Benjamin Monti, La Nécessité de répétition, Mac’s Grand Hornu, une introduction

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Mémée
Crayon de couleurs sur papier, 26.10.1990

C’est la nécessité de dessiner et de répéter – comme une leçon, une chanson, une posture – telle figure, qui est le moteur de l’imagerie poétique et acrobatique de Benjamin Monti. Cette nécessité de répétition, l’artiste en repère lui- même l’origine dans une première séquence troublante : trois portraits à peu près identiques de sa « mémé », réalisés vers l’âge de 7 ans et datés du jour même où elle mourut, se soustrayant ainsi à sa vue pour toujours. Est-ce pour affirmer que depuis, il ne cesse de remplir un même devoir : être le sismographe de son existence, celui qui graphiquement en traduira les secousses ? Pourtant son œuvre n’est en apparence le symptôme d’aucun trauma. Son trait n’est pas expressionniste, mais relève d’une ligne claire soigneusement posée sur du papier millimétré ou des pages d’anciens cahiers d’écoliers où figurent déjà des notes et des dessins tout aussi proprement appliqués. De même, ses figures ne sont pas personnelles, au sens où elles ne sont pas produites directement par son imagination mais extraites de l’imaginaire ready-made d’encyclopédies désuètes, de contes pour enfants ou de manuels d’apprentissage ; soit des images d’Épinal et des modèles stéréotypés qu’il s’applique calmement à recopier et surtout, à détourner avec malice. Mais que personne ne s’y trompe. Les dessins de Benjamin Monti, sages à première vue, procèdent d’un détournement du bon sens et de la bonne conduite, proche du surréalisme : on songe aux romans-collages de Max Ernst, comme La Femme 100 têtes (1929) ou Une semaine de bonté (1933). À bien les regarder, c’est d’ailleurs ce même parfum de délicate perversité qui s’en dégage ; fruit de l’union entre innocence et culpabilité, jeu et cruauté, raison et rêve. D’où, naturellement, l’impression que ses propres dessins, couplés souvent à d’autres sources, à des dessins d’autrui ou d’un autre âge, fonctionnent comme ces « machines désirantes1 » que Gilles Deleuze et Félix Guattari ont imaginées pour décrire l’inconscient non plus comme un théâtre mais comme « une usine, un lieu et un agent de production », et partant, le désir non plus comme manque mais comme « agencement ». C’est qu’il ne faudrait pas voir seulement dans les trois dessins d’enfant que Benjamin Monti a choisi d’intégrer à cette exposition, que le signe d’une perte et de l’absence de « mémé » perpétuellement rejouée sur la scène familiale. Car ce serait ignorer la place, évidente aujourd’hui, de ces dessins dans une vision qui s’inscrit, sans interruption depuis l’enfance, dans un monde, un univers ou un cosmos qui préexistent à la famille. “L’inconscient ne délire pas sur papa-maman, il délire sur les races, les tribus, les continents, l’histoire et la géographie, toujours un champ social. (Denis Gielen)