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Jacques Charlier, Sophie Langohr, IKOB, Nuit européenne des musées ce 17 mai & revue de presse

Glorious bodies IKOB (photo Laurence Charlier)

Dans le cadre de la Nuit européenne des musées.

Le 17 mai, l’ikob vous accueille chaleureusement de 13 à 22h et vous propose un programme à ne pas manquer.

16h. Traversée guidée de l’exposition Glorious Bodies par la curatrice et directrice Maïté Vissault.
19h. Projection en grand format du film Jacques Charlier « Pirate de l’art » suivie d’une discussion avec les artistes Jacques Charlier et Sophie Langohr.

Glorious Body

Cette soirée sera également l’occasion de découvrir la publication qui accompagne l’événement.
« Jacques Charlier – Sophie Langohr, Glorious Bodies », une publication sous forme de magazine.
64 pages, format 31,5 x 21,5 cm, nbr ill couleurs, texte : Jean-Michel Botquin. Français / English. Disponible à la galerie et à l’IKOB. Prix public : 12 euros.

A propos de l’exposition, Jean-Marie Wynants écrit dans LE SOIR de ce mercredi 14 mai :

A ma gauche, la Vierge au visage doux, apaisé, au regard extatique tourné vers le ciel. A ma droite, Morgane, sanglée dans son armure, entourée de corbeaux, le regard fier, l’épée à la main dans un inquiétant paysage brumeux. Deux visages, deux corps, deux images ayant traversé le temps. Deux personnalités au cœur de l’exposition de Sophie Langhor et Jacques Charlier à l’Ikob d’Eupen. Un parcours riche en œuvres mais particulièrement aéré et agréable dans sa circulation.

Au cœur du propos, ces Glorious Bodies qui donnent son titre à la manifestation. « Depuis toujours, explique Jacques Charlier, l’obsession première de l’homme est de durer, de défier la mort et de se donner une assurance contre celle-ci. C’est le sens de bon nombre d’images issues de notre tradition judéo-chrétienne. » Se sachant mortel, l’homme cherche de petits arrangements pouvant le mener vers une vie éternelle. Même par procuration. « On trouve la consolation par les images, poursuit Jacques Charlier. Aujourd’hui comme hier. La communion des people a juste remplacé la communion des saints. Mais c’est le même principe. Les people ont des fans, donc il y a un acte de foi et ils ont leurs martyrs comme Marylin Monroe ou James Dean. » Et plus récemment Kurt Cobain, Amy Winehouse ou Paul Walker.

Et chez les people comme chez les saints, on parle de transfiguration, même si les supposés événements miraculeux d’hier ont été remplacés par Photoshop et la chirurgie esthétique. C’est ce que montre magistralement le travail de Sophie Langhor. « Dans un premier temps, explique-t-elle, j’ai découvert dans les caves du musée Curtius, à Liège, une série de statues de la Vierge confiées au musée par les fabriques d’Eglise. Je les ai photographiées en gros plan, à la manière des images publicitaires pour les cosmétiques. Ensuite, j’ai recherché sur internet des images se rapprochant le plus possible de mes Vierges. J’ai ainsi constitué des diptyques et remis une couche en traitant les images de façon similaire. »

L’effet est saisissant. Dans un premier temps, le visiteur croit voir des portraits reproduits deux fois. Puis en s’approchant, on note les légères différences mais aussi et surtout l’incroyable similitude entre les icônes d’hier et les people d’aujourd’hui. Sophie Langhor a ensuite fait le même type de travail avec les hommes, photographiant une quinzaine de statues de saints de l’église Saint-Nicolas d’Eupen et leur trouvant des correspondances dans les célébrités masculines d’aujourd’hui. Un travail de longue haleine, aussi fascinant et déroutant que révélateur. « Il y a plusieurs dizaines d’années de différence entre ces portraits, constate l’artiste, mais les codes de l’image n’ont guère changé. »

De son côté, Jacques Charlier mêle pièces anciennes (sa sainte Rita ou sa Jeanne d’Arc revisitées, bien loin de celle du Front national) et récentes comme sa Morgane, pour montrer une autre facette plus noire, plus agressive de ces corps glorieux qui servent aussi ceux qui les manipulent. « Les gens ont besoin de mythes, conclut-il, et ceux qui s’approprient et manipulent le mythe, cherchent à s’en approprier la force et l’impact sur le public. » Une manipulation ayant existé de tout temps mais que l’on peut aujourd’hui décoder grâce au travail superbe et profond d’artistes tels que Jacques Charlier et Sophie Langhor.