnes-la-Grosse. Sophie Langohr expose à la Ferme du Rond-Chêne, Marie Zolamian en l’église Saint-Sulpice à Beauvechain. Exposition du 3 au 24 novembre 2019. 

 

Marie Zolamian, Les Bustes anonymes, 2011-2012

Communiqué de presse : 

Ce n’est pas un hasard si Alain Bornain, le commissaire de ces 54es Fêtes de la Saint-Martin, a proposé comme thème Les mesures du monde. En effet, son propre travail est jalonné par des questionnements relatifs au temps, son écoulement, sa mesure. Il interroge aussi notre rapport au monde en retravaillant et en détournant des images de la vie quotidienne ou à travers des chiffres et des statistiques qu’il égrène au fil de ses œuvres.

Ce thème, il l’a donc choisi parce qu’il fait écho à ses préoccupations, mais surtout parce que, pour lui, les mesures du monde et le rapport au monde, sont des sujets qui touchent chacun, qu’il soit artiste ou non.

De fait, nous faisons tous partie du monde et nous sommes tous pris dans des mesures du monde.  La première mesure du monde est bien sûr temporelle. Chaque individu est marqué par un temps. Un temps compté, plus ou moins long. Ensuite, nous sommes tous liés à un espace, de vie et de travail, mais aussi à un rapport à l’espace, nomade ou sédentaire. Cette dimension spatio-temporelle caractérise chaque individu, lui-même influencé par sa propre identité marquée, plus largement, par une époque et un lieu. Un Tournaisien de trente ans ressent-il le monde de la même manière qu’une Pékinoise de 80 ans ou qu’un New-yorkais du même âge dans les années vingt ?

Par ailleurs, de tout temps, les artistes ont été des récepteurs du monde. À son écoute, en dialogue avec lui, ils l’observent, cherchent à le mesurer, à en saisir les images, quitte à les détourner. De très nombreux artistes actuels sont ainsi occupés par des travaux de collecte, de comptage, d’inventaire, d’archivage. Ils mesurent. Alain Bornain a donc choisi un thème rassembleur, suffisamment large pour englober des artistes et des travaux fort différents.

Ainsi, certains artistes invités s’intéressent au temps, comme Romina Remmo qui expose le temps qui passe ou qui s’arrête. C’est aussi le cas de Roman Opałka. Cet artiste, décédé en 2011, a consacré tout son travail à compter le temps. D’autres artistes interrogent l’espace. André Delalleau souligne certains détails, ce qui modifie notre regard sur des lieux pourtant connus. Ronald Dagonnier, lui, interroge la forme des espaces, ce qui les crée et les habite. D’autres artistes proposent une réflexion sur la représentation du monde et la manière dont il est habité. Laurent Quillet s’immerge ainsi dans nos quotidiens pour en saisir des instantanés. Sophie Langohr s’empare de sculptures de toutes sortes pour en interroger le sens profond et nos perceptions de ces artefacts. Jérôme Considérant détourne des panneaux routiers qui deviennent des clins d’œil à notre culture et à nos interrogations profondes. Quant à Alain Bornain, il détourne des images de la vie quotidienne ou liste des noms, à la recherche de la vie anonyme, ordinaire. Enfin, deux artistes offrent un regard quasiment anthropologique sur la manière d’habiter le monde, sur les liens sociaux qui se tissent entre les Hommes ou sur les règles qu’ils s’imposent. Sylvie Macías Díaz le fait à travers deux visions de la femme dans notre société actuelle et Marie Zolamian en récoltant la mémoire et les souvenirs de nombreuses personnes, d’ici ou d’ailleurs.

Tous ces artistes nous invitent à nous questionner sur notre propre vision du monde, à nourrir nos propres réflexions. Leurs œuvres peuvent être poétiques, esthétiques, voire parfois provocatrices, mais elles sont toujours autant de traductions d’un rapport au monde, autant d’invitations à penser notre propre mesure du monde. Les questions que ces artistes soulèvent trouvent un écho particulier aujourd’hui, alors que le monde bouge de plus en plus vite, qu’il est tout autant bouleversé que bouleversant. 

Jacques Charlier, Convex/Concave : Belgian Contemporary Art, Tank Shangaï

Jacques Charlier, Peinture à la mouche 2019

Jacques Charlier participe à l’exposition « Convex/Concave: Belgian Contemporary Art » à Tank Shangaï, tout nouveau centre d’art contemporain de la métropole chinoise. 

WIELS et TANK Shanghai collaborent pour une grande exposition thématique Convex / Concave: Belgian Contemporary Art, réunissant 15 artistes belges contemporains :

Francis Alÿs, Harold Ancart, Michaël Borremans, Jacques Charlier, Berlinde De Bruyckere, Jos de Gruyter & Harald Thys, Koenraad Dedobbeleer, Edith Dekyndt, Michel François, Ann Veronica Janssens, Thomas Lerooy, Mark Manders, Valérie Mannaerts, Luc Tuymans, Sophie Whettnall.

Entre exubérance et introversion se crée une dynamique convexe/concave, à laquelle fait écho la manière dont les artistes imaginent et illustrent l’équilibre entre l’individu et le monde. La capacité d’observer le réel profane et tangible, avec grande précision et sens du détail, au lieu de faire appel à des grands systèmes philosophiques, abstraits ou conceptuels, est une caractéristique que l’art de la Belgique partage avec les artistes chinois. L’exposition développe le dualisme convexe/concave entre une vision du monde extériorisée, axée sur les relations, et une vue protectionniste, tournée vers l’intérieur. Le commissariat de l’exposition est assuré par Dirk Snauwaert et Charlotte Friling. 

Jacques Charlier, Peinture à la mouche 2019

Le communiqué de presse : 

« Les orientations convexes ou concaves – dans notre perception, les perspectives et réflexions – en sont arrivées à symboliser les multiples échanges et interrelations de la subjectivité. Ces réflexions, qui se substituent au dualisme subjectif, figurent les tendances opposées de l’être intérieur vis-à-vis du monde extérieur – contemplation intérieure et regard extraverti tourné vers l’extérieur. Ce dualisme, qui détermine la conception même de la subjectivité ou de l’identité et du soi, est l’objectif braqué sur l’organisation de ce rassemblement d’artistes belges contemporains. Il constitue en effet une caractéristique générale, non seulement de la modernité, mais aussi des entreprises artistiques et de la singularité des artistes belges. De plus, le choix de ce principe organisateur trouve un écho dans la manière dont les artistes et intellectuels chinois ont abordé les modes de représentation et les paradigmes dominants et, ce faisant, retourné la dialectique convexe-concave en attitudes ludiques ou méditatives face à la conscience de soi.

Outre qu’elle témoigne de l’inventivité et de la créativité des arts et des idées en provenance de Belgique, cette délégation de quinze artistes belges, dont certains sont des nouveaux venus alors que d’autres jouissent d’une renommée internationale, rappelle aussi un épisode clé des échanges intellectuels entre l’Orient et l’Occident. Au XVIIe siècle, une délégation de savants européens, conscients et soucieux des conceptions de l’astronomie et de la mesure du temps et de l’espace, se mit en route pour la Chine. Les membres de l’expédition, parmi lesquels des émissaires des pays bas méridionaux, confrontèrent leurs technologies d’observation, de cartographie et de calcul avec celles des savants chinois, introduisant donc indirectement en Chine les thèses scientifiques les plus récentes relatives au modèle héliocentrique du système solaire, en opposition avec le modèle géocentrique approuvé par les autorités religieuses. La vérification du modèle héliocentrique nécessitait le recours aux nouveaux instruments d’observation que Ferdinand Verbiest (dont le nom chinois est Nán Huáirén) a fabriqués en adaptant des modèles mathématiques de projections convexes et concaves de la planète et de l’espace, et qu’il a pu appliquer dans le planétarium qui porte, aujourd’hui encore, son nom (chinois) (1). En raison de son pouvoir démesuré en Occident et des modèles religieux dominants qu’elle véhiculait, l’Église était incapable d’accepter les faits scientifiques à la base du modèle héliocentrique, qui devait bientôt réduire le modèle géocentrique au rang de curiosité historique. Les théories chinoises existantes, par contre, ne tardèrent pas à reconnaître ce nouveau paradigme et à intégrer les découvertes qui en découlaient dans une vision de la planète comme élément d’une réalité cosmique interconnectée, d’un vaste univers avec différentes conceptions du temps (2).

À la suite de ce changement de perspective, le monde autocentré qui se reflétait dans un miroir concave fut remplacé par un monde dont l’image était convexe et la dynamique centripète et/ou interconnectée. Soulignons-le : ce sont les miroirs convexes et concaves et les prismes des télescopes qui ont permis une observation précise et détaillée des phénomènes naturels et la focalisation sur le cosmos, nouvel exemple de la tendance à miser sur la réalité empirique, physique et perceptible plutôt que sur des notions abstraites. Une des caractéristiques qui distingue l’art des pays bas méridionaux de celui des univers artistiques voisins est son sens méticuleux, précis et détaillé de l’observation, non des préceptes grandioses des philosophes ou des théoriciens, mais de la quotidienneté, que les artistes belges restituent avec une attention au détail qui en rend la représentation presque palpable.

Aujourd’hui, un raisonnement concave, égocentrique, est devenu synonyme de regard intérieur : avec une exploration du soi profond et un penchant à l’intériorisation qui prétend trouver la vérité et le sens dans le soi et sa structure (mentale ou physique). L’intériorisation, comprise comme la réflexion intérieure à partir de laquelle imaginer et mesurer le monde extérieur, peut s’expliquer par la dureté de certains aspects de la société. Elle peut aussi provenir du désir de rejeter les codes en vigueur pour la représentation de la réalité, notamment les formes institutionnalisées de l’esthétique académique développée par les principaux styles des nations occidentales. L’intériorisation peut donc être considérée comme un réflexe d’autodéfense, une tendance à se concentrer sur la simplicité des phénomènes quotidiens plutôt que sur des projets et des idées de grande ampleur. Cette observation est répercutée dans l’art belge en général, et dans cette exposition en particulier, surtout dans la revisite par Mark Manders, Berlinde De Bruyckere et Michaël Borremans de ‘l’étrange familiarité’ du réalisme magique. L’exploration de la frontière entre le sublime et la simplicité se retrouve chez Luc Tuymans, Harold Ancart et Michel François, tandis que les correspondances avec la nature en tant que réflexion méditative sont au cœur des œuvres de Francis Alÿs, Edith Dekyndt et Sophie Whettnall.

Le foyer d’extériorité convexe, ouvert sur l’extérieur, se rattache pour sa part à la conscience de l’interconnectivité de tous les êtres et de toutes les choses, des relations et interactions qui existent nécessairement entre les peuples, la planète, la nature et l’univers. Il est fondé sur la conviction qu’il n’existe aucune entité dominante susceptible de s’affirmer comme le centre unique de toutes choses, car tout ce qui existe doit exister dans un environnement, que rien ne peut prétendre régir ou organiser depuis une position extrinsèque. Cette conception de l’extériorité est donc une forme rudimentaire d’approche écologique et multilatérale des relations humaines et non humaines. Le mouvement vers l’extérieur va souvent de pair avec une remise en question de la superficialité, de l’illusion ou de l’arbitraire des codes et signes dont nous nous servons pour tenter de saisir la complexité des choses. Cette réflexion aboutit à une représentation du monde exubérante, débridée, voire caricaturale, avec son exagération grotesque des signes et codes, ou sa révélation des trucs de théâtre et sa rhétorique sur la nature illusoire et fictive des représentations conventionnelles. De telles formes d’exagération et d’exubérance humoristiques constituent aussi des actes de résistance, un refus de se soumettre aux idéaux de la beauté académique classique, standardisée. Dans cette veine, nous rencontrons le questionnement sur l’ordre normal par Ann Veronica Janssens, la déformation grotesque du banal par Harald Thys et Jos de Gruyter, et le jeu ironique avec les styles modernes incontournables, développé par Jacques Charlier. Les appropriations ludiques et dépaysantes de Thomas Lerooy et les assemblages organiques et viscéraux de Valérie Mannaerts voisinent avec l’excentricité laconique des inversions d’objets décoratifs, fonctionnels, réalisées par Koenraad Dedobbeleer.

Proposer une dialectique convexe-concave comme principe organisationnel des modes de représentation et des paradigmes dominants ou de la complexité écrasante du réel est en opposition flagrante avec les conceptions conventionnelles de l’engagement artistique envers soi-même et le monde, qu’il s’agisse de narcissisme ou de volonté de pouvoir. C’est une proposition qui exprime une attitude contemporaine – tant méditative que ludique – envers la conscience de soi, une attitude qui fait apparaître la personnalité comme un état, comme une métamorphose et un échange perpétuel, dans tous les ensembles relationnels, convexes ou concaves ».

Dirk Snauwaert, directeur du WIELS

Jacques Charlier, Emilio Lopez Menchero, Displacement and Togetherness, CC Strombeek

Emilio Lopez Menchero Trying to be Cadere. BOZAR  Bruxelles, inauguration officielle d’Europalia Roumanie. Octobre 2019

L’exposition Displacement and Togetherness a pour objectif de rassembler plusieurs perspectives historiques et actuelles sur la migration. Dans le contexte de la Belgique, où convergent tant de types de flux migratoires différents, il est important de greffer des phénomènes locaux moins connus sur la conscience globale de la migration. Depuis leur entrée dans l’Union européenne, le flux de population fuyant la Roumanie « vers l’Ouest » à la recherche d’une vie meilleure a atteint une ampleur sans précédent – des millions de personnes ont quitté la Roumanie au cours des dix dernières années. Cette migration volontaire ne signifie pas que ses effets sont moins dévastateurs à long terme, provoquant dépression, drames familiaux, dépeuplement de petites villes ou de zones rurales et changements d’identité traumatisants. Cette main-d’œuvre en fuite est composée d’individus qui subissent souvent dans leur pays d’accueil une manipulation médiatique impitoyable qui dresse un portrait « barbare » du migrant d’Europe de l’Est, alimentant la poussée xénophobe de la rhétorique de droite qui engloutit de plus en plus de grandes parties du spectre politique de nombreux pays occidentaux.

Si ces réalités sont reflétées dans certaines des œuvres présentées – dont beaucoup sont de nouvelles créations – l’exposition ne traîte pas d’un unique territoire ou État, mais plutôt de rencontres et de transferts ; de la mobilité comme trait caractéristique de notre temps, qui peut être à la fois imposée brutalement ou libératrice ; de l’exhumation d’histoires et de la contestation de dichotomies profondément ancrées. Bien que cette méditation est liée à un pays spécifique, elle ne résonne pas moins avec les ondes et les luttes de la décolonisation. Elle met par exemple en évidence, l’« autrisme » perpétuel de ceux qui ne sont pas occidentaux. La multiplicité des perspectives dresse une image complexe de notre époque, montre comment le déplacement même se mondialise et suggère des manières possibles d’être-en-commun.

En ces temps de migration globale, où la mobilité et les interactions humaines suivent des sentiers complètement différents, il est important de nous rappeler une période où la possibilité de voyager à l’étranger pouvait complètement et irrévocablement changer le cours de la vie d’une personne. La réactivation des souvenirs de ces décennies est aujourd’hui d’autant plus pressante qu’un anniversaire approche qui pourrait nous inciter à réfléchir de nouveau au changement de régime politique d’il y a trente ans. C’est dans cet esprit que nous avons inclus dans l’exposition une section qui examine de manière rétrospective la migration d’artistes roumains vers l’Occident pendant la période communiste, en nous concentrant plus précisément sur la fin des années 60 et les années 70. En révélant des intersections entre les points de vue Est-Ouest, cet exposition réunit de multiples positions qui articulent une perception critique et lucide de l’Occident et aborde la question de la non-adaptation – parfois aggravée par un refus conscient de le faire – à la dimension artistique du monde « libre ».

Curateurs : Salonul de proiecte, Bucharest, in collaboration with Luk Lambrecht and Lieze Eneman

Artistes : Silvia Amancei & Bogdan Armanu, Filip Berte, Tudor Bratu, Mekhitar Garabedian, Emilio López-Menchero, Vincent Meessen, Christine Meisner, Jimmy Robert, Iulia Toma

La partie historique de l’exposition présente des contributions de : Horia Bernea, Andrei Cădere, Jacques Charlier, Florina Coulin, Jindřich Chalupecký, Andrei Gheorghiu, Ion Grigorescu, Octav Grigorescu, Pavel Ilie, Matei Lăzărescu, Julian Mereuță, Paul Neagu, Simona Runcan, Decebal Scriba, Emil Simiu

ve 18 oct. 2019  — je 12 déc. 2019

Valérie Sonnier, L’esprit commence et finit au bout des doigts, Palais de Tokyo, Paris

« Il faut avouer que les mains sont des appareils extraordinaires… Le matin, professionnelles…
– Et sur rendez-vous…
– Et le soir, fonctionnelles… C’est merveilleux. C’est la pince universelle !
– Tiens, – et l’esprit ?
– Commence et finit… au bout des doigts. »

Paul Valéry, Idée fixe ou deux Hommes à la mer, 1932

Durant un mois, dans le cadre de la saison dédiée à la scène artistique française, le Palais de Tokyo abritera toute la diversité des métiers d’art récompensés et soutenus par la Fondation Bettencourt Schueller depuis 20 ans, sans chercher à hiérarchiser les œuvres ou les activités présentées. La phrase qui constitue le titre de l’exposition est issue de L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer (1932), roman de Paul Valéry. Elle dialogue avec les citations de l’auteur inscrites sur les frontons du palais de Chaillot, bâtiment voisin datant de la même époque.
Le parcours de l’exposition -pensée par Laurent Le Bon et mise en espace par l’artiste Isabelle Cornaro- est aménagé en quatre séquences jouant sur la variation de l’intensité lumineuse et la dilatation des espaces. Il s’ouvre par une mise en perspective historique, sous la forme d’un étonnant cabinet de curiosité, avec la présentation d’une centaine de pièces issues des collections des Beaux-Arts de Paris, qui cherchent à magnifier les mains, seules. Celles-ci s’incarnent ensuite, le processus créatif est engagé. Le visiteur découvre dans l’Atelier, les visages, certains outils, machines et matières premières qui composent les 281 métiers d’art. L’espace s’ouvre alors sur la ville, avec une parade festive de créations baignées de lumière naturelle et ponctuée d’une présence végétale, comme une vanité heureuse. Dernier moment de l’exposition, un panorama d’images mises en mouvement, figure des actions en faveur des métiers d’art, une invitation au prospectif qui donne le primat aux sensations.

Commissaire : Laurent Le Bon
Mise en espace : Isabelle Cornard

Depuis 20 ans, à l’initiative de la Fondation Bettencourt Schueller, le Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main® met en lumière les savoir-faire d’exception, la créativité et l’innovation des métiers d’art qui participent de la scène française artistique contemporaine. Cette exposition est un reflet de cet engagement philanthropique.
Un catalogue d’exposition, édité chez Flammarion, est disponible à la librairie du Palais de Tokyo.

Du 16/10/2019 au 10/11/2019

Valérie Sonnier
Galerie Huguier,
Tirage numérique sur papier baryté, 61 x 50.5 cm, 2019

Valérie Sonnier
Gisants de l’église des Petits-Augustins,
Tirage argentique sur papier baryté, 50.5 x 61 cm, 2019

 

Benjamin Monti, Restructuration du travail, Space, Liège, les images (3)

Vues d’exposition. Space Collection. Liège

Ce vendredi 27 septembre :
Dans le cadre de l’exposition Benjamin Monti – Restructuration du travail (07.09 au 05.10), la SPACE Collection reçoit Xavier-Gilles Néret pour la présentation du Graphzine, une mouvance graphique et éditoriale héritière du mouvement punk et de la culture de l’autonomie.

L’auteur a sorti le 6 septembre « Graphzine Graphzone » (Le Dernier Cri / Éditions du Sandre, 2019), premier livre approfondi sur les graphzines, ces productions graphiques alternatives faites notamment dans le sillage des collectifs Bazooka et Elles Sont De Sortie, à partir de la seconde moitié des années 1970.

Xavier-Gilles Néret, professeur agrégé de philosophie, enseigne la philosophie de l’art et du design à l’ESAA Duperré et à l’Université Paris I Panthéon La Sorbonne. Il travaille sur les liens unissant arts, philosophie et poésie, notamment autour de Stéphane Mallarmé. Il vit et travaille à Paris. Auteur de nombreux ouvrages, on compte parmi ses publications des études sur Bernard Saby (Les Yeux fertiles, 2008 et 2012) ; une monographie consacrée aux papiers découpés de Matisse, dont il a aussi réédité l’album « Jazz », deux ouvrages publiés chez Taschen (2009 ; nouvelles éditions en 2014 et 2018). Il est également l’auteur de « Daisuke Ichiba, l’art d’équilibrer les dissonances » (Arsenicgalerie, 2017) ; et de « Wataru Kasahara, La peau de l’univers » (E2, 2019).

John Murphy, Opera Monde. La quête d’un art total, Centre Pompidou Metz, les images