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Marie Zolamian, Addenda, Musée de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, Lessines

Marie Zolamian

Le journal intime de Soeur Marie-Rose, chanoinesse hospitalière de Saint Augustin au Prieuré de l’hôpital de Notre Dame à la Rose de Lessines, 1851 – 1923, fonde l’oeuvre créée par Marie Zolamian pour cet « Addenda ».
« Le 11 juillet 1880. Enfin, me voici. Seigneur, Merci Oh’ merci mille fois de m’avoir assistée dans tous ces combats que j’ai eus à soutenir, maintenant je ne serai plus qu’à vous. Oh quel bonheur je ressens ! Quelle consolation j’éprouve au milieu de tant de sacrifices que je vous ai offert. Vous seul O Mon Jésus en connaissez toute la grandeur !
Mes chers Parents ! Mon frère et mes sœurs, ces chers petits enfants, et aussi ces amis O Jésus O Jésus ! Je vous en fais le sacrifice vous savez que je veux être toute à Vous, donc JE ne dois rien réserver pour moi ».

Le troisième et dernier volet du triptyque d’expositions organisées par le B.P.S.22 à Lessines présente une sélection d’artistes dont les oeuvres entrent en dialogue avec les différentes salles de ce musée consacré à la médecine et à la vie conventuelle féminine. Intitulée « Addenda », pluriel d’addendum, l’exposition se définit comme autant de notes additionnelles aux solos d’Alain Bornain (2012) et d’ORLAN (2013) afin d’explorer, par la confrontation entre les pièces historiques et les interventions contemporaines, les multiples questionnements soulevés par ce lieu patrimonial unique. Dans la logique du parcours classique de la visite du musée, les salles sont investies d’une proposition plastique spécifique choisie et/ou conçue pour un espace déterminé, révélant la diversité des approches et des sensibilités contemporaines tout en mettant en lumière les multiples sujets qu’aborde le Musée.

Les oeuvres

La question du genre dans ses résonances scientifiques et ses questions éthiques actuelles est évoquée, face au Christ androgyne, par l’interaction de Fabrice Samyn et Yvonne Trapp. Les pièces historiques de Marina Abramović et Gina Pane font écho au dolorisme chrétien dans sa réalité physique tandis que la création in-situ de Marie Zolamian l’évoque dans son aspect spirituel.
La sculpture de Thomas Lerooy illustre tant le lien que l’opposition entre le corps et l’esprit, la chair et l’intellect dont sont imprégnés les rapports aux soins des malades. Toujours dans la relation à la maladie, Laurence Dervaux propose un triptyque de vidéos dont l’ambiguïté du geste évoque le rapport à la réparation du corps et au culte des reliques. Le geste vain du soin trouve son prolongement dans l’urne qu’elle présente dans la pharmacie ; et se transforme poétiquement dans l’approche de David Brognon et Stéphanie Rollin. La performance de Regina José Galindo met en lumière la notion de charité, attachée dans sa vertu chrétienne,
à l’origine des hospices. Alain Bornain, familier du lieu, réalise trois nouvelles créations immiscées dans divers espaces du site, par lesquelles il apostrophe le visiteur de manière directe sur le sens de la vie. Autre interpellation, la pièce de Rémy Zaugg qui bénéficie dans ce lieu de toute sa dimension spirituelle. Le jardin du cloître est, quant à lui, investi par les sculptures recomposées d’Iván Argote. Le rite du baptême habituellement célébré dans l’autel, trouve dans la chapelle de l’Hôpital un écho politique avec la vidéo de Teresa Margolles. Enfin, le passage d’un corps spirituel à un corps social et économique est
évoqué, à la fin du parcours, par le travail de Frédéric Fourdinier à partir de la notion d’hygiène et celui d’Hans Op de Beeck sur un futur médical imagé et déshumanisé.
Ces oeuvres ainsi conceptualisées sont autant de notes réflexives à méditer et explorer. Elles permettent par ailleurs d’élargir l’accès à l’art contemporain vis-à-vis du public habituel de ce type de site.

Artistes :

Marina Abramović, Belgrade (RS), 1946 – Iván Argote, Bogota (CO), 1983 – Alain Bornain, Genappe (BE), 1965 – David Brognon et Stéphanie Rollin, Messancy (BE), 1978 – Luxembourg (LU), 1980 – Laurence Dervaux, Tournai (BE), 1962 – Frédéric Fourdinier, Boulogne-sur-mer (FR), 1976 – Regina José Galindo, Guatemala (GT), 1974 – Thomas Lerooy, Roeselare (BE), 1981 – Teresa Margolles, Culiacan (MX), 1963 – Hans Op de Beeck, Turnhout (BE), 1969 – Gina Pane, Biarritz (FR), 1939 – Paris (FR), 1990 – Fabrice Samyn,
Bruxelles (BE), 1981 – Yvonne Trapp, Hockenheim (DE), 1964 – Rémy Zaugg, Courgenay (FR), 1943 – Bâle (CH), 2005 – Marie Zolamian, Beirut (LB), 1975.

Curatrice de l’exposition : Nancy Casielles
Conservateur du Musée de l’Hôpital Notre-Dame à la Rose : Raphaël Debruyn

Exposition : du 14 juin au 30 novembre 2014
Du mardi au dimanche, de 14h à 18h. Ouvert les lundis fériés
Vernissage : 13 juin 2014 à 19h