Jacques Lizène, Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie, Abbaye Saint-André, Meymac

Jacques Lizène participe à l’exposition « Constructeurs d’absurde, bricoleurs d’utopie », à l’Abbaye Saint-André – Centre d’Art contemporain à Meymac. Du 12 juillet au 1er novembre.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Sculpture nulle 1980, sculpture génétique 1971, sculpture génétique cultuelle 2009, en remake 2010-2011. Plâtre peint, 88 x 20 x 20 et 80 x 20 x 20 cm

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Art syncrétique 1964, sculpture génétique culturelle et cultuelle 1984 – 2010, en remake 2011. Vierge croisée Vénus croisé masque africain. Technique mixte, 147 x 25 x 25 cm

Malgré la progression des outils numériques, l’artiste plasticien reste un artisan (c’est-à-dire un empirique, quelqu’un qui façonne) plutôt qu’un ingénieur. Il exprime ce qui ne peut être dit ou montré avec les moyens ordinaires, à partir de ce qui est ou de ce que les gens croient ou imaginent être, craignent ou souhaitent qu’il soit. Sa fonction est aussi bien critique qu’anticipatrice. Son geste décide autant qu’il ne se pense. Avec cette constante, que sa proposition paraît formellement, toujours un peu décalée, à cause des écarts d’expression, même lorsqu’il s’agit d’aborder l’exception. Les hommes rêvent d’une prégnance magique (ou scientifique) sur le monde, souhaitant toujours autre chose que ce qui est, parfois l’impossible. Face à eux, le monde, confronté à leurs désirs, à la recherche du plaisir, apparaît le plus souvent opaque. De cette opacité nait le sentiment d’absurde, expression d’un désir imprécis, excessif et certainement contrarié. L’artiste pratiquant le constat subjectif et la projection dans l’imaginaire, à la fois nombriliste et par construction distanciée, révèle la faille, débusque les contradictions, les dit, les montre, les met en crise en exacerbant sur un mode ludique ou grave, ce qu’elles dissimulent de non-dits ou recèlent de fantasmes.

Dans les siècles antérieurs, nombre d’artistes, savants eux-mêmes ou perçus comme tels (à la mesure du savoir de l’époque), parce qu’ils maîtrisaient le trait; travaillaient avec les architectes, les urbanistes et les ingénieurs, à la conception des monuments et des villes. Ils en dessinaient les formes ou imaginaient des machineries distrayantes, mettant en scène le merveilleux au service des pouvoirs, dans une vision prospective ou simplement amusante, mais jouant avec le surnaturel. Aujourd’hui certains, en plus de leurs propres réflexions sur le monde, travaillent avec des sociologues, des architectes, des physiciens, des informaticiens. Pour questionner et, peut-être, distraire par une pédagogie paradoxale, ils poussent les tendances (sociales, techniques ou scientifiques) vers des extrémités révélatrices, proches d’une réalisation fantasmatique ou paraissant absurde. Ils imaginent des contre espaces qui n’ont d’assise que l’imaginaire.

L’artiste, lorsqu’il se veut bricoleur d’univers ou constructeur d’absurde, mène une aventure à la fois intellectuelle, émotionnelle et physique qui le conduit vers des frontières à risques, des zones prospectives aux limites incertaines. Des zones à contrepied, souvent dérangeantes, qui mettent en cause des habitudes de regard, des stabilités de savoir sur lesquelles vogue ordinairement le monde.
Rappel : L’absurde est à l’intersection du signifiant et du signifié par un écart destructeur. L’utopie est au départ la volonté de construction d’une société idéale, qui ignorante de ses propres racines, relève en fait de l’imagination et du rêve. L’exposition rassemblera les travaux d’une vingtaine d’artistes bricolant des utopies sociales ou scientifiques, construisant des machineries qui tournent et se retournent sur elle-même, bidouillant des rêves de société idéale ou leurs cauchemars.

Commissariat : Caroline Bissière & Jean-Paul Blanchet, avec Eglantine Bélêtre.

Les artistes
Glen Baxter, Berdaguer & Péjus, Julien Berthier, Simon Boudvin, Alain Bublex, Robbie Cornelissen, David Coste, Nicolas Darrot, Dejode & Lacombe, Wim Delvoye, Eric Duyckaerts, Du Zhenjun, Cao Fei, Jean-François Fourtou, Yona Friedman, Aurélien Froment, Fabrice Gallis, Zacharie Gaudrillot-Roy, Paul Granjon, Thomas Huber, John Isaacs, Rémy Jacquier, Theo Jansen, Kirsten Johannsen, Filip Jonker, Ilya & Emilia Kabakov, Jan Kopp, Martin Le Chevallier, Jacques Lizène, Arnold Odermatt, Taiyo Onorato & Nico Krebs, Panamarenko, Robert et Shana ParkeHarrison, Philippe Ramette, Franck Scurti, Roman Signer, Laurent Tixador, Winshluss, Kacey Wong, Erwin Wurm.

Le Centre d’art contemporain est une association loi 1901. Sa mission est de promouvoir et de diffuser la création contemporaine, principalement dans le domaine des arts plastiques. Il est installé, depuis 1979, dans l’aile sud et la tour de l’Abbaye Saint-André, au coeur du centre historique de Meymac en Corrèze. Le bâtiment réaménagé est adapté à la présentation de la création contemporaine. Les espaces sont modulables et se transforment en fonction des nécessités imposées par les expositions. Le Centre d’art contemporain développe un programme faisant place autant aux artistes émergents qu’aux artistes de notoriété internationale, en alternant expositions thématiques et monographiques.

Abbaye Saint André – Centre d’art contemporain
Place du bûcher
19250 Meymac