Jacques Charlier, The Importance of being, Museo de Bella Artes, La Habana, Cuba

Jacques Charlier participe à l’exposition « The importance of being », un panorama de l’art contemporain en Belgique au travers des oeuvres de quarante artistes, une exposition conçue par la curatrice Sarah Alonso Gomez, qui sera successivement accueillie par les musées de La Havane, de Buenos Aires, de Rio de Janeiro et de Sao Paulo. Première étape au Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana, Cuba, du 13 février au 26 avril.

Gathering 40 international artists, the exhibition “The Importance of Being …” will travel to 4 important museums in Latin America along one year and a half, offering a vast panorama of the contemporary art scene in Belgium, without intending to encompass thoroughly. Plural discourses and transversal approaches through a wide range of artistic supports make possible to highlight nowadays crucial problematics worldwide in order to think on possible connections with other latitudes while mapping similarities and differences.

The goal has been to go beyond the notion of Belgium. It is a departure point as laboratory/platform with specific but also global cultural dynamics and geopolitical approaches, in the center of Europe on the decision-making and towards the rest of the world. In this sense, subjects related to power and memory, to the binomial identity-alterity, conflicts and borders, human relations with both the technosphere and biosphere in the context of the globalization are developed on the exhibition. In this sense, the exhibition proposes 5 conceptual trends establishing a strong thread between the selected artworks.

In parallel to the show, a program of performances, workshops with local art schools, conferences and panels of discussion will take place along the exhibition. The first venue will be Museo Nacional de Bellas Artes in Havana as from February 13th this year.

Artists: Marcel Broodthaers, Chantal Akerman, Francis Alÿs, Charif Benhelima, Guillaume Bijl, Michaël Borremans, Dirk Braeckman, Jacques Charlier, David Claerbout, Leo Copers, Patrick Corillon, Cel Crabeels, Berlinde De Bruyckere, Jan De Cock, Peter de Cupere, Carl De Keyzer, Raoul De Keyser, Edith Dekyndt, Wim Delvoye, Fred Eerdekens, Jan Fabre, Michel François, Kendell Geers, Johan Grimonprez, Ann Veronica Janssens, Marie-Jo Lafontaine, Jacques Lizène, Kris Martin, Hans Op de Beeck, Walter Swennen, Pascale Marthine Tayou, Ana Torfs, Joëlle Tuerlinckx, Philippe Vandenberg, Koen van den Broek, Anne-Mie Van Kerckhoven, Koen Vanmechelen, Lieve Van Stappen, Bruno Vekemans, Angel Vergara Santiago.

Curator: Sara Alonso Gómez
Director: Bruno Devos

Dates:

Museo Nacional de Bellas Artes, La Habana, Cuba: February 13th to April 26th 2015
Museo de Arte Contemporáneo, Buenos Aires, Argentina: July 4th to September 12th 2015
Museu de Arte Moderna, Rio de Janeiro, Brasil: December 2nd 2015 to February 14th 2016
Museu de Arte Contemporânea da Universidade de São Paulo, Brasil: April 11th to July 14th 2016

Sara Alonso Gómez is curator and art critic on contemporary art, graduated from Art History at the University of Havana and from a Master on Curating Contemporary Art at Paris-Sorbonne. As member of the Cuban Writers and Artists’ Union (UNEAC), she focuses on the contemporary art challenges in its trans-disciplinary nature and process. Having worked at Ludwig Foundation of Cuba during five years, she collaborates today with Uprising Art, a platform for the promotion of the Caribbean Contemporary Art; with Centre Pompidou in Paris at Service of Nouveaux Média; and with Artui in Belgium directed by Bruno Devos for developing trans-global artistic projects. Her publications can be found in specialized catalogues and magazines.

Jacques Charlier montre ses « Cent sexes d’artistes », une oeuvre censurée par la Biennale de Venise en 2009 et qu’il propose, cette fois, en première mondiale, sous sa forme définitive : 100 impressions sur toiles, chacune de 50 x 40 cm. Une encyclique artistique !

Jacques Charlier

Jacques Charlier

C’est en 1975 que Jacques Charlier dessine et publie ses premiers Sexes d’Artistes. Panamarenko est bien doté, il a le zizi aussi gros qu’une montgolfière, celui de Boltanski a la forme d’une tétine, souvenir, souvenir. Ben Vautier est affublé d’un décamètre, question d’ego sans doute. Le sexe de Daniel Buren mesure 8,7 cm. Christo sort couvert, la chose est évidemment emballée. Voilà le microphone de Ian Wilson, le pistolet à eau de Claes Oldenburg. Le zoom de Douglas Huebler a la goutte, tout comme le pinceau numéro cinquante de Niele Toroni, Gilbert & Georges ont deux mignons zizis jumeaux et partagent les mêmes bourses. « Zensur ! » pour le pénis de Hans Haacke, non vous ne le verrez pas. Le gland rieur et monté sur ressort d’Andy Warhol surgit de sa boîte à surprise. Quant au sexe de Lawrence Weiner, il peut être : 1. Saisi par l’artiste. 2. Coincé par quelqu’un d’autre. 3. Pas manipulé du tout. Joli statement conceptuel, tout comme l’est la définition du sexe de Joseph Kosuth.

Ces Sexes d’artistes sont un abrégé d’actualité artistique, l’observation des pratiques d’avant-garde, des traits saillants de caractère. C’est l’universelle leçon de la caricature et du portrait de charge. Ces dessins sont grivois, dans le sens où l’entend Freud, ils agissent comme autant de « mots d’esprit qui dénudent» (entblössenden Witz). L’ensemble tient de la chronique d’une époque et témoigne d’un sens aigu de l’observation du monde de l’art, il révèle d’une saine relativité entretenue par rapport aux discours théoriques en vogue, par rapport au marché, à ses acteurs, à ses gourous. En fait Charlier ne se distancie pas de ce qu’il observe, il démonte les systèmes et met le doigt dessus, en commençant par pointer le doigt sur lui-même. Activiste non exalté, satiriste du concept, caméléon du style, Charlier use de la parodie et du calembour avec une lucidité singulière. Pratiquant la caricature depuis 1969, il poursuit et s’approprie une tradition, celle des Salons Comiques du 19e siècle, ces salons pour rire de l’art, qui fleurissent dans la presse et qui mêlent souvent aux charges contre les œuvres elles-mêmes, des scènes de genre mettant en scène le jury du Salon, le public mondain des vernissages et les artistes eux-mêmes. Ces salons pour rire participèrent de près à la fortune critique des tableaux comme ils constituèrent un terrain d’expérimentation privilégié pour les pratiques de dérision, voire d’autodérision, qui se sont développées dès la fin du 19e siècle, notamment avec les Incohérents, plus tard le dadaïsme et ses multiples avatars.

En 2009, Charlier a remis en chantier ses sexes d’artistes. Il en dessine une centaine. L’abrégé d’actualité artistique se transforme en histoire de l’art illustrée, Un vrai panthéon ; rassemblant plusieurs générations d’artistes. L’enjeu, dès lors, est d’en être ou pas. La série sera censurée par la Biennale de Venise. Pierre Desproges avait bien raison : on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. Qu’à cela ne tienne, Jacques Charlier tentera, en pirate de l’art, de libérer Venise d’une incroyable pudibonderie.

Jacques Charlier

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