Gaëtane Verbruggen, Une introduction

Sans titre, huile sur bois, 20,5 x 15 x 4,8, 2018

« Les souvenirs nous sont tous fidèles, en principe. On s’attache à un endroit, une personne, un objet, ou encore, à un détail futile … On se souvient vaguement de certaines choses, comme on peut se souvenir des détails les plus précis d’un objet, d’un décor, d’une sensation. Nos pensées peuvent se déformer avec le temps, on en arrive à ne plus distinguer le vrai du faux, à s’être persuadé d’une chose, alors qu’il en s’agit d’une autre, à rendre fictif une partie du souvenir.

Je cherche à extérioriser des instants intraduisibles et fragiles, un peu flous. Je prends plaisir à capter l’âme des instants du quotidien, retranscrire l’émotion face aux banalités de la vie ordinaire, et en accepter leur simplicité. Mes travaux sont donc le témoignage de diverses sensations restées encrées dans mon esprit, quelles soient dupées par le temps ou non.

Durant la recherche effectuée sur mes souvenirs, je me suis intéressée aux lieux oubliés. Ces sites remplis d’histoires, auxquels personne ne prête attention. Ces endroits sans figure, dotés de lumière diffuses et intimes, capables de nous rappeler une anecdote. Nous avons les moyens d’imaginer un passé, un historique fictif en quelques secondes. Des récits différents pour chaque lieu, des émotions différentes à chaque instant. Nous avançons alors dans la fiction que l’on se crée et nous nous emparons ainsi d’instants irréels. C’est une manière d’observer de nouvelles perspectives sur le monde qui nous environne.

Qu’il soit réalité ou imaginaire, venu d’une réminiscence ou non, le souvenir est commun à notre histoire à tous. De tout cela, nous pensons dès lors avoir réussi à acquérir la trace durable de toutes ces sensations. Et pourtant, « acquisition, conservation, transformation, expression, la mémoire est une symphonie en quatre mouvements.» (Descartes).

Aussi, la fenêtre, traversant l’histoire de l’art avec par exemple van Eyck, Matisse, Van Gogh ou encore Magritte, suggère de nombreuses réflexions. Selon Alberti, le tableau serait comme une fenêtre ouverte. Où se trouverait, si seulement elle existe, la limite entre la réalité et l’imagination ? Pouvons-nous jongler avec le visible et l’invisible produit par une lumière naturelle ? Inconsciemment, nous sommes généralement capables de nous construire une image mentale dissimulée derrière les ouvertures de ces paysages d’intérieurs, jusqu’à peut-être avoir l’envie d’y pénétrer, comme si un nouveau monde se dessinait derrière le support. Je choisis d’utiliser ici la fenêtre en vue de révéler plusieurs propositions contradictoires ; l’intime et le public, le perceptible et l’imperceptible. »

Gaëtane Verbruggen

Cette exposition se tient dans le cadre des jurys de fin d’année de l’Ecole Supérieure des Arts de la Ville de Liège Académie royale des Beaux-Arts