Eleni Kamma, Oh for some amusement ! Netwerk Aalst, les images (1)

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‘Yar bana bir eglence’ est la phrase prononcée avant toute représentation dans le théâtre d’ombre turc traditionnel, le Karagoz. Le thème central de cette forme de théâtre de rue, resté très populaire depuis la fin du XVIIIe siècle, est une interaction amusante entre les deux protagonistes. Hacivat est le personnage éduqué, à l’aise en société, alors que Karagoz est le porte-parole de l’homme de la rue, déchargeant ses opinions dans la ‘parrhesia’. Cette image projetée alimente l’imagination, mais c’est la voix du narrateur qui assure le rôle dominant. Il dit tout haut ce que les gens n’osent pas dire mais souhaitent entendre. Il met sur la place publique leurs doléances à propos des injustices sociales. Il critique librement, depuis l’ombre, les politiciens locaux, et atteint un niveau de liberté d’expression presque surréel dans un régime autoritaire tel que l’était l’Empire ottoman. Pendant sa résidence à Istanbul en 2013, Kamma a été témoin des manifestations civiles du parc Taksim Gezi. Ce qui l’a frappée, c’est qu’un lien clair pouvait être fait entre la forme que prend l’espace public actuellement, et celui qui s’est formé à l’époque ottomane, dans la ‘parrhesia’, la satire politique, la participation et l’humour. Une observation très pertinente qu’elle met à l’oeuvre dans ses travaux les plus récents.

L’oeuvre « Play it, Emin. Walking along the Russian Monument at Ayastefanos », présentée comme un dytique d’images, prend la destruction du mémorial russe d’Ayastefanos le 14 novembre 1914 comme point de départ. Bien que les images documentaires de cette action symbolique nationaliste aient été perdues, l’événement lui-même marque la genèse du film turc. La destruction du monument russe annonce le début de la première guerre mondiale et la fin de l’Empire ottoman. Kamma invite le maître de Karagoz Emin Senyer à recréer cette action dans une pièce de théâtre d’ombres. Il a fondé son interprétation sur du matériel documentaire existant : trois photos et une description de l’événement par différentes sources: les mémoires personnelles du lieutenant impliqué et des journaux. Kamma a tourné dans la région de Florya, où la destruction du monument a eu lieu il y a 100 ans. Ses images se confrontent au travail d’ Emin Senyer, sur l’autre écran, et à une performance évoquant l’événement historique.

Eleni Kamma

Eleni Kamma

Eleni Kamma

Eleni Kamma
Play it, Emin: Walking along the Russian Monument at Ayastefanos
Two channel HD video projection, 14min 19 sec, color, stereo sound, NL, 2014
Concept: Eleni Kamma
Master Craftsman & Shadow Puppeteer: Emin Şenyer
Camera operator: Boris Van Hoof
Editing: Inneke Van Waeyenberghe
Sound Design: Laszlo Umbreit
Script Montage and Editing: Tina Van Baren
Texts/ Excerpts from: Istanbul Encyclopaedia, Ayastefanos Rus Abidesi, Reşid Halid Gönç
Istanbul Encyclopaedia, Rakım Çalapala
Tarih Dünyasi, article by retired lieutenant colonel Y. Bahri Doğançay
Tanin Newspaper, Sunday, November 15, 1914
Tasfiri Efkar Newspaper, November 20th, 1914,
Sabah newspaper, Monday, December 3rd, 2012
Turkish to English Translation: Merve Unsal
Research Assistant: Gulsen D. Akbas

Eleni Kamma

L’oeuvre « It takes courage and breath to speak up », une sorte de prélude à l’exposition, induit, dès le départ. une expérience de pensée. Dans cette œuvre vidéo, Kamma s’intéresse au concept grec de ‘parrhesia’, ou liberté de parole, une notion qui protège l’expression des opinions, mais en même temps, implique une obligation à s’exprimer au nom du bien commun – en dépit de la vulnérabilité que l’individu peut ressentir en conséquence. Le mouvement chorégraphique de la caméra enregistre les mouvements de trois performeurs qui occupent un espace théâtral représentant l’agora. Ils forment. à eux trois, une communauté, et à eux trois, rassemblent le courage de faire entendre leurs voix, pour finalement, se séparer, et trouver chacun un chemin propre.

Eleni Kamma

Eleni Kamma

Eleni Kamma

Eleni Kamma
It takes courage and breath to speak up.
HD video, color, stereo sound, 16:9, NL, 2014, 5 min 59 sec
Concept: Eleni Kamma
Performers: Adaline Anobile, Jaime Vicente Liopis Segarra, Michiel Reynaert
First camera operator: Boris Van Hoof
Grip, dolly operator/audio: Jessica v.Ruschen
Editing: Inneke Van Waeyenbergh