29 janvier 2012

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A La Louvière, au Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée, CAP, 40 ans d’images réelles et virtuelles.

Le 26 octobre 1977, Jacques Lizène écrit à Ben Vautier qui, à Nice, prévoit de l’exposer :

« D’abord le titre, écrit Jacques Lizène. Peinture d’un artiste “analiste” (sans Y), être son propre tube de couleur (mars 1977). Ce n’est pas mon tout dernier projet, mais j’ai décidé de le réaliser car je le trouve de plus en plus drôle. Je sais que Manzoni a mis de la merde en boîte avec le nom de différents artistes mais a-t-il peint avec ? Je sais que Spoerri a fait de l’eat-art mais a-t-il déjà fait le rapport entre la nourriture et la matière fécale (c’est-à-dire composer une gamme de couleurs en faisant le rapprochement entre les aliments et la couleur obtenue) ? Je sais que dans le Psychart, il y a eu des cas de peintures réalisées en partie avec de la matière fécale mais pas de manière raisonnée. Cette forme de peinture entraînera un type de réflexion bien connu dans le monde de l’art : “Ce que fait untel, c’est de la merde.” C’est de cette façon que le fait humoristique sous-jacent à cette démarche se révélera. Il y aura dans la peinture analiste différentes variantes : sociologique, humoristique, provocatrice, analytique, politique, coloriste, dont le tout sera “sans importance”. »

Cette exposition ne se fera finalement pas. Jacques Lizène montre sa première toile à la matière fécale quelques semaines plus tard, à Bruxelles, au Jardin Botanique ou Jacques Lennep, animateur du groupe CAP, organise une exposition : Le Jardin, Lectures et Relations. Le grand aplat de merde que Jacques Lizène y montre disparaitra à la fin de l’exposition, vraisemblablement jeté à la poubelle par une femme d’ouvrage.
Au vernissage, qui se déroulera en présence du Régent, Jacques Lizène fait engager un musicien, un joueur de bombardon et le charge de s’asseoir dans un coin de l’exposition, sur un pot de WC. Durant la soirée, le musicien jouera de son instrument « sur tempo lent, de telle sorte que les sons émis ressemblent à d’énormes pets ».
En 1979 -80, Jacques Lizène reprendra cette idée afin d’en faire un projet de sculpture nulle pour gros tuba, pot de WC et fumée. Il s’agit de déposer un gros tuba, ou un bombardon, sur un pot de WC, de mastiquer les bords du pavillon de l’instrument sur la cuvette et de glisser dans celle-ci un tuyau relié à un générateur de fumée, peut-être un système de music hall, précise le Petit Maître afin de faire fumer le dispositif par l’embouchure de l’instrument de musique. Le tout doit être éclairé par un spot de lumière rouge.  Ce projet de sculpture nulle, Jacques Lizène vient de le réaliser en 2011, avec un hélicon et non un bombardon, posé sur un WC anglais. Œuvre élégante, Jacques Lizène n’hésite pas à la poser sur sa tête.

Sculpture nulle 1980, sur une idée de 1977, pour hélicon, pot de WC et fumée (la fumée comme élément sculpural), remake 2011. Suite à la pièce sonore de 1977 : pièce sonore pour bombardon et pot de WC.  ( helicon, cuvette de WC anglais, céramique, fumigène. 90 x 120 x 40 cm, 2011)

Performance pour bombardon et pot de WC. « Jouer sur tempo lent, de telle sorte que les sons émis ressemblent à d’énormes pets ». Le Jardin, Lectures et Relations, Jardin Botanique, Bruxelles, 1977.

C’est à la suite de cette exposition que Jacques Lizène est exclu du groupe CAP. La notice biographique du calalogue de l’exposition précise que c’est en raison « du caractère provocateur de sa participation ». Dans l’entretien que Jacques Lizène accorda à Denis Gielen en 2003 (Conversation avec le 25e Bouddha, Edition Le Facteur Humain), l’artiste s’explique sur l’épisode de cette exclusion :

Vous avez ensuite participer à la formation du groupe CAP qui défendait un « art relationnel »…

C’est Lennep et van Lennep qui ont crée CAP. Le premier contact fut pris avec Jacques-Louis Nyst qui faisait des œuvres dans lesquelles le dessin était mis en relation avec la photographie. Ensuite, j’ai été contacté parce que j’utilisais moi aussi, depuis quelques années, ce type de relation hybride, notamment dans mes travaux sur le « perçu / non perçu ». J’ai accepté l’invitation parce que je pensais que cela me créerait des occasions d’exposer. Mais il faut dire que je n’étais pas vraiment un artiste « relationnel »…

Vous avez d’ailleurs été exclu du groupe…

En 1978, nous avons eu une réunion suite à l’exposition – Le Jardin – qui eut lieu au Botanique et pour laquelle chaque membre du groupe avait eut la liberté d’inviter un autre artiste ou une personnalité d’une autre discipline ; un scientifique, un sociologue, un philosophe etc. Moi, j’avais invité le collectif du Cirque Divers en leur donnant bien entendu carte blanche. Ce qui m’a valu des problèmes, car ils ont débarqué en recréant un jardin d’enfants. Ils s’étaient déguisés en gamins et se sont amusés à reconstituer l’ambiance d’une coure de récréation.(ah! ah! ah!). Lennep a toujours cru que c’était moi qui les avait poussé à faire ça ; mais pas du tout, c’était Michel Antaki et Brigitte Kaquet. (…) Dans un groupe, il faut de toute façon toujours un exclu. Regardez les surréalistes ou les pré-situationnismes. Et qui pouvait mieux que le Petit Maître jouer ce rôle au sein du groupe CAP ? Moi ! C’était le meilleure choix !

Votre passage par le groupe CAP fut donc bref…

Pas vraiment, car l’aventure CAP s’est terminée en 1979 et mon exclusion date de 1978. En réalité, mise à part la publication du livre Relation et Relation, j’ai participé à presque toutes les manifestations du groupe.

 

Le perçu et le non perçu, 4 photographies NB, 1973. « Entre la première et la quatrième prise de vue, le photographe a absorbé trois bières blondes et fumé une cigarette de tabac noir… Entre la deuxième et la troisième prise de vue, le personnage photographié a, lui, absorbé deux bières blondes avec grenadine et fumé une cigarette de tabac brun… Entre la première et la deuxième prise de vue, le personnage photographié a retiré de sa poche une pochette d’allumettes que le photographe a emportée après la quatrième et dernière prise de vue ».

4 photographies NB, tirage argentique, texte imprimé, 30 x 50 cm

Il y a… Il y a un trou… un trou dans le milieu de la photo. Il y avait là, à la place de ce trou, l’image d’un passant, un homme de dos qui marchait, l’on ne sait vers où. Il vous est inconnu… et le restera. (ainsi !) (artiste de la médiocrité et de la sans importance. Le chic de la démarche de déception.

photographie trouée, texte, déchirure. 27,5 x 12 cm

Le deuxième portrait photographique est celui d’un postier…
Le troisième portrait photographique est peut-être aussi celui d’un postier…
La quatrième photographie est le portrait d’un policier…
La cinquième photographie est peut-être aussi le portrait d’un policier…
Peut-être le troisième photographique est-il  aussi le portrait d’un  policier…
Peut-être la quatrième photographie n’est-elle que le portrait d’un postier…
La deuxième photographie n’est finalement peut-être pas  le portrait d’un postier ; pas plus que les sixième, septième, huitième qui sont peut-être toutes des portraits de policiers (aie aie aie !).
Sans aucun doute, la première photographie n’est ni le portrait d’un postier, ni celui d’un policier.
Le perçu et le non perçu, 1973

tirages argentiques NB et texte imprimé, 65 x 50 cm, 1973.

Jacques Lizène réutilise une série de portraits tirés des planches contacts de « AGCT, filmer et photographier le plus grand nombre de visage humains, 1971 – 1972 »

Jacques Lizène présente : L’agrandissement photographique d’une peinture (de 9 cm de haut et 12 cm de large) découverte à l’intérieur de la Civilisation Banlieue. Peinture réalisée avec précision, aplication et grand mérite (valeur / mérite / travail). (Haut les Coeurs )

Tirage argentique sur papier baryté, texte imprimé, 1975

Cette oeuvre est montrée pour la première fois à la Neue Galerie à Aachen en 1975, dans l’exposition « Belgien, Junge Künstler I », organisée par le professeur Wolfgang Becker. Jacques Lizène fait référence à l’hyper-réalisme américain auquel s’intéresse de près le collectioneur Ludwig, dont une part de la collection est déposée à Aachen.

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