Jacques Lizène, Contraindre le corps à s’inscrire dans les limites du cadre de la photo

ART BRUSSELS PREVIEW

Jacques Lizène

Contraindre toute sorte de corps nus ou habillés, y compris des corps de policiers à s’inscrire dans les limites du cadre de la photo, 1971.(Corps contraint par les limites du cadre d’une photo). Accompagné d’un  personnage refusant de subir la contrainte des limites du cadre de la photo (personnage photographié refusant de subir la contrainte des limites du cadre d’une photo), 1971-73. Photographies NB, impressions numériques, 9 x 40 x 50 cm. 1971-2011. Ed. 3/3

Une variation sur le célèbre thème des « contraindre le corps » que  Jacques Lizène inaugure en 1971. Il en fera de nombreux remakes, utilisant divers médias: photographie, circuit fermé de télévision (avec portapack sony), film et diapositive. Jacques Lizène est à la recherche d’idées qu’il pourrait inlassablement répéter, « comme Buren ou Opalka », dit-il. D’où l’idée d’étendre le domaine des contraindre à d’autres corps que le sien, des corps nus, des corps habillés et même des corps de policiers. En complément, il se propose de tirer le portrait des personnes refusant de contraindre leur corps dans les limites du cadre de la photographie.

Jacques Lizène abandonnera très vite ce projet, comme bien d’autres.

Cette version des « contraindre »  fut produite pour l’exposition CAP4 ; cette quatrième rencontre du groupe CAP se déroule au château Malou à Bruxelles. Elle regroupe cette fois Altamira, Courtois, Gehain, Herreyns, Horvath, Lennep, Lizène et Nyst. C’est la deuxième à laquelle Lizène participe. Dans le catalogue, Michel Baudson écrit : « (…) recherche du réel sans doute, mais surtout de sa multiplicité et informative et interprétative. Recherche aussi d’un certain réel : celui de l’environnement immédiat de ces artistes qui donnent à leurs œuvres toute leur spécificité, fort éloigné d’un certain universalisme conceptuel ou de la fixité temporelle de l’hyperréalisme. Profonde originalité, nette spécificité, qualité technique indéniable, ne sont que quelques éléments parmi d’autres qui ne nous permettent plus de nier la présence et l’apport de l’art relationnel ».  Cette nette spécificité est singulière chez Lizène. Les contorsions du contraindre le corps ne sont pas que burlesques, ni même images d’une régression, position à rebours propre à la démarche de l’artiste. Elles sont aussi la suite logique de l’Art spécifique de 1967-1970, cette exploration des spécificités du médium mis en œuvre. Ici, les contraintes posées par les limites du cadre tandis qu’au fil des prises de vue, le champ se rétrécit.

Pour l’exposition au château Malou, Jacques Lizène eut l’idée de présenter ces photographies en échelle, comme un film ou une suite de photogrammes, et d’y associer ce portrait de ménagère au balai, photographie prise en Roture à Liège, personnage refusant de subir la contrainte des limites du cadre de la photo. On notera, que que malgré son refus, cette ménagère est également contrainte dans le cadre, à la mesure de son balai. L’œuvre, comme bien d’autres, disparut après l’exposition, ce qui nécessita de rééditer ces photographies. (1971-1973-2011)