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Emilio Lopez-Menchero et Raphaël Van Lerberghe, Les Mondes Inversés, BPS22, Charleroi

BPS 22 - Charleroi

Suite à d’importants travaux de rénovation, le BPS22 devient le Musée d’art de la Province de Hainaut. Le lieu rouvre ses portes dans le cadre de Mons 2015, Capitale européenne de la Culture, avec Les Mondes Inversés, une exposition consacrée aux relations entre l’art contemporain et les cultures populaires. Grande exposition inaugurale, Les Mondes Inversés rassemble des œuvres d’une quarantaine d’artistes puisant de diverses façons dans les racines des cultures populaires. De tout temps, ces derniers se sont inspirés des cultures qui les entouraient. Objets anciens, techniques artisanales, modèles d’organisation sociale, pratiques comportementales, rituels collectifs… les sources sont variées. Aujourd’hui encore, en Europe et ailleurs, les plasticiens sont nombreux à y ressourcer leur inspiration.

Emilio Lopez-Menchero et Raphaël Van Leberghe participent tous deux à cette exposition de réouverture.

ARTISTES : Marina Abramovic, Carlos Aires, Ghada Amer, Art Orienté Objet, Marcel Berlanger, David Brognon & Stéphanie Rollin, Paulo Climachauska, Jeremy Deller & Alan Kane, Wim Delvoye, Gabriele Di Matteo, Jimmie Durham, Kendell Geers, Michel Gouéry, Carsten Höller, Aram Kamrooz, Mike Kelley, Gareth Kennedy, Emilio Lopez-Menchero, Paul McCarthy, Johan Muyle, Amy O’Neill, Grayson Perry, Javier Rodriguez, Joe Scanlan, Yinka Shonibare MBE, Pascale Marthine Tayou, Boris Thiébaut, Gert & Uwe Tobias, Patrick Van Caeckenbergh, Eric Van Hove, Raphaël Van Lerberghe, Joana Vasconcelos, Thierry Verbeke, Marie Voignier & Vassilis Salpistis, Ulla von Brandenburg.

Le Communiqué de presse :

Les Mondes Inversés rassemble un ensemble significatif d’œuvres d’art contemporain empruntant, de diverses façons, aux cultures populaires. Celles-ci inspirent en effet de nombreux artistes qui y puisent des objets, des formes, des modes de fonctionnement, des idées, des modèles d’organisations sociales différents, des pratiques comportementales, des rituels collectifs, etc. Cette ex- position réunit un corpus d’œuvres répondant à ce « renversement symbolique » des formes de « haute » et de « basse » cultures ; mou- vement qu’exprime le titre de l’exposition, emprunté à l’ouvrage de l’historien de la piraterie, Christopher Hill.
Par « culture populaire », il convient de distinguer les traditions et formes d’art propres aux classes populaires (« low culture ») et les formes d’art propres aux élites cultivées (« high culture »). Certes, cette notion recouvre énormément d’ambiguïtés et n’a cessé, de- puis le 18e siècle, date à laquelle un intérêt particulier se formule pour ces matières, de connaître des extensions et recentrages divers, produits par les différentes disciplines qui la concernent (littérature, histoire de l’art, ethnographie, histoire, etc.) comme par les cultures linguistiques qui l’ont abordée (par exemple, les nuances sémantiques entre Volkskunde, Folklore, Art folk, etc.)
C’est pourquoi, dans la foulée du célèbre critique Stuart Hall, cette exposition appréhende cette articulation comme une «lutte permanente» entre «low culture» et «high culture» ; lutte dans laquelle les artistes, de tout temps, ont joué un rôle essentiel par des citations, des emprunts formels, méthodologiques ou concep- tuels, voire des appropriations; à la manière dont certains écri- vains comme Villon, Rabelais ou Montaigne ont, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance, cherché dans la langue et dans l’art po- pulaires une nouvelle source d’inspiration et de création.

Il importe de préciser clairement que le terme culture populaire ne recouvre pas ici l’expression anglo-saxonne «popular culture», laquelle désigne les formes d’expression diffusées massivement par les technologies de l’information et de la communication (mu- sique pop, héros de cinéma, publicité, etc.), depuis le lendemain de la seconde guerre mondiale et recensées sous l’expression « pop-culture ».
Ainsi, un artiste comme Wim Delvoye applique à ses œuvres le transfert trivial observé par Bakhtine dans le carnaval; Jeremy Deller recense, dans ses «Folk Archive», les formes de créations quotidiennes de personnes ordinaires, convaincu que la créativité d’une population ne se mesure pas seulement par ses institutions culturelles officielles (musées, théâtres, etc.) ; Gabriele Di Matteo fait réaliser des peintures par des artisans peintres napolitains, traditionnellement chargés de la réalisation des tableaux utilisés lors des processions religieuses ; etc.
Cette recherche s’étend à la situation actuelle mondiale (postco- lonialisme et globalisation), afin d’ouvrir le champ de prospection à des artistes issus d’autres continents, comme Yinka Shonibare qui explore les enjeux du colonialisme en lien avec les questions de races et de classes. De surcroît, cette réflexion s’impose par son actualité car, à l’heure de la mondialisation, plusieurs ap- proches d’auteurs issus du tiers-monde proposent des solutions pour sortir de l’alternative entre repli identitaire (l’émergence des Etats-nations est corollaire de l’intérêt pour les cultures populaires au 18e siècle) et uniformisation culturelle à l’échelle planétaire (globalisation).

BPS22 - Charleroi

La Rénovation du BPS 22

Depuis février 2014, des travaux d’extension transforment le BPS22 en Musée d’art de la Province de Hainaut. Le projet a été confié, par concours, au bureau d’architecture Archiscénographie, déjà auteur précédemment des rénovations du Musée Félicien Rops, à Namur, et des Abattoirs, à Mons (en collaboration avec Matador).
Le programme prévoit la transformation d’une aile en une immense « white box » de 800 m2, répondant aux normes muséologiques (salle Pierre Dupont) ; tout en conservant le bâtiment industriel « brut » de 1.200 m2 particulièrement adapté aux formes d’art contemporain expérimentales et qui a fait l’identité du BPS22 (Grande Halle). Avec ces deux grands espaces distincts, ce sont deux expériences de l’art qui sont ainsi proposées : l’une, contex- tuelle, liée à l’histoire du site et du bâtiment ; l’autre, aseptique, atemporelle et atopique, telle que le propose la tradition moder- niste depuis les années 60.
En outre, l’accent a également été mis sur la diversification des es- paces. Plusieurs petites salles (Grenier, Mirador, Project room) ont été créées, permettant désormais au BPS22 d’accueillir des pro- jets artistiques de plus petits formats, des expériences « décalées », des recherches originales ou des œuvres plus intimistes. Une scène a également été créée pour accueillir des performances ou des concerts singuliers. Enfin, un studio permet d’héberger les artistes qui développeront des productions in situ.
Outre l’espace d’entrée entièrement reconfiguré afin de favoriser la circulation dans les salles d’exposition, y compris des personnes à mobilité réduite, l’accent a été mis sur l’une des actions-phares du BPS22, la médiation, grâce à l’aménagement de deux salles (L’Atelier et Le Labo). Une troisième salle est également dédiée aux activités menées avec les habitants du quartier (Le Local).
Par la diversité de configurations muséologiques et volumétriques proposées, le BPS22 est désormais particulièrement adapté pour répondre aux différents besoins de la création contemporaine. Par ses surfaces d’exposition disponibles, il devient l’un des plus grands musées d’art de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Par la multiplication de ses espaces de médiations, il sera à même de remplir sa mission de sensibilisation à l’art et de développement d’une citoyenneté critique. Après travaux, le BPS22 reste donc un projet culturel ambitieux, toutefois dans un budget réaliste puisque le montant total des travaux (TVA et honoraires compris) n’excède pas cinq millions d’euros !

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