Jacques Lizène, Désastre jubilatoire, au Passage de Retz à Paris

Jacqueline Frydman a le plaisir de vous inviter au vernissage de l’exposition :
JACQUES LIZENE, DESASTRE JUBILATOIRE, Rapide rétrospective 1964-2011

le samedi 15 octobre de 18 à 21 heures

Commissariat de l’exposition : Jean de Loisy
Avec la collaboration de : Jean Baptiste de Beauvais

Passage de Retz, 9, rue Charlot, 75003 Paris
L’exposition est accessible du 16 octobre au 27 novembre 2011.

Une Rapide rétrospective  1964-2011, en quelques dates, relevées par Jean Baptise de Beauvais :

1964 : Jacques Lizène dessine de petites choses en les croisant : « Croiser toutes sortes de choses comme des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures. » Ou encore : « Découper et mélanger deux styles. »

1964 : Traverse sans raison, pendant plusieurs heures, le même passage piéton, attendant chaque fois de l’autre côté que le feu soit vert pour lui.

1965 : Définit ce qu’il nomme Art d’attitude précisément en choisissant de ne pas procréer.

1966 : Jacques Lizène prend position pour « l’Art sans talent ».

1966 : Déclare : « La situation humaine en général étant ce qu’elle est, je ne procréerai pas »

1968 : Décide de qualifier ses démarches de « sans importance ».

1970 : Décide, suite à la lecture d’un article de Pierre Restany de 1969 qui affirme que Daniel Spoerri n’est pas « un petit maître », de s’autoproclamer « Petit Maître liégeois de la seconde moitié du XXe siècle, artiste de la médiocrité et de la sans importance. »

1970 : Déclare : « D’une manière générale, les choses étant ce qu’elles sont, Jacques Lizène ne procréera pas… Hopla ! Il subira volontairement la vasectomie (stérilisation par coupure des canaux déférents)… Dès ce moment il portera en lui « une sculpture interne ».

1971 : Propose de filmer l’entrée d’un train en gare de La Ciotat, puis de faire un remake du film éponyme (l’équipe de tournage imitant un train comme les enfants le font en jouant). Propose également de filmer le bord des films comiques, comme des bords d’œuvres.

1971 : Déclare : « Dans le domaine de l’art, seul l’humour, même médiocre, ou ses tentatives, m’importe. Je tends, et je n’ai jamais rien fait d’autre, à la facétie. La facétie en art (même quand elle semble manquer d’intérêt) a comme qualité principale et c’est là son mérite, d’être justement facétie… Elle se suffit à elle-même »

1971 : Crée l’Institut de l’Art Stupide, dont il se constitue en toute bonne foi, le seul représentant. L’avenir lui apprendra qu’il était loin d’être le seul membre.

1974 : Se déclare comme « étant de la Banlieue de l’art », ce qui lui permet de s’assumer comme un artiste hors des activités centrifuges de l’art, ou, selon le point de vue duquel on veut regarder son travail, de ramener certaines de ses préoccupations au centre de l’art.

1975 : Décide d’assurer sa propre publicité. (« Art autopublicitaire : collectionneurs avertis, il vous faut acquérir un Lizène d’art médiocre pour mettre en valeur par opposition votre mobilier et vos tableaux de maîtres »).

1977 : Décide de devenir son propre tube de peinture. Il peint alors avec sa matière fécale, contrôlant le mieux possible son alimentation afin d’obtenir des coloris variés. «  Démarche : survivre, boire, manger, déféquer, peindre avec, tenter la transformation en argent, pour… à nouveau boire et manger, déféquer, peindre avec, transformer… pour etc. »

1980 : Détermine le principe d’Autohistoricité. Il devient, dès lors, son propre historien de l’art, en définissant notamment le cadre théorique de ses œuvres («  démarche pernicieuse, à la limite du ridicule, à vocation ennuyeuse, sans séduction, qui n’amuse que son auteur, même pas drôle… »), tout en leur afférant une chronologie rigoureuse. Devient dans la foulée l’invariable auteur de remakes de ses propres travaux, comme en atteste la reconstitution quasi systématique des ses Sculptures génétiques qui se réinventent d’elles-mêmes selon les circonstances.

1980 : Crée, en écho aux Nouveaux fauves ou aux Néo-géo, la Nouvelle Abstraction nulle qu’il intègre immédiatement.

1987 : Pris dans une tourmente d’inspiration, il crée l’art Néo-déco qu’il rallie également.

1990 : Se rend compte qu’il est l’un des inventeurs du Conceptuel comique et se déclare comme tel.

2003 : Déclare : « D’une certaine manière, oui. Je peux également déclarer que je suis le vingt-cinquième Bouddha. Vous connaissez la légende ? Le vingt-quatrième Bouddha aurait dit qu’avant lui il y aurait eu vingt-trois Bouddhas que les hommes n’auraient pas reconnus… Et moi, je dis : “le vingt-cinquième c’est moi !” (Ah ! ah ! ah !). Mais ce n’est pas gratuit comme affirmation, car si on examine rapidement l’histoire du vingt-quatrième bouddha, et son attitude, il y a des points en commun avec ma démarche. Vous savez qu’il est né dans une famille sans problème, c’était même un prince – et pour ma mère, j’étais une sorte de prince ! (Ah ! ah ! ah !). Un beau jour, il quitte son palais et découvre un monde imparfait avec ses malades, ses morts et ses souffrances. C’est en voyant le monde dans cet état qu’il décida de prendre cette position de retrait et de retraite intérieure qui fut la sienne. C’est un peu ce que je fais, moi aussi, n’est-ce pas ? (Ah ! ah ! ah !) »

2004 : Déclare : « (Presque) jamais le visionnaire n’a été perçu comme tel en son temps.  Aie ! AhAhAhAh ! (en réponse à une lettre d’invitation d’Harald Szeemann à l’exposition Belgique Visionnaire)

2010. Déclare à Stéphane Corréard, pour le magazine « Particules » : « Jef Koons fait parfois des œuvres intéressantes et parfois complètement nulles. Son grand homard par exemple est vraiment une œuvre nulle.  Il ne l’a même pas croisé avec un saumon. C’eut été beaucoup plus stupide mais moins nul. Si on me propose d’exposer à Versailles, je ferai cela, uniquement cela, dans toutes les tailles.  Dont un sur un petit socle, comme ces poissons qui remuent et qui chantent. Oh Oh Oh ».

2011. Projette d’exposer, sur une idée de 1993, dans tous les musées du monde. Mais virtuellement.

Le Communiqué de Presse, révisé par l’artiste (Le Ratur’Art est une pratique lizénienne depuis 1975)

 

Jacques Lizène, autoproclamé « petit-maître liégeois », se définissant lui même comme artiste de la médiocrité pris en 1966 le parti de « l’art sans talent ». Depuis cette période ,  sa position délibérément iconoclaste sabote les emphases du grand art et, se situant délibérément du côté de la part maudite de la création qu’est la médiocrité casse les postures autoritaires du jugement. Sa démarche qu’il qualifia en 1965 d’art d’attitude le conduit à utiliser tous les supports à la disposition de l’art moderne, body art, vidéo, installations, peinture, chansonnettes, non sans corrompre par l’absurde ou la dérision l’esprit et le potentiel de chacun de ces moyens, les faisant basculer dans le ratage ou la trivialité.

Pourtant après plus de quarante ans de cette obstination a explorer la banlieue de l’art, comme malgré lui, son œuvre radicale circonscrit un territoire absolument singulier où prime l’expression  d’une liberté absolue et dont l’influence sur les générations suivantes ne cesse de croître. Jacques Lizène, soutenu sans faille depuis des années par des regardeurs aussi divers que Jean Yves Jouannais, Ben, Arnaud Labelle-Rojoux, Guy Scarpetta ou Harald Szeeman, rejoint par son attitude, la lignée des scandaleux qui des cyniques à Jarry, de Dada à Cravan ou Picabia, résistent à toutes les récupérations, déjouent les scénarios de la critique et les panthéons préfabriqués.

L’exposition présentée par le passage de Retz sera la première occasion en France de découvrir l’ensemble de cette œuvre libre, burlesque, désespérée, bruyante et très souvent à la pointe de l’invention dans l’art de son époque. Ainsi, depuis ses premières œuvres d’attitude dans les années 60, les vidéos dès 1970, la vasectomie comme sculpture intérieure en 1970, les photographies perçues-non-perçues commencées en 1972, les peintures à la matière fécales de 1977 ou ses nombreuses performances et réalisations musicales jusqu’aux peintures et sculptures génétiques d’aujourd’hui, ses oeuvres tracent un sillage énergumène dans lequel se mêlent l’art et la vie et qui en dépit des dénégations de l’artiste,  constitue in fine un corpus majeur exceptionnel.

 

Jacques Lizène, sculptures nulles (1980)

sculptures nulles 1980, remake 2009 et 2011

Il y a un  parallèle certain entre Liège et Katowice : ce sont deux bassins industriels. Katowice est l’un des principaux centres industriels d’Europe, mais c’est surtout la plus importante ville de l’agglomération industrielle de Haute Silésie. La ville prospéra et se développa grâce à ses grandes ressources minières (principalement le charbon) présentes dans les massifs montagneux alentours. L’exploitation des minéraux accélérée par la révolution industrielle contribua à une forte croissance de la population, ainsi qu’au développement de l’industrie de l’acier et de la transformation des minéraux.
Il était donc naturel que Jacques Lizène montre des sculptures nulles sous forme d’usines. L’une des deux, couverte de neige carbonique, a été produite sur place, avec des matériaux de récupération locaux tandis qu’au vernissage, une performance avec fumigène, échoua lamentablement.

Usines. Les usines font, bien sûr, partie du paysage mental (et physique) de l’artiste. « Comme je suis né dans une banlieue industrielle et que je me suis autoproclamé Petit Maître, explique-t-il, il fallait que je peigne des paysages d’usines ; mais en leur donnant, bien entendu, une dimension supplémentaire d’art nul. Des paysages d’usines, il y en avait déjà suffisamment dans le patrimoine wallon ; c’est donc pour cette raison que m’est venue l’idée de réaliser de petites usines à partir des matériaux que fabriquaient ces usines-là. C’est une forme de recyclage, dans un esprit non pas écologique mais poétique… Poétique du nul, bien entendu ! ».  Les Sculptures nulles (1980) de Lizène prennent régulièrement l’allure d’usines ou d’archéologies contemporaines, ce qui souvent revient au même. Lizène y introduit dès que possible « le thème de la fumée comme élément sculptural ». Il est d’ailleurs singulier que celui-ci soit le plus souvent associé à des fumigènes de music-hall. C’est le burlesque de ces Sculptures nulles. La fumée s’échappe donc des cheminées de ces usines, ce que Lizène nommera un Art d’altitude pour faire référence à l’Art d’attitude. Il lui arrive de les concevoir à l’« emporte-pièce », en matériaux légers, aussi vite construites, aussi vite escamotées. (extrait de Jacques Lizène, Tome III)

Sculpture nulle 1980 (avec fumigène et neige carbonique), remake 2011 (production BWA Katowice et galerie Nadja Vilenne)

Factories. Factories are of course part of the artist’s mental (and physical) landscape. “As I was born in an industrial suburb and proclaimed myself a Minor Master, he explains, I had to paint factory landscapes, but by giving them an added dimension as worthless art. There were already enough factory landscapes in the Walloon heritage; that’s where I got the idea of making small factories using materials those factories produced. It’s a form of recycling, but in a poetic sense, not an ecological one… The poetics of worthlessness, of course!” Lizène’s Worthless Sculptures (1980) regularly look like factories or contemporary archaeologies, which often comes down to the same thing. Lizène introduced “the theme of smoke as a sculptural element” as soon as possible. Indeed, the fact that the smoke is most often associated with music-hall smoke machines is quite singular. It is the burlesque aspect of these Worthless Sculptures. Smoke rises up from the chimney stacks of these factories, which Lizène named “Altitude Art,” in reference to Attitude Art. He sometimes makes them “cut and dried” in lightweight materials that can be spirited away as soon as they’re built. (Jacques Lizène, Tome III)

Sculpture nulle 1980, usine à l'emporte pièce remake 2009
Sculpture nulle 1980 en remake 2011, performance avec fumigène (ratée)

Jacques Lizène, placards à tableaux en remake

Toute l’exposition de Jacques Lizène à Katowice est conçue comme un vaste placard à tableaux

Cupboardful of Paintings. There is no point in putting Lizène’s mediocre paintings in a cupboard. Since 1970, the Minor Master had done that job himself. He piles up his works any old how, puts aside the unimportant artists. Or rather, no, he doesn’t: he exhibits his cupboards against the picture wall, in a stupid reversal of situation in which what is essential is not showing the canvases but the cupboard itself. Lizène first piled up his canvases at the 1970 exhibition Specific Art de 1970 during his action Unhanging of Canvases, when he invited the public to come and see the exhibition being taken down, and therefore the “backstage of art” (1970). During the unhanging, when he was engaging in a second action that consisted in reducing the length and width of the gallery, he piled up his canvases in a corner. Backstage. Art’s backstage is the stretcher for the canvas, its armature, its structure. Backstage is the hidden wretchedness, the insignificant works that are stored away, the brushes and brooms of the cupboards. Behind the scenes are al the forgotten works in the museum storerooms, works by the mediocre, the lowly and unknown, all those that Lizène redeems, exhuming them along with the cupboards that house them.

This interest in the materiality of painting, its painting and frame, was confirmed by the remakes. Lizène painted Heaps of Canvases, he painted them backwards, sometimes with the front at the back, or at the front. Heaps of worthless canvases, of Canvases in the Canvas, of New Worthless Abstracts, of Neo-Rock Canvases, of Neo-Deco Canvases, with or without other added wretchedness, brushes or brooms, other works. He also composed them as Worthless Sculptures. Thus, since the end of the 1990s, in exhibition remakes, Jacques Lizène regularly recomposes in cupboardsful a whole set of canvases, of orphan framings, of Worthless Sculptures, of Mediocre Drawings, adding a broom here, there a sloping projection on canvas, or again a pre-drunk bottle of champagne, in a trivial question of Behaviour Art. The logic is implacable and the very principle of the cupboardful of paintings can be applied to any museum storerooms. Some, their directors tense at the idea of slighting their stores, refused; others accepted. In 2003, Lizène thus composed at the Musée des Beaux-Arts de Brest a cupboardful of paintings from the institution and a frame of frames, while in a fine wreck of gazes, he sank a few seascapes on the museum’s picture walls. The Minor Master is planning to constitute a cupboardful of paintings with works from the storerooms of Venetian museums.

 

Placard à tableaux. Il est inutile de mettre les toiles médiocres de Lizène au placard ; depuis 1970, le Petit Maître s’en charge lui-même. Il entasse ses œuvres, pêle-mêle, mise au placard de l’artiste sans importance. Ou plutôt non, il expose ses placards à la cimaise, dans un stupide retournement de situation, où l’essentiel n’est pas de montrer les toiles, mais bien le placard lui-même. C’est dans l’exposition Art spécifique de 1970 que Lizène entasse ses toiles pour la première fois, lors de l’action Décrochage des tableaux, moment où il invite le public à venir voir le décrochage de l’exposition et ainsi donc « l’art de l’envers du décor » (1970). Durant le décrochage, alors qu’il développe une seconde action qui consiste à réduire la longueur et la largeur de la galerie, il entasse ses toiles dans un coin. L’envers du décor. L’art de l’envers du décor, c’est le châssis de la toile, son armature, son ossature. L’envers du décor, ce sont les misères que l’on cache, les œuvres insignifiantes que l’on stocke, les brosses et balais des placards. L’envers du décor, ce sont toutes ces œuvres oubliées dans les réserves des musées, celles des médiocres, des sans grades et des sans noms que Lizène rédime, les exhumant en même temps que les placards qui les abritent.

Cet intérêt pour la matérialité de la peinture, son châssis, son cadre ne se démentira pas au fil des remakes. Lizène peint des Entassements de toiles, il les peint à l’envers, parfois l’endroit sur l’envers, ou à l’endroit. Entassement de toiles nulles, de Toiles dans la toile, de Nouvelles Abstractions nulles, de Toiles néo-rupestres, de Toiles néo-déco, avec ou sans l’ajout d’autres misères, des brosses et des balais, d’autres œuvres. Il les compose également en Sculptures nulles. Ainsi, depuis la fin des années 90, en remakes d’expositions, Jacques Lizène recompose régulièrement en placards un ensemble de toiles, d’encadrements orphelins, de Sculptures nulles, de Dessins médiocres, y ajoutant parfois, ici un balai, là une projection penchée sur toile, où là encore une bouteille de champagne, bue au préalable, c’est là une triviale question d’art comportemental. La logique est implacable et le principe même du placard à tableaux peut s’étendre à n’importe quelle réserve de musée. D’aucuns, dont les directions se sont crispées à l’idée d’un crime de lèse-réserves, ont refusé, d’autres ont accepté. Ainsi au Musée des beaux-arts de Brest : Lizène y compose en 2003 un placard à tableaux des œuvres de l’institution ainsi qu’un cadre de cadres, tandis que dans un beau naufrage de regards, il fait chavirer quelques marines aux cimaises des salles du musée. Le Petit Maître projette de constituer un placard à tableaux avec des œuvres des réserves des musées vénitiens.

Placard à tableaux d'art spécifique, 1969-1970
Placard à tableaux, toiles dans la toiles, en remake, 1998
entassement de caisses, placard à tableaux en remake 2011
entassement de toiles, placard à tableaux, en remake 2011
Entassement de caisses, art syncrétiques, chaises découpées, en remake 2011
meubles découpés, en remake 2011, naufrage de regard, art néo déco en chantier

 

Marie Zolamian, NowBelgiumNow, Antwerpen

groepstentoonstelling met beginnende kunstenaars uit België/
exposition de groupe réunissant des jeunes artistes belges

Nicolas Buissart, Jonathan De Winter, Andrea Galiazzo, Filip Gilissen,
Lien Hüwels, Adrien Lucca, Karl Philips, Adrien Tirtiaux, Marie Zolamian

kunstenaars uitgenodigd door/artistes invités par Ulrike Lindmayr en/et Stella Lohaus

opening/vernissage: zaterdag/samedi 8 oktober/octobre 2011, vanaf/dès 18 uur/h

20u00: performance Jonathan De Winter, Gerard Meurant en/et Gill Koekelmans
tentoonstelling van 9 oktober t/m 20 november 2011/
exposition du 9 octobre au 20 novembre 2011

finissage 20 november/novembre: 18 uur/h performance Jonathan De Winter, Gerard Meurant en/et Gill Koekelmans

drie locaties gelegen in de/trois lieux dans la Lange Leemstraat:
Lange Leemstraat 387
poortgebouw voormalige HISK/portail de l’ancien HISK (‘t Groen Kwartier)
gelijkvloers tegenover/rez-de-chaussée en face du Lange Leemstraat 387 (Hospitaalplein 1)
openingsuren: zaterdag & zondag 14 – 19 uur en op afspraak/
heures d’ouverture: samedis & dimanches 14h à 19h et sur rendez-vous

De ambitie van dit tentoonstellingsproject is het initiëren van een artistiek discours dat los staat van de beperkende cultuurpolitieke tendensen van de verschillende gemeenschappen in dit land. Het resultaat van de uitgebreide prospectie, een grote « ateliertour » langs de verschillende steden zoals Antwerpen, Gent, Brussel, Hasselt, Mons, Charleroi, Liège, … is een bondige selectie van negen kunstenaars.
Treffend in het (jonge) oeuvre van de uitgenodigde kunstenaars is hun maatschappelijke betrokkenheid die vanuit heel verschillende methoden tot uiting komt. Sommigen opereren via infiltratie, anderen laten zich inspireren door de geschiedenis van de locatie, of proberen via de ontwikkeling van hun eigen universum een greep op de wereld te krijgen.
De tentoonstelling NowBelgiumNow brengt negen boeiende kunstenaars samen die in het kunstcircuit – eenmaal geïntroduceerd -, een spannende bijdrage kunnen leveren aan het bestaande.

L’objectif de ce projet d’exposition est d’initier un discours artistique indépendant de toute tendance communautaire tant au niveau culturel, qu’au niveau politique. Cette vaste prospection, un gigantesque tour d’ateliers dans différentes villes telles qu’Anvers, Gand, Bruxelles, Hasselt, Mons, Charleroi, Liège, … a abouti à une sélection de neuf artistes. Force est de constater que chacun des (jeunes) artistes invités expriment leur engagement social par des méthodes totalement différentes. Certains utilisent le mode de l’infiltration, d’autres se laissent inspirer par l’histoire du lieu, d’autres encore tentent de mettre main mise sur la réalité par le biais de leur propre univers. L’exposition NowBelgiumNow rassemble neuf artistes fascinants qui enrichiront sans conteste le circuit artistique existant.

Jacques Lizène, sculpture nulle pour hélicon, pot de WC et fumée

Le 26 octobre 1977, Jacques Lizène écrit à Ben Vautier qui, à Nice, prévoit de l’exposer :

« D’abord le titre, écrit Jacques Lizène. Peinture d’un artiste “analiste” (sans Y), être son propre tube de couleur (mars 1977). Ce n’est pas mon tout dernier projet, mais j’ai décidé de le réaliser car je le trouve de plus en plus drôle. Je sais que Manzoni a mis de la merde en boîte avec le nom de différents artistes mais a-t-il peint avec ? Je sais que Spoerri a fait de l’eat-art mais a-t-il déjà fait le rapport entre la nourriture et la matière fécale (c’est-à-dire composer une gamme de couleurs en faisant le rapprochement entre les aliments et la couleur obtenue) ? Je sais que dans le Psychart, il y a eu des cas de peintures réalisées en partie avec de la matière fécale mais pas de manière raisonnée. Cette forme de peinture entraînera un type de réflexion bien connu dans le monde de l’art : “Ce que fait untel, c’est de la merde.” C’est de cette façon que le fait humoristique sous-jacent à cette démarche se révélera. Il y aura dans la peinture analiste différentes variantes : sociologique, humoristique, provocatrice, analytique, politique, coloriste, dont le tout sera “sans importance”. »

Cette exposition ne se fera finalement pas. Jacques Lizène montre sa première toile à la matière fécale quelques mois plus tard, à Bruxelles, au Jardin Botanique ou Jacques Lennep, animateur du groupe CAP, organise une exposition : Le Jardin, Lectures et Relations. Le grand aplat de merde que Jacques Lizène y montre disparaitra à la fin de l’exposition, vraisemblablement jeté par une femme d’ouvrage.
Au vernissage, qui se déroulera en présence du Régent, Jacques Lizène fait engager un musicien, un joueur de bombardon et le charge de s’asseoir dans un coin de l’exposition, sur un pot de WC. Durant la soirée, le musicien jouera de son instrument « sur tempo lent, de telle sorte que les sons émis ressemblent à d’énormes pets ».
En 1979 -80, Jacques Lizène reprendra cette idée afin d’en faire un projet de sculpture nulle pour gros tuba, pot de WC et fumée. Il s’agit de déposer un gros tuba, ou un bombardon, sur un pot de WC, de mastiquer les bords du pavillon de l’instrument sur la cuvette et de glisser dans celle-ci un tuyau relié à un générateur de fumée (peut-être un système de music hall, précise le Petit Maître afin de faire fumer le dispositif par l’embouchure de l’instrument de musique. Le tout doit être éclairé par un spot de lumière rouge.  Ce projet de sculpture nulle, Jacques Lizène vient de le réaliser en 2011, avec un hélicon et non un bombardon, posé sur un WC anglais. Œuvre élégante, Jacques Lizène n’hésite pas à la poser sur sa tête.

Sculpture nulle pour hélicon et pot de WC, remake 2011
Projet de sculpture nulle 1979-80 pour gros tuba et pot de WC

Mettre n’importe quel objet sur la tête, 1994, en remake 2011

Aglaia Konrad, Monolith/Life, Villa Romana, Firenze

“Monolith/ life” is a joint exhibition by Aglaia Konrad (born in Austria, in 1960) and Willem Oorebeek (born in the Netherlands, in 1953). Both live in Brussels but have never exhibited together before. While Aglaia Konrad explores the structure of spaces and perspectives, the appropriation of space and the composition of social forms through the medium of photography and film, Willem Oorebeek works with levels of perception in the printed and pictorial media.The starting point for their joint exhibition in Florence was a 16mm film Aglaia Konrad shot in the marble quarries of Carrara in 2010 while resident as an international visiting artist at the Villa Roma. It is part of her cycle of 16mm films, “Concrete & Samples”, dedicated to sculptural architects, which is now being shown in full.Also premiered is the video “Angertal”, which records the architecture of ants in a small biotope in an Austrian valley and intercuts the diligent work of the insects with fundamental questions about senses of belief, perspective and orientation. “Angertal” is being shown in the new garden pavilion of the Villa Romana.The “Monolith/ life” exhibition thematizes the presentation of films in a space installation developed specially for the rooms of the Villa Romana in collaboration with the Belgian architect Kris Kimpe. It is accompanied by a printed edition, which bears a motif based on Bruegel’s “Tower of Babel”.

Aglaia Konrad has taken part in numerous international exhibitions, including among others “documentaX”, 1997 in Kassel, “Cities on the Move” 1998 and 1999 (Bordeaux, New York, London, Helsinki, Vienna), the Shanghai Biennale 2000, “Gazes of Architecture on the Body”, Tokyo Wonder Site and Museum of Contemporary Art, Kumamoto (2010), as well as “In the First Circle” and the Barcelona Tapies Foundation (2011). In 2009, the Museum of Contemporary Art in Siegen granted Aglaia Konrad and Armin Linke a joint exhibition.

Willem Oorebeek has simultaneous exhibitions in the autumn of 2011 in both the Robert Miller Gallery in New York and at Modern Art in London. In 1994, he had a solo exhibition in the Witte de With in Rotterdam, and in 1997 his art was on display in the Netherlands Pavilion at the Venice Biennale. His works were exhibited at the Generali Foundation in Vienna (2011), at the Culturgest in Lisbon (2008), at the SMAK in Ghent (2006), at the Badischer Kunstverein in Karlsruhe (2004) and in the Boymans-van Beuningen Museum, Rotterdam (1988; 2001), among others.

Aglaia Konrad and Willem Oorebeek
Monolith/ life
30.09. – 04.11.2011
Opening of the exhibition: Friday 30th September 2011 at 7.30 pm
Opening times: Tuesday – Friday from 2 pm to 6 pm and by appointment

Jacques Lizène, quelques remakes de sculptures génétiques, encore

 

Si l’exposition polonaise de Jacques Lizène agit comme une Rapid’ Rétrospective sous forme d’un vaste placard à tableaux, un storage de caisses, de sculptures, de toiles, de toiles dans la toiles, de moniteurs vidéos, elle fait la part belle à une série de nouvelles productions, essentiellement dans le domaine de la sculpture génétique et de l’art syncrétique, ce fil conducteur de l’oeuvre lizénienne. Exemples choisis.

The category of ‘genetic sculptures” uses the double principle of collage and montage – like in numerous canonical works of modern artists (most of all in Max Ernst, but also Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Like for all of them, the point for Lizène is in a clash between two heterogeneous elements (belonging to quite different categories), sufficiently distant to create an effect of contrast or impropriety (by joining what, according to logics, would never join), nevertheless justified and harmonious (because the clash is to make an impression of obviousness). What differs Lizène from them, however, is the fact that the effect of surprise or enchantment is never deprived of a dose of burlesque (only a few collages by Erró are like that) resulting from exceeding accepted hierarchies and classifications. Such is the case of a “montage” of a primitive sculpture with a classical one; hybrids of two or more faces (Freud-Hitler, Proust-Kafka, Lizène-Picasso); attaching a feminine look to the bust of marquise de Sade by Man Ray; adding farce elements (fake nose) to portraits; creating paradoxical objects (guitar-pickaxe, guitar with two fingerboards); joining halves of chairs or sofas made in contrasting styles; inventing “dualist” plants contradicting natural laws (spruce turning into a palm tree or a right angle tree trunk): we feel that such variations can be innumerable. What makes Lizène someone unique in this repertoire, however, is the fact that he realizes all this in all techniques and languages he uses: collages, ready-mades, drawings, objects (appearing in parallel with these drawings), video (techniques of incrustation bring miracles here), turning sculptures over, street actions (comical performance consisting in stopping the passers-by and comparing their face with the fragments of other face, what transforms them , in fact, in living “genetic sculptures”), and even inventions of symbols (his famous Belgian flag, maybe not fully ironic, made by joining a half of the Flemish lion with a half of the Walloon rooster …). (Guy Scarpetta, A full,)

Art syncrétique 1964, sculpture génétique culturelle 1984, en remake 2011, fétiche africain croisé danseuse asiatique
Art syncrétique 1964, sculpture génétique culturelle 1984, mettre n’importe quel objet sur la tête 1994, en remake 2011, patricien croisé maori, un sexe banane sur la tête.
Découper des meubles, art syncrétique, 1964, mappemonde découpée sur une idée de 2005, en remake 2011
Art syncrétique 1964 en remake 2011, croiser tous les styles, croiseur croisé trois mats

Le registre des « sculptures génétiques » participe du double principe du collage et du montage – tel qu’il est présent dans nombre d’œuvres canoniques de la modernité (Max Ernst, avant tout, mais aussi Eisenstein, Heartfield, Erró, Rauschenberg, Godard, Jorn, etc…). Pour Lizène comme pour tous ceux-là, il s’agit de faire entrer en collision deux éléments hétérogènes (prélevés dans les registres les plus divers), suffisamment éloignés pour produire un effet de heurt ou d’incongruité (il s’agit de réunir ce qui logiquement n’aurait jamais dû l’être) et pourtant ajustables, harmonisables (la rencontre doit aussi avoir un caractère d’évidence).  Mais ce qui singularise Lizène, c’est que l’effet de surprise ou d’émerveillement n’est jamais dénué d’une certaine dimension burlesque (seuls quelques collages d’Erró s’aventurent dans cette direction-là), résultant notamment d’une transgression des classifications et des hiérarchies admises. D’où par exemple, le « montage » d’une statuette d’art primitif et d’une sculpture classique ; l’hybridation de deux ou plusieurs visages (Freud-Hitler, Proust-Kafka, Lizène-Picasso) ; l’irruption d’un regard féminin dans l’image du buste de Sade par Man Ray ; l’ajout d’éléments farcesques et perturbateurs (les faux-nez) à certains portraits ; la création d’objets paradoxaux (la Guitare-pioche, la Guitare à deux manches) ; le télescopage de deux moitiés de meubles (chaises, canapés) appartenant à des styles opposés ; l’invention de végétaux d’une « dualité » défiant toutes les lois de la nature (un sapin « mutant » soudainement en palmier, un arbre dont le tronc se développe brusquement à l’horizontale, en formant un angle droit) : les variations, on le sent, sont infinies. Mais ce qui fait la singularité de Lizène, aussi, dans ce répertoire, c’est qu’il peut se concrétiser dans tous les langages dont il dispose : ces collisions peuvent tout aussi bien s’incarner dans des collages d’images ready-made, des dessins tracés à la main, des créations d’objets (résultant à l’occasion de ces dessins), des vidéos (les techniques de l’incrustation, ici, font merveille) des détournements de sculptures, des actions de rue (l’inénarrable performance où il aborde les passants, pour leur apposer sur le visage le fragment photographié d’un autre visage, les transformant de facto en sculptures génétiques vivantes), et même des inventions de symboles (son fameux drapeau belge, peut-être pas entièrement ironique, résultant de la conjonction de la moitié du lion flamand et de la moitié du coq wallon…). Guy Scarpetta, L’énergumène,  extrait du texte du catalogue.

art syncrétique 1964, croisement de fétiches africains, mettre n’importe quoi sur la tête, 1994, une scie, en remake 2011
Art syncrétique 1964, sculpture génétique culturelle 1984 en remake 2011, danseuse asiatique, croisée statuette africaine croisée Vénus de Milo
Art syncrétique 1964 en remake 2011, sculpture génétique culturelle, Boudha croisé statuette africaine, le 25e Boudha méditant.

 

Art syncrétique 1964, remake 2011, masques africains croisés

Emilio Lopez Menchero, Tarzan, le lion en rut et le chant du coq

On se souvient du célèbre cri de Tarzan lancé par Johnny Weissmüller, pardon par Emilio Lopez Menchero, par dessus les toits de la bonne ville de Gand lors de l’exposition Over The Edge, organisée par Jan Hoet en 2000. Durant trois mois, les Gantois entendirent ce cri mythique de l’histoire du cinéma, lancé à intervalles réguliers, depuis huit tours de la ville, du Boekentoren de l’Université au Vooruit, du Beffroi à l’église St-Jacob, du Gravensteen au Smak. Trois affiches à la détrempe, représentant Johnny s’égosillant, placées à trois endroits stratégiques de la circulation urbaine, complétaient le dispositif. Comme Tarzan, Emilio López Menchero aime les grands espaces. Ainsi, il réactive « HEY ! C’est… Heu… Machin… Heu… TARZAN ! » en Alsace, à l’occasion de « Selest’art 2011 », biennale d’art contemporain de Sélestat . « Intrusion à la fois humoristique et parasite dans un espace public, cette œuvre interroge le rôle de l’art dans un contexte urbain en même temps que les systèmes de production et de circulation de l’art, devenus assimilables à ceux du cinéma et de la culture de masse », écrit Olivier Grasser, l’un des commissaires de la manifestation.

En septembre, invité par Michel Dewilde à Aalter pour une exposition intitulée « Sounds like Architecture », une thématique chère à Emilio Lopez Menchero, c’est  au rugissement du lion que l’artiste s’intéresse. Et il m’écrit :

Cher Jean-Michel,
Je t’envoie la couverture, ainsi que le texte de Michel Dewilde me concenant. Michel est commissaire de cette exposition qui se déroule à AaIter. Flor Bex avait été chargé de la première édition, sur le thème de la forêt enchantée,  Het Betovert Bos. Elle est organisée dans un tout grand domaine, autour d’un château. Puisque l’exposition s’intitule « Sounds like Architecture », j’ai installé une pièce sonore, le rugissement d’un vieux lion en rut, enregistré à Plankendael. C’est un rugissement très sexué, comme un cri de désespoir  qui n’en finit pas. Le lion rugit toutes les trois à cinq minutes ; le son provient d’une cabane sur pilotis que j’ai décidé d’investir. La cabane est toutes porte et fenêtres fermées.  Au vernissage quelques craintives demoiselles ont bien cru que le lion y était enfermé. En me promenant dans le parc, je suis tombé par hasard sur une magnifique guérite, et je n’ai pas pu m’empêcher, pris par l’ambiance du domaine, d’y placer un jeune garde de Buckingham, comme aux Halles de Scharbeek il y a deux ans. Je t’envoie par mail quelques images de tout ça. J’espère que tu as pu achever les pirates du net… Bien à toi et bon voyage en Pologne. Emilio.

 

 

En septembre le rugissement du lion en rut a couvert la Flandre. En octobre le chant du coq s’entend en Wallonie. Invité par Pierre Henrion pour Art Public Namur, Emilio Lopez Menchero fait entendre aux abords du beffroi, de la place d’Armes et de la place du Théâtre de la cité mosane quelques cocoricos qui retentissement dans tout le bas de la Ville. Et l’artiste écrit, peut-être dans l’enthousiasme des récentes joyeuses fêtes de Wallonie :

« Le chant du coq en ville n’est pas anodin. Ce son rural a là quelque chose de transgressif  mais aussi de régénérateur. Le compartimentage de nos tissus urbains permet parfois de l’entendre. Au cœur de Namur, capitale wallonne, ces chers barytons matinaux diffuseront leurs prouesses vocales non pas en intérieurs d’ilots, mais vers l’extérieur, sur la place publique. Des cocoricos ardents et vivifiants comme autant de drapeaux jaunes et rouges laissant échapper leur  emblème libéré et virtuose…  Le grand réveil Wallon ! »


Cocorico.

Emilio Lopez me réécrit ce dimanche matin :

Hello Jean Michel,
La pièce sonore à Namur fonctionne du tonerre. Les coqs ont parfaitement chanté à plusieurs reprises lors du vernissage qui était super et bien situé par rapport aux lieux d’émission du chant des coqs.
Les coqs chantent tous les jours à 9h/10h30/12h/13h30/15h/16h30/18h/19h30 à patir du toit de l’INNO sur la Place d’armes, du haut du beffroi à proximité du Palais de congrès ainsi que du balcon du théâtre de Namur.
Et, justement, pour le moment, il y a là la tente du FIFF, le Festival Internationnal du Filmdu Francophone. Bouli Lanners aurait dit à Pierre Henrion que les coqs ont fait un effet canon lors des conférences du festival. Et pour cause, ils hurlent tout juste au-dessus des spectateurs. A +. Emilio.

Art Public Namur
Charley Case & David Demazy. Isabelle Copet. Michael Dans. Emilio López-Menchero. Xavier Mary. Johan Muyle. Frédéric Platéus. Léopoldine Roux. Fabrice Samyn. L’exposition est présentée dans l’espace public du centre-ville de Namur du 29 septembre au 6 novembre 2011.

 

Jacques Lizène, sculptures génétiques cultuelles, danse de derrière le décor et inconvenance

 

1.
Ce n’est point parce qu’il expose en Pologne que Jacques Lizène a décidé de croiser des sculptures religieuses. Rappelons les prémisses de l’affaire et revenons en à l’art syncrétique. Nous écrivions dans le Tome III consacré à l’œuvre lizénienne :

 

Art syncrétique, 1964. On sait combien les années académiques de Lizène auront été fécondes, dans les marges et hors des sentiers battus de l’atelier bien entendu. Lizène dessine dès 1964 de petites choses en les croisant : « Croiser toutes sortes de choses comme des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures. » Ou encore : « Découper et mélanger deux styles. » Il pratique une forme d’Art syncrétique, un syncrétisme de collage, le haut d’une sculpture hindoue adoptant la triple flexion végétale et les jambes d’une statue africaine, un sapin et un palmier, un chameau et un bovidé, des avions ou des autos qui s’hybrident, des visages qui se transforment en masques.Le syncrétisme, terme de souche religieuse et philosophique, est une combinaison d’éléments hétérogènes ainsi que l’être ou l’objet qui en résulte, un mélange, aujourd’hui on parlerait de métissage, de sampling ; c’est aussi une façon primitive de voir le mondequi pratique une appréhension globale et indifférenciée du monde extérieur par simple juxtaposition. Lizène hybride le réel en des créations indisciplinées, fusionne des éléments de cultures différentes ; la pratique trouvera son naturel prolongement dans l’Interrogation génétique, la Sculpture génétique, la Sculpture génétique culturelle, les Funs fichiers, les Actions de rue. Dans le domaine génétique, l’hybride est en effet le croisement de deux individus de deux variétés. C’est un comble, Lizène pratique ainsi sans cesse l’accouplement, mais il féconde des bâtards, altère, outrage, transgresse, se réjouit de la disharmonie et s’enthousiasme même de rendre celle-ci non perçue ; il renoue avec le grotesque, l’anormalité, ce que l’histoire de l’art positiviste a d’ailleurs longtemps refoulé. Il inscrit sa pratique syncrétique dans la haute tradition d’un espace symbolique : ses associations émulsionnent des éléments de nature différente, voire disparates, mais elles sont sur le plan plastique le plus souvent traitées dans une même approche stylistique, ce caractéristique tracé lizénien et, en cela, possèdent une uniformité certaine.


De l’art syncrétique 1964 proviennent les sculptures génétiques 1971, les sculptures génétiques culturelles 1984 et enfin les plus récentes sculptures génétiques cultuelles, en 2010, alors que Jacques Lizène expose au Parvis de Pau, non loin de Lourdes donc, où l’artiste se fournira en plâtres religieux (phosphorescents) croisant Vierge, Christ et Bouddha dans une pure vision syncrétique. Il titre d’ailleurs cette exposition : « Miracle au Parvis de Pau ». Jacques Lizène croise donc les Vierges, les Christ, les Bouddha, il mêle la Vierge et Vénus et l’affuble d’un masque africain tandis qu’il agenouille les chaises. Plus loin, sur roulettes, Bouddha rabote le sol de la salle d’exposition.

 

 

 

2.
Parmi ces sculptures génétiques cultuelles, l’une est plus singulière, cette Madone des technicienne de surface, croisement de la Vierge et du Christ, affublée de son matériel de nettoyage. On pensera bien sûr, au balai et à la serpillère de la Joconde en ses escaliers, oeuvre de Robert Filliou, bien que l’intention lizénienne soit ici toute différente. En 1975, Jacques Lizène est invité à exposer à la Neue Galerie à Aix la Chapelle. Il propose à Wolfgang Becher de publier dans le catalogue l’image d’une cireuse de parquet, en l’occurrence la cireuse familiale.  La cireuse, ou son image, ne seront pas montrée dans l’exposition, elles participent de « l’envers du décor ». Face à l’image de cette cireuse, Lizène fait publier le texte suivant :

 

Jacques Lizène présente :
« Danse de derrière le décor » (art de banlieue d’un petit maître liégeois)
En 1971, au palais des Beaux Arts de Charleroi, lors de l’accrochage d’une exposition, j’ai remarqué le va et vient des femmes d’ouvrages affairées à cirer le parquet (pour faire reluire le lieu d’exposition). A un moment, le gardien chef est venu réprimander, au sujet de son travail, l’une d’elles (une émigrée espagnole d’une cinquantaine d’années) qui aussitôt celui-ci reparti, se mit à pleurer.
De ce jour date la décision du petit maître liégeois de présenter :

LE BALLET D’ENTRETIEN DES LIEUX D’EXPOSITIONS
(corvée, en forme de danse, faire reluire le lieu écrin de l’art séductif)

Régulièrement, hors des heures d’ouvertures du musée, un certain nombre de personnes viennent nettoyer les salles d’expositions. Elle réalisent de ce fait, obscurément, une danse sans prestige séductif : le ballet d’entretien des lieux d’exposition (pour que brille le lieu écrin de l’art séductif). J’invite toutes personnes à demander au Dr. Becker (directeur de la Neue Galerie), l’autorisation de participer, comme second rôle bénévole (en aidant les femmes d’ouvrages), à la réalisation du « ballet, corvée : faire reluire le lieu écrin de l’art séductif »
(Et que cela brille !)

 

Dans ses performances d’attitude lors des vernissages de ses expositions, Jacques Lizène joint régulièrement le geste à la parole. A Katowice, la balayeuse laveuse du Centre d’Art est exposée non loin de la Madone des Techniciennes de Surface.

 

 

3.
Toujours à propos de ces sculptures génétiques cultuelles, on notera « l’inconvenance » du petit maître qui croise le Christ et Bouddha, les dotant de la fort vigoureuse érection d’un sexe africain. Il a fallu couvrir d’un voile l’érection en question, ce qui permit au Petit Maître une (petite) performance (discrète), la rapide révélation de cette érection, ponctuée d’une déclaration : « Miracle à Katowice ».

Rappelons cette déclaration de Jean de Loisy :

Inconvenance. Jean de Loisy, à propos de l’exposition Traces du Sacré, exposition dont il est commissaire au Centre Pompidou (2008) et de la présence de Jacques Lizène, confie à Cécilia Bezzan : « La présence de Jacques Lizène, qui est un artiste que tout le monde connaît mais que personne n’ose montrer, apporte une sorte de vérité mystique à l’ensemble du projet. Certes, Lizène est un artiste inconvenant et il n’a pas été aisé de l’imposer à Beaubourg, mais peu à peu la conversion s’est opérée et l’évidence que Lizène apportait une sainte insolence dans l’exposition a plu. » (L’Art même, Bruxelles, n° 39).

Jacques Lizène et Leonid Illitch Brejnev

 

Des réserves du BWA Contemporary Art de Katowice, Jacques Lizène a extrait cette toile très officielle représentant le camarade Leonid Illitch Brejnev et l’a intégrée à son exposition, entre une sculpture génétique, un portrait du Petit maître s’écrasant le nez contre la vitre et un meuble découpé. Le président du Praesidium du Soviet suprême flotte ainsi dans l’espace. Ce qui permet au Petit Maître (ou à n’importe quel visiteur de l’exposition) de lui serrer la main d’un vigoureux shake hands par delà le rideau (noir). Occasion d’une (courte) performance du petit maître devant l’objectif des caméras et des appareils photographiques, une performance que l’on pourrait légender ainsi :
1. Petit maître attentif serrant chaleureusement la main du camarade Leonid Illitch Brejnev.
2. Petit maître très fier de serrer la main du camarade Leonid Illitch Brejnev.
3. Petit maître endurant toute la vigueur de la poignée de main du camarade Leonid Illitch Brejnev.
4. Petit maître lassé par l’interminable poignée de main du camarade Leonid Illitch Brejnev.

 

Jacques Lizène, au BWA Katowice

 

Jacques Lizène expose au BWA Contemporary Art de Katowice en Pologne du 23 septembre au 23 novembre. Plus d’informations dans nos prochains billets.

Jeering at everything and at himself, deliberately predisposed to farce and to being pitiful
A monographic exhibition dedicated to one of the most interesting post-war Belgian artists —Jacques Lizène (born 1946, in Ougrée, Belgium). As a fluxus movement adherent, he erases the boundaries between art, in the traditional meaning of the word, and the prosaic aspects of life, creating drawings, collages, photography and video. He combines happenings, painting, experimental poetry and music. Co-incidence, spontaneity, and sense of humour are all factors included  in his artistic activity. His actions resemble Dadaist games; playing art, playing with art, the art of play, which although self-mocking, become an important voice in the discussion about an artist’s place and role in society. In front of his audience, Lizène plays a magician, a shaman, a clown, who delivers tongue-in-cheek commentary on reality, the laws of physiology and the intricacies of identity.

A cette occasion paraît l’ouvrage « Jacques Lizène, remakes » co-édité par BWA Contemporary Art in Katowice / Atelier 340 Muzeum et l’Usine à Stars / galerie Nadja Vilenne. Avec des textes de Marta Lisok et Guy Scarpetta ainsi qu’un choix d’images commentés par Jean-Michel Botquin.

size: 21 x 27 cm
volume: 136 pages
edition: 1000 pieces
binding: softcover
reproductions in colour
languages: Polish/English/French
typesetting: Katarzyna Goczoł, Magdalena Piwkowska
ISBN 978-83-88254-64-2

“The fool circulates, moves, witters on about anything, laughs his head off, drinks himself blind, walks all night in the streets, dozes for an hour or two, then after a quick wash he starts again to play, messing, fooling and clowning around; he celebrates meetings with his many reliable friends, telling jokes every minute, presenting a farce every quarter of an hour, theorising on the side, never claiming or lacking anything, then again he drinks and seems to take nothing seriously, except for his very lack of seriousness. He is in turn ironical, delighted, enthusiastic, bad tempered or genial, shocking or delicate, notably when throwing himself into a tango or paso doble. He is precise or sluggish, attentive, miserable, trivial, elegant, extravagant, continually making a joke out of everything, and being stubborn to a certain extent.
His works, we clearly feel, are only a series of actions. Made freely, as if he hadn’t taken anything for himself; hence his praise of failure and defeat.”

Guy Scarpetta “A fool” (fragment)

L’ouvrage est disponible à la galerie

Agenda : octobre 2011

Jacques Charlier
– Hornu (B), Je suis seul avec vous, Musée des Arts contemporains du Grand-Hornu, jusqu’au 2 octobre 2011

Leo Copers 
– Maastricht (Nl), « Out of Storage », œuvres de la collection du FRAC Nord Pas de Calais, Timmerfabriek, jusqu’au 18 décembre 2011.

Honoré d’O 
– Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 déc. 2012
– Tarbes (F) Le Parvis
– Moscou (Ru), Impossible Community, Moscow Museum of Modern Art, 8 septembre – 6 novembre 2011

Suchan Kinoshita
– Mons (B), Le modèle a bougé, BAM, musée des Beaux Arts de Mons, du septembre 2011 – 5 février 2012.- Moscou (Ru), Impossible Community, Moscow Museum of Modern Art, 8 septembre – 6 novembre 2011

Aglaia Konrad 
– Dubaï (Emirats arabes), Sahara Surreal, The Empty Quarter, fine art photogrraphy, du 30 août au 14 octobre 2011.
– Ludwigshafen (D), the eyes is a lonely hunter : images of humankind, 4e Foto Festival Manheim – Ludwigshafen -Heidelberg, 10 septembre – 6 novembre 2011.
– Firenze (I), Monolith Life, 30 septembre – 4 novembre, Villa Romana (solo)

Jacques Lizène
– Antwerpen (B), Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 décembre 2012.
– Bruxelles (B), Culture Relaxative, Atelier 340, jusqu’au 30 octobre 2011.
– Liège, (B), Ubu sous la dalle, 10e anniversaire de l’occultation du T.S. André Blavier (1922-2001 vulg.) Exposition iconoclaste, artistique et littéraire, Archéoforum, 10 juin-27 septembre 2011.
– Turnhout (B), A paper trail, werken op papier, De Warande, du 10 septembre au 16 octobre.
– Katowice (P), Jacques Lizène, Remakes, BWA Galeria Sztuki Wspó?czesnej, Contemporary Art Gallery in Katowice, 23 septembre /29 novembre (solo + publication)
– Paris (F), Jacques Lizène, Désastre jubilatoire, Passage de Retz, du 15 octobre au 27 novembre 2011

Capitaine Lonchamps
– Bruxelles (B), Culture Relaxative, Atelier 340, jusqu’au 30 octobre 2011.
– Turnhout (B), A paper trail, werken op papier, De Warande, du 10 septembre au 16 octobre.

Emilio Lopez Menchero 
– Bruxelles (B), Culture Relaxative, Atelier 340, jusqu’au 30 octobre 2011.
– Sélestat (F), Biennale d’Art contemporain, divers lieux, 24 septembre – 30 octobre 2011
– Liège (B), Chantiers de l’Utopie, Les Brasseurs, 7 septembre – 8 octobre 2011

Benjamin Monti 
– Turnhout (B), A paper trail, werken op papier, De Warande, du 10 septembre au 16 octobre.
– Liège (B), Prix Georges Collignon, MAMAC Liège, 23 septembre – 30 octobre 2011

Walter Swennen
– Antwerpen, Cinq siècles d’images à Anvers, exposition inaugurale du Museum aan Stroom, 12 mai – 31 dec 2012

Marie Zolamian 
– Châteauneuf en Auxois (F), A corps perdu, une exposition du FRAC Bourgogne, commissaire invitée : Vanessa Desclaux, jusqu’au 11 septembre 2011.
– Liège (B), Prix Georges Collignon, MAMAC Liège, 23 septembre – 30 octobre 2011
– Antwerpen (B), NowBelgiumNow, LLS387, ruimte voor aktuele Kunst, 8 octobre – fin novembre.


Aglaia Konrad, Photo Festival de Manheim

Aglaia Konrad participe à la quatrième édition du « Photo Festival » de Manheim – Ludwigshafen – Heidelberg. « The Eyes is a lonely hunt images of humankind ». Du 10.09 au 6.11.2011.

Exhibited work:
Carrara, 2010
ICONOCOPYCITY, 2011
Exhibition places:
Wilhelm-Hack Museum, Ludwigshafen

The 4th edition of the Fotofestival Mannheim_Ludwigshafen_Heidelberg will take place from September 10 to November 6, 2011, and bears the title THE EYE IS A LONELY HUNTER: IMAGES OF HUMANKIND. The festival takes as its point of departure a humanist perspective in the tradition of documentary photography. It will showcase a variety of practices that are situated at the intersection between documentary and artistic photography, practices that are characterised by a strong sense of visuality but also a keen sense of sociopolitical awareness.

What are some of the key issues and challenges facing humanity today and how are they represented? How does contemporary photography transport ethnographic and anthropological knowledge with the hindsight of postcolonial discourse? And how would a portrait of humankind look like in the year 2011? The 4th Fotofestival will focus on the new and critical ways photography transports anthropological knowledge and aims to be a photographic survey of the human condition as we enter the second decade of the 21st century, seen from a plurality of geographic angles. While acknowledging the post-modern discourse of the camera’s capacity to lie and the ‘demise of photographic truth’, the 4th edition of the Fotofestival argues for photography’s capacity to bear witness to the human condition and to human experience within real social and political conditions.