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Jacqueline Mesmaeker, Mythologie du Naufrage, revue de presse

Lu dans H.ART

H.ART

Dans ‘Mythologie du naufrage’, titre de l’exposition de Jacqueline Mesmaeker (°1929) à la galerie Nadja Vilenne, on trouve la mer qui peut se confondre avec les étangs d’Ixelles, des bateaux, figurés par de petites surfaces colorées ou denses émergeant d’un milieu indistinctement aérien ou liquide, des nuées d’oiseaux dans un vol silencieux rendu assourdissant par leurs mouvements désordonnés.
La petite installation vidéo titrée ‘Les Antipodes’ prouve que, pour l’artiste, faire naufrage n’équivaut pas à s’échouer sur un rivage, mais plutôt à se perdre dans la mer et à devenir un vaisseau fantôme. Le sous-titre de la pièce est explicite : ‘Si l’on perçait à travers la terre un axe depuis la Belgique, on s’y trouverait à 50° 50’S – 175° 38′ W, dans le Pacifique’, la mer du Nord à l’envers – les vagues en haut, le ciel en bas – devient le Pacifique, le mouvement des vagues est inversé. La marine classique, avec son cadre ouvragé et doré, est en mouvement et la présence fragile du dispositif de projection apporte la distanciation nécessaire.
La double installation ‘L’androgyne’ – une photographie du ciel et une photographie de la surface de la mer – s’appréhende chacune derrière un dispositif en T doté de petites lumières à ses extrémités qui évoque les dispositifs techniques de navigation.
Jacqueline Mesmaeker brouille les pistes sensorielles, elle pratique l’inversion, la diversion, elle transforme images et objets en y glissant des traces infimes. Faire naufrage, c’est se laisser porter par la mer. ‘Melville 1891’ se présente sous la forme d’une projection de grande taille d’un parterre de ‘belles de jours’, avec en son centre, littéralement engloutie dans l’image, une maquette de bateau en balsa et en plâtre. Faire naufrage, c’est aussi prendre des fleurs pour la mer.
La plupart des oeuvres de l’exposition portent deux dates, celle de la conception d’une partie de la pièce et celle, très récente, de sa réinterprétation, une méthode de travail que l’artiste affectionne : peu importe le moment où le dessin a été réalisé, où le film a été tourné, ces éléments peuvent être monté et montrés avec d’autres. L’histoire de chaque élément se tisse avec la situation présente, ouverte à d’autres dispositions encore, sans que rien ici ne relève d’un quelconque hasard. Des mythes courent au sujet des naufrages : des feux destinés à tromper les bateaux à la nymphe Calypso qui usa de subterfuges pour attirer et retenir Ulysse à ses côtés, etc. A première vue, on ne trouve rien de tout cela ici, pourtant il s’agit bien pour Jacqueline Mesmaeker de mettre place des dispositifs qui brouillent le sens commun, et de captiver le spectateur. Olivier Mignon écrivait que chez elle, « les traces abondent d’une volonté espiègle de saboter les entreprises d’une critique globalisante » .

Colette DUBOIS

L’exposition est prolongée au delà du 30 avril
Uniquement sur rendez-vous.
Sauf du 06 au 12 mai