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Jacques Lizène, (Presque) jamais le visionnaire n’a été perçu comme tel en son temps, Szczecin, revue de presse

Lu sur le site de la RTBF

Jacques Lizène

Le Musée national de Szczecin, une ville de 400 000 habitants près de la Baltique, accueille jusque février 2015 une grande exposition de Jacques Lizène, cet artiste qui se définit ironiquement comme le « Petit maître liégeois du 20e siècle ». Cette exposition est née d’un partenariat régulier entre le Centre wallon d’art contemporain La Châtaigneraie à Flémalle, et le Musée national de Szczecin.
Une bétonnière avec des billes à l’intérieur, et qui tourne en faisant un bruit d’enfer: c’est de la « musique non-séductive », conçue pour agacer. Ou une partition classique de Mozart interprétée au piano mais à l’envers, par un pianiste jouant lui-même à l’envers, sur la table du piano et non devant le clavier. Voici deux exemples d’oeuvres proposées à Szczecin par Jacques Lizène, chantre de l’auto-dérision et de « l’art nul et médiocre » – c’est lui-même qui se définit ainsi. « Je suis arrivé trop tard dans l’histoire de l’art, » explique très sérieusement Jacques Lizène, né à Ougrée en 1946. « Alors j’ai décidé de revenir en arrière, au début de l’Histoire. C’est ainsi que je réalise par exemple des petits dessins médiocres, dans un style que j’appelle « néo-rupestre ». Beaucoup d’artistes d’avant-garde se sont définis comme des visionnaires. Moi, je suis sans doute parfois un visionnaire, mais je ne sais pas dire quand exactement. »

Le contre-pied du bon goût

Artiste subversif, reconnu tant en Belgique qu’à l’étranger, mixant la vidéo, le son, les objets, la photographie et la peinture, Jacques Lizène réalise des oeuvres dérangeantes, qui prennent le contre-pied des normes artistiques, de l’esthétique, ou du bon goût. Le tout avec un grand professionnalisme. Ses oeuvres ont séduit les Polonais. Magda Lewoc est conservatrice au Musée National de Szczecin et commissaire de l’exposition, avec Marlena Chybowska-Butler et Jean-Michel Botquin, galeriste de l’artiste.

« Nous avons découvert les oeuvres de Jacques Lizène à l’occasion d’un précédent séjour à Liège, organisé dans le cadre de nos échanges avec le Centre wallon d’art contemporain de Flémalle et sa directrice, Marie-Hélène Joiret », explique Magda Lewoc. « L’humour, le rire de Jacques Lizène sont des outils contre le système artistique. C’est un art de la provocation, non conventionnel, qui s’attaque à l’académisme de l’art, aux règles établies lorsqu’on expose des peintures ou des objets dans un musée », poursuit la conservatrice. « Le travail de Jacques Lizène est de placer une bombe au coeur de ce système artistique, et ce n’est pas fréquent de voir ça chez nous, en Pologne. Mais sous les apparences de la drôlerie et de l’insolite, il fait surgir des questions existentielles très sérieuses sur notre société et son fonctionnement. »

Des échanges réguliers entre artistes

Cette exposition est issue d’un partenariat entre les deux institutions culturelles, distantes d’un millier de kilomètres, l’une à Flémalle et l’autre à Szczecin, qui est la ville natale de l’écrivain allemand Alfred Döblin. Ce n’est pas la première fois que ces institutions collaborent ensemble, comme le souligne Marie-Hélène Joiret, directrice de La Châtaigneraie à Flémalle. « Nous avons commencé ces échanges il y a plusieurs années, et avons notamment accueilli des artistes-graveurs polonais. Et des artistes de notre communauté, comme Johan Muyle, Thomas Chable et Ronald Dagonnier, ont déjà exposé à Szczecin. L’exposition de Jacques Lizène, dans le musée principal de la ville, est un signe de reconnaissance pour un artiste majeur de chez nous. » Et pour le travail de cet artiste, dont le projet de critique radicale de l’art et son histoire, est évidemment assez loin de la médiocrité.

Alain Delaunois