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Luxembourg Art Fair, Werner Cuvelier, Statistic project V, le commentaire de Rudolph Boehm

Alors que la galerie Plus Kern publie Statistic Project V, 16 feuillets ronéotypés rassemblant toute l’information concernant l’oeuvre elle-même, en fait sa version textuelle adoptant une esthétique administrative propre à l’art conceptuel, le philosophe Rudolf Boehm, professeur à l’université de Gand qui collaborera à diverses reprises avec Werner Cuvelier, commente l’oeuvre elle-même, posant la question fondamentale de la perception.

Une œuvre comme celle-ci pose des questions d’une extrême simplicité – que voyons-nous ? Qu’est-ce que nous percevons ? Qu’est-ce qui est donné ? Afin de trouver notre chemin dans le monde, nous avons besoin de savoir ce qui se passe réellement. Savoir ce que l’on dit doit être basé sur la perception. Perception signifie dans la langue grecque esthétique (aisthetics). Qu’est-ce qui peut nous apprendre à percevoir ? A ne percevoir que sur. S’il y a autre chose à apprendre, qui peut nous aider à apprendre à percevoir ? Probablement juste l’artiste.

Regardons ce que nous voyons. À gauche, un panneau de couleurs (peinture). Les couleurs se présentent comme des données sensorielles immédiates de la plus grande simplicité. Que dire d’autre sur ce qu’il y a d’autre à apprendre ? Ce n’est pas si simple. Sur ce panneau, nous voyons autre chose que ce que nous pensons voir. En fait, nous voyons une représentation de données que nous ne percevons pas immédiatement comme sensorielles. Les couleurs représentent selon des règles strictes, des données statistiques enregistrées dans le panneau de droite (= dessin) Vous savez qu’aujourd’hui, les gens aiment à considérer les données statistiques comme les seules données objectives. Ces données statistiques sont-elles ce que nous percevons réellement sur le panneau de couleurs ? Mais où les voyons-nous ? Seulement sur le deuxième panneau. Mais là encore, elles ne sont montrées qu’à l’aide de caractères. Celles-ci non plus ne sont pas les vraies données mais signifient seulement ce qui est réellement donné : les artistes. Leurs origines, leurs domiciles et leurs lieux de travail. La présence de leurs œuvres dans diverses expositions/collections(*) ; une présence qui n’est plus présente mais passée. Ce sont donc les données réelles qui sous-tendent ce que nous voyons. Mais les voyons-nous ? Que voyons-nous ? Qu’est-ce que nous percevons ? Qu’est-ce qui nous est réellement donné ?

Nous voyons d’abord les couleurs, puis les caractères, puis leur signification. Et maintenant, après ces réflexions, nous commençons à voir – peut-être à comprendre – quelque chose de complètement différent par rapport à ce que nous percevons. Une conclusion est certaine : ce que nous voyons dépend aussi de nous-mêmes. L’artiste fait quelque chose à voir mais cela dépend aussi de nous-mêmes ce que c’est – ce que nous voyons. Cependant, mon intention n’est pas de vous imposer une conclusion, mais seulement de vous offrir une introduction, une préface. D’ailleurs, l’art lui-même n’est qu’une introduction pour revoir la réalité

Mars 1973

Prof. Dr. R. Boehm

(*) Documenta 3 (Kassel ’68) rouge/bleu

Sammlung K Stroher : vert

Sammlung P. Ludwig jaune

Quand l’attitude devient une forme (Berne ’69-’70) jaune clair

Sonsbeek buiten de perken (Arnhem ’71) : gris clair

Documenta 5 (Kassel 72) : orange

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