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Valerie Sonnier, Distant proximity, revue de presse

Valerie Sonnier

Dans La Libre du 14.03.2014

De l’art qui évoque nos chers et troublants fantômes
GUY DUPLAT

ARTS VISUELS Art Un parcours sur l’image et ses traces émotives, à la Centrale.
Sa première exposition, « Mindscapes », à la Centrale, à deux pas de la place Sainte-Catherine à Bruxelles, avait déjà donné le ton de ce que voulait faire Carine Fol, sa nouvelle directrice : créer des parcours de découvertes et d’émotions à travers l’art contemporain, mêlé parfois à l’art brut.

L’exposition « Distant Proximity » est dans cette veine. Ce titre de « proximité distante » est un paradoxe, un oxymore, proposé comme fil conducteur possible parmi les propositions des neuf artistes présentés. Les œuvres nous parlent de notre société, de notre vie, de nos souvenirs. Elles sont chargées de tout le poids d’émotions accumulées et oubliées, et sont, en même temps, distantes et imprégnées de cette « inquiétante étrangeté » dont parlait Freud. Le philosophe Eric Clémens cite cette belle phrase de Nietzsche : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ». L’art peut évoquer la réalité mais jamais y être identifié. Il reste une construction à travers nos sens et notre intelligence, d’un réel inatteignable.

Tout en poussières

Fort de cela, on découvre dans cette courte exposition quelques œuvres fortes. Comme l’ensemble des architectures folles et minuscules réalisées par des artistes d’art brut, ACM (pour Alfred et Corinne Marie). Ils reprennent des petites pièces de machines domestiques et les réassemblent en une « ville » qui nous est à la fois proche et infiniment éloignée (comme la maladie mentale). Autour de cet ensemble, on découvre les grandes photos de Nicolas Moulin qui assemble des images d’architectures vides de gens, de lieux fantomatiques, de villes utopiques devenues des déserts comme à Fukushima ou Tchernobyl.

Autour encore, une œuvre ancienne de Françoise Schein (qui bénéficie d’une grande expo pour l’instant au Civa), où elle exprime ses « Souvenirs belges », avec un nœud de veines lumineuses comme nos autoroutes éclairées la nuit, seul artefact humain visible de l’espace avec la muraille de Chine.

Le cœur de cette exposition est l’installation monumentale de Peter Buggenhout. L’artiste gantois a construit un grand objet non identifié et volontairement non identifiable, comme une trouvaille archéologique ressemblant à tout et à rien à la fois. Mélange d’avion crashé, de camion désossé et de déchets, le tout recouvert d’une couche de poussières évoquant le temps passé. A nouveau, un objet qui nous semble proche mais qui reste inaccessible. A nouveau, on peut penser à Tchernobyl ou Pompéi, quand la vie brusquement s’est arrêtée. Une œuvre imposante qui occupe pleinement les espaces difficiles de la Centrale.

Il faut encore voir, parmi les œuvres intéressantes, les dessins et la vidéo de Valérie Sonnier qui montrent l’image réelle ou rêvée de la maison où elle a grandi. Vide de ses habitants, envahie par la végétation, ouverte aux vents et aux fantômes. Fantasme ou réalité ? La vision qu’on a des choses est plus vraie que le réel qui nous échappe toujours. L’image est une manière de modéliser le monde autour de nous, selon nos affects. Une image pas moins « vraie » que la science ou une objectivité impossible.

Sur Musiq 3, le point des arts plastiques, par Pascal Goffaux

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