Benjamin Monti, la Nécessité de Répétition, Mac’s Grand-Hornu, Cabinet d’amateurs #10

Benjamin Monti est l’invité du Cycle Cabinets d’amateurs du MAC’s, musée des Arts contemporains du Grand Hornu
Du 13 mars au 3 juillet 2016
Vernissage le 12 mars à 16h30
Commissariat : Denis Gielen

Benjamin Monti

Benjamin Monti, Sans titre (de la série Perspecta), encre de chine sur formulaire millimétré, 29,7 x 21 cm, 2011

FR.

C’est la nécessité de dessiner, et de répéter – comme une leçon, un poème, une punition – l’image, qui est le moteur de la démarche faussement naïve et scolaire de Benjamin Monti. Pour cette exposition au Musée, dixième du cycle de nos Cabinets d’amateurs réservé à des œuvres intimistes, l’artiste a désiré présenter, comme indice révélateur de son obsession du dessin, trois portraits à peu près identiques de sa « mémé » qu’il réalisa vers l’âge de 7 ans ; mais trois dessins d’enfants qui s’avèrent troublants dès lors que l’on apprend qu’ils datent du jour même où cette grand-mère, visiblement aimée, mourut, disparaissant ainsi de sa vue pour toujours.
Est-ce pour montrer que, depuis, il n’a cessé de remplir ce devoir : être le sismographe de son existence, celui qui graphiquement en traduira les secousses ? Pourtant son œuvre n’est, en apparence, le symptôme d’aucun trauma profond. Son trait n’est pas expressionniste et relève de la ligne claire, posée sur du papier millimétré ou des pages d’anciens cahiers d’écoliers où figurent déjà des notes et des dessins tout aussi propres et appliqués. De même, ses figures ne sont pas personnelles, au sens où elles ne sont pas produites directement par son imagination, mais extraites de l’imaginaire ready-maded’encyclopédies désuètes, de contes pour enfants ou de manuels d’apprentissage ; soit des images d’Épinal et des modèles stéréotypés qu’il s’applique calmement à recopier et surtout, à détourner avec malice. Mais que personne ne s’y trompe.
L’œuvre de Benjamin Monti, sage à première vue, procède d’un détournement du bon sens et de la bonne conduite, proche du surréalisme : on songe aux romans-collages de Max Ernst, comme La Femme 100 têtes (1929) ou Une semaine de bonté (1933). À bien les regarder, c’est d’ailleurs ce même parfum de délicate perversité qui s’en dégage ; fruit de l’union entre innocence et criminalité, jeu et cruauté, plaisir et souffrance. Ce qui nous autoriserait pourquoi pas à les regarder comme des « machines désirantes ». (Denis Gielen)

EN.

It is the need to draw, and repeat – like a lesson, a poem, a punishment – the image, which is the falsely naive and academic driving force of Benjamin Monti. For this exhibition at the Museum, the tenth cycle of our Amateurs’ room kept for intimate works, the artist wanted to present, as a telling indicator of his obsession with drawing, three more or less identical portraits of his «grandma» which he did when he was around 7 years old; but three drawings by a child which appear disturbing when one discovers that they date from the very day on which his grandmother, clearly loved, died, thus forever disappearing from his sight. Is it in order to show that, since then, he has never stopped discharging this duty: to be a seismograph of his existence, someone who will graphically depict its shocks? However his work is not, on the face of it, the symptom of any severe trauma. His stroke is not expressionist and comes from the clear line, placed on graph paper or on the pages of old school books in which notes and drawings can be seen that are just as clean and applied. Likewise, his figures are not personal, in the sense that they are not directly produced by his imagination, but rather are extracts from the ready-made fantasy world of obsolete encyclopaedias, children’s stories or learning manuals; namely pictures of Épinal and stereotypical models, which he applies himself to calmly copying and especially to playfully distorting. But nobody is fooled. The work of Benjamin Monti, conventional at a first glance, derives from a diversion from the right direction and the right behaviour, which is close to surrealism: consider Max Ernst’s collage-novel, like La Femme 100 têtes (1929) or Une semaine de bonté (1933). If you look closely at them, it is, moreover, this same flavour of delicate perversity which is released; the fruit of the alliance between innocence and criminality, playfulness and cruelty, pleasure and suffering. Which allows us, why not, to look at them as «desiring machines». (Denis Gielen)

L’exposition est accompagnée d’une publication.

Benjamin Monti, la nécessité de répétition, cabinet d’amateurs n°10, musée des arts contemporains au Grand Hornu
ISBN 978-2-930368-67-2

Benjamin Monti