Benjamin Monti, Paradis Perdu, Musée des Beaux Arts de Tournai (4)

Benjamin Monti, Sans titre, 2020, photocopies et collages (photos Isabelle Arthuis)

Benjamin Monti, Paradis Perdu, Musée des Beaux Arts de Tournai (3), un entretien à propos de l’exposition

photo Isabelle Arthuis

– Je me souviens de ce titre inattendu que tu as donné à une de tes dernières expositions personnelles : Restructuration du travail. C’était à Liège en 2019. Alors que le public s’attendait à découvrir de nouvelles séries de dessins, tu lui as proposé quatre grands all over, des collages monumentaux réalisés à même les murs, portes ou gaine de cheminée du lieu d’exposition. Pour une restructuration, s’en était une de taille. Dans la foulée, quelques mois plus tard, lors de la Luxembourg Art Week, tu en as conçu un cinquième. Et voici que tu récidives : Julien Foucart, directeur du Musée des Beaux-arts de Tournai t’a invité et associé à cette exposition, Paradis perdu, construite autour d’un magnifique dessin de Vincent Van Gogh, Arbres à Montmajour. Et tu lui as proposé d’intervenir à même les cimaises et les colonnes du musée.

– Tout change ! (Rires). C’est vrai, j’ai toujours eu du mal avec les grands formats et un certain rapport au monumental. C’est généralement un rapport d’échelle qui permet d’imposer une image, le plus souvent des signes très simples, également intelligibles à d’autres échelles. Je me suis rendu compte que cette dimension était, d’une certaine façon, présente dans la manière dont j’envisage l’espace dans mes dessins qui sont, de fait, très communément de petit format, mais jamais je ne m’étais confronté à l’échelle. Le processus a été lent…

– Précédemment est également apparue cette pratique du collage, de troublants allers-retours entre imprimés originaux et leurs copies lasers, déchirures de celles-ci et collages, des collages de photocopies que tu as même redessinés, voir dessinés car, finalement, on ne sait même pas si les collages dessinés à la main ont existé. Je ne sais pas si le lecteur me suit là…

– Oui. Disons le simplement, j’ai eu une temporaire perte de mobilité de la main qui a induit une remise en question et la nécessité de rebondir dans ma pratique de l’image. Mais le collage est présent dans mon travail depuis très longtemps, déjà dans mes premiers travaux graphiques, des fanzines où il m’arrivait d’à la fois coller et dessiner. De manière plus générale, mon travail de dessinateur consiste à emprunter, citer, hybrider des sources diverses, sans colle ni ciseaux. C’est une logique de collage dans l’image. Il m’est vraiment nécessaire de chercher mes sources dans une rencontre physique. Je ne les cherche pas sur internet. Je chine, je fréquente les bouquinistes et les poubelles. Il m’est tout aussi nécessaire de travailler manuellement, il faut que ce processus de réappropriation de l’image, des images, passe par la main, ce qui exige une certaine lenteur, ou du moins un rapport au temps très particulier. Ce problème, mécanique dirais-je, celui de la main, m’a permis de réévaluer le travail, dans une envie de revenir à une énergie visuelle plus proche de travaux de ma jeunesse, très éclatés. Je pense à la série Vains dessins (2006, ndlr), où les sources prolifèrent, très denses, dans une esthétique plus tourmentée. Je m’en suis distancié au fil du temps, écartant le rapport immédiat à l’affect. Là, j’ai eu envie de poursuivre au travers de l’iconographie utilisée ces dix dernières années, mais dans une impulsion plus vivante, plus organique. Je reviens à la saturation, au all over. Quitter l’image flottante. L’espace et l’échelle est envisagé autrement : je propose au spectateur de se confronter au monumental sans être face à une image simple et lisible d’un coup d’œil. Etre face aux collages demande de rentrer dans l’image, dans la multiplicité des images. Il n’y a pas de compréhension immédiate, l’œil se perd en processus, se confronte à une multitude de fragments. J’utilise des rythmiques, des répétitions, je compose également à l’intuition. Et l’œil du spectateur fera son chemin.

photo Isabelle Arthuis

– Le collage me semble révéler de nouvelles données : la trame et la texture. Toutes sortes de trames des images imprimées reproduites ainsi que la texture, la fibre du papier qui surgit en bordures puisque tu déchires plutôt que de découper. La trame de l’image imprimée est omniprésente. Cette réflexion m’a paru comme évidente devant le dessin de Vincent Van Gogh, ces Arbres à Montmajour. C’est un paysage campagnard provençal, près de Arles. Vincent Van Gogh dessine ces arbres en 1888, un tourbillonnement, une nature sauvage, emportée. Lorsqu’on détaille le dessin, on perçoit qu’il n’est composé que de fines hachures entre lesquelles s’engouffre le vent ; l’évidence des hachures comme une trame.

– Elles sont syncopées chez Van Gogh, il y a une folle énergie, une impressionnante rythmique. Au musée de Tournai, je suis intervenu sur deux colonnes. Sur celle qui est le plus à proximité du dessin de Van Gogh, j’ai uniquement travaillé avec des fragments de trames agrandis à l’extrême. Je ne suis pas forcément dans le même rapport au trait, mais il y a une résonance, la volonté d’accentuer ces éléments graphiques là. La déchirure m’intéresse également. Quand on évoque la pratique du collage, on évoque souvent la technicité, la minutie et la finesse du coup de ciseau. J’ai voulu rompre avec cette perspective. La déchirure convoque l’interdit, ce qu’on peut ou ce que l’on ne peut pas faire d’un livre. C’est une pratique plus instinctive qui permet des mises en tension, entre légèreté, savoir faire et destruction. Durant toutes ces années, j’ai accumulé les photocopies d’images afin d’hybrider mes compositions, d’échafauder mes dessins. Tout n’est dès lors pas du simple noir et blanc ; il y a également la richesse des niveaux de gris, les infidélités faites mécaniquement aux images d’origine. Quant à cette façon de manipuler les images au travers du collage, j’ai certainement été inspiré par les lacérations de Jacques de La Villeglé, les froissages de Jiri Kolar, les collages et assemblages de Bruce Conner, les collages muraux de l’appartement d’Islington de Kenneth Halliwell et Joe Orton réalisés à partir de livres liés à l’histoire de l’art et volé dans une bibliothèque, les collages pour les flyers de soirées et les fanzines punks qui sont des exemples d’oeuvres où la dextérité des ciseaux n’est pas toujours primordiale. Ou encore l’accumulation de photocopies mise en place depuis de nombreuses années par Joe G. Pinelli sur les murs de l’atelier des cours du soir section illustration et bande dessinée à l’Académie royale des beaux-arts de Liège. Ce sont là quelques-unes de mes influences ou sources de réflexions sur l’image.

photo Isabelle Arthuis

– Justement, à propos de l’interdit de la déchirure, je remarque que tu ne déchires que les copies, pas les imprimés originaux. Le collectionneur de livres et d’images ne serait-il qu’un iconoclaste modéré ? Le collectionneur ne prendrait-il pas le dessus sur l’artiste ?

– (Rires) Si ! Si ! Je déchire des originaux de temps en temps ! Mais bon, si on préfère voir l’iconophage dans la posture de l’iconoclaste petit bourgeois…

– Ou de l’anarchiste tempéré… Oui, en effet, dans les précédents collages muraux, on resitue parfaitement ton univers, cette accumulation d’images collectionnées, cet imaginaire ready-made d’images populaires, d’encyclopédies désuètes, de contes pour enfants ou de manuels d’apprentissage que tu cites ou hybrides et qui, arrachées de leur contexte, provoque une vision troublante de notre monde. C’est évidemment encore le cas, mais il me semble, néanmoins, que cette fois tu as travaillé par rapport à la thématique de ce Paradis Perdu.

– Julien Foucart m’a à la fois demandé d’intervenir sur la sélection des œuvres évoquant ce Paradis Perdu et proposé de montrer mon propre travail, un peu comme un contre-point plus intemporel, infiltrant une présence humaine dans cet ensemble d’œuvres anciennes évoquant principalement la nature. Mes dessins de la série Perspecta auraient pu très bien convenir. Nous sommes néanmoins tombé d’accord sur le fait que j’intervienne dans l’espace. J’ai essentiellement travaillé avec une seule source, un seul ouvrage que j’ai, jusqu’à présent, peu exploité, une ancienne encyclopédie géographique, évoquant la diversité des paysages. Je pense n’avoir utilisé cet ouvrage qu’à une seule occasion. J’en ai extrait, il y a quelques années déjà, un Montagnard du Caucase et un Crétin du Valais. Le premier grand collage évoque ces diversités paysagères et en recompose finalement un autre, hybride et imaginaire ; même les prémices de l’industrialisation y sont présentes, dans le bas de la cimaise. Tout évoque la nature, l’activité humaine dans ce champ naturel. J’ai utilisé les mêmes images sur la première des deux colonnes sur lesquelles je suis intervenu, mais en focalisant mon attention sur l’humain. Sur la colonne proche du dessin de Van Gogh, ce sont toujours les mêmes sources, mais agrandies à l’extrême pour ne devenir que lignes et points. Ce regard sur le trait me vient bien évidemment de la pratique du dessin. Durant des années, je me suis recroquevillé sur des images en observant comment elles étaient composées. En toute proximité, chaque trait, chaque point a sa présence singulière. En fait, j’ai aussi revisité cette encyclopédie géographique. Elle aborde également le classement des espèces humaines par races, sous espèces et genres, ce qui est évidemment beaucoup plus problématique. C’est d’ailleurs plutôt cet aspect fort désagréable d’un pseudo savoir scientifique d’une époque révolue qui m’avait poussé à acquérir l’ouvrage. J’ai, cette fois, compulsé l’ouvrage afin d’approcher le paysage, perspective nouvelle dans mes travaux.

– Comment es-tu intervenu personnellement dans la sélection des œuvres qui jalonnent ce Paradis Perdu ? Julien Foucart et Magali Vangilbergen ont rassemblé un formidable corpus issu des collections du musée. Quel fut ton regard à cet égard ?

– Il y avait un certain nombre d’œuvres évoquant le jardin, le paysage, le projet de cerner le concept d’un cabinet des merveilles et curiosités, ce qui finalement n’apparaît pas trop dans cet accrochage plutôt contemporain et très épuré, même si, bien sûr, surgit le merveilleux un peu partout. Tout cela a fait l’objet d’une réflexion collective dans la volonté d’aborder le paradis et ses merveilles mais également la perte de celui-ci, l’exode, la rupture, le déchirement. Je me suis personnellement intéressé à quelques dessins habités par des personnages isolés, teintés d’intériorité contemplative ou larmoyante. La notion d’exode m’est très vite apparue comme nécessaire. J’ai émis l’idée d’emprunter cette série de gravures de Frans Masereel évoquant La Route des Hommes, une vision humaniste, complémentaire à la perte du paradis, en résonance à l’actualité, sans sombrer dans un moralisme religieux.

photo Isabelle Arthuis

– Toi-même tu collectionnes images, ouvrages, dessins d’enfants, une étonnante et singulière accumulation.

– Je ne conserve pas tout, ça rentre et ça sort en permanence. Après, il y a des choses auxquelles je tiens d’avantage, la plupart du temps des images auxquelles les gens n’accordent que peu d’intérêt et qui n’ont aucune forme de valeur marchande, dont ces dessins d’enfants, ces cahiers d’écolier, beaucoup de choses qui proviennent des poubelles, le rebut du rebut, mais qui pour moi recèle une beauté plastique égale aux œuvres majeures de l’histoire de l’art.

– L’enfance est un paradis perdu, non ?

– Oui et non ! (Rires). J’ai un rapport particulier à ma propre enfance et ce n’est pas une période que je regrette.

– Ces cahiers d’écoliers, ces dessins d’enfants, et tu en a glissé dans l’exposition, c’est aussi diverses formes d’apprentissage. J’ai un jour écris que tu étais un apprenti fort peu sage en résonance à un dessin évoquant le Méçant Garçon. Sur les deux tables que tu as conçues pour l’exposition il y a de sublimes dessins d’enfants qui convoquent l’imaginaire et des visions du monde, mais aussi des pages de calligraphie et puis ces schémas titrés Comment on dessine les enfants ? Un singulier retournement de situation à côté des petites merveilles présentées.

– Il y a un rapport à l’apprentissage, mais aussi à la violence de celui-ci, les contraintes, celle sur le corps, celle de rentrer dans un moule. Mais n’entrons pas dans des considérations psychanalytiques. Certains y verront une certaine nostalgie, pourquoi pas, de la mélancolie. Oui, quant à ces directives à suivre si l’on dessine un enfant, j’ai apprécié celle qui précise que le corps d’un enfant est très malléable et se prête aisément à toutes les positions. Bref, il est souple et manipulable ; il y a différents niveaux de lecture. (Rires). En exposant ces documents, j’ai voulu apporter un contrepoint à l’idée de collection, de musée, à ce qui est important ou pas. Du coup ce grand dessin de Louis Pion, artiste du Tournaisis, proche du mécène Henri Van Cutsem, dessin qui représente un enfant dessinant et qui appartient à la collection du musée, a directement trouvé sa place. Nous l’avons accompagné d’un tirage photographique représentant la même scène puisque Louis Pion, dans sa quête du réel, travaillait d’après photo et nous invitons les enfants, petits et grands, à redessiner le dessin photographié. La boucle est bouclée.

photo Isabelle Arthuis
Collection Benjamin Monti

– Tu es intervenu sur la tranche de la cimaise où sont présentées les gravures de Frans Masereel. Sur cette tranche, j’ai vu beaucoup de mains, de visages qui, en quelque sorte, prolongent cette Route de l’Homme de Masereel. J’ai également été frappé par la proximité, – dans l’accrochage j’entends -, entre ton grand collage et une série de petites gravures d’Adriaen Collaert, des images de poissons vivants, Piscium Vivae Icones. Cette série de gravures du dix-septième siècle provient de la collection Wittert, conservée à l’Université de Liège. Je me souviens que tu as été invité en 2013 à plonger dans cette exceptionnelle collection. Est-ce donc toi qui as proposé d’exposer ces gravures de Collaert ?

– Les choses se croisent. Julien Foucart et Magali Vangilbergen étaient déjà en relation avec l’Université de Liège et le musée Wittert par rapport à l’idée d’un Cabinet de Curiosités, un thème que le musée liégeois a développé depuis 2018, et par rapport à une sélection effectuée par Emmanuelle Grosjean, plusieurs centaines d’images de végétaux, d’animaux, parmi lesquelles ces gravures précisément. Mais en effet, j’ai été invité à exposer au musée Wittert, j’y ai travaillé en plongeant dans le fonds des anonymes ou des anonymes classés par défaut, des images non identifiés ou identifiables. Les poissons d’Adriaen Collaert sont représentés de façon très singulière dans un jeu de rapport d’échelle qui, forcément, m’intéresse. Là, je suis comme un enfant qui joue indistinctement avec des jouets de différentes tailles, sans que cela ne perturbe son imaginaire.

photo Isabelle Arthuis

– Enfin, il y a cette curieuse série de cartes postales, représentant les Rochés Sculptés de Rothéneuf sur la côte d’Emeraude. Pour quelles raisons as tu voulu les montrer ?

– Parce que je collectionne les cartes postales. (Rires) Les Rochers Sculptés l’ont été par un ermite contemporain du Facteur Cheval mais ces trois cents statues extraites du granit, face à la mer, n’ont pas joui du même égard que le Palais du Facteur Cheval, classé monument historique. Le site est toujours propriété privée même s’il est encore très visité et a fort souffert de l’érosion marine. En fait, l’abbé Fouré n’était pas ermite du tout, c’est un ecclésiastique qui fut contraint d’abandonner son poste de recteur et qui s’est lancé dans ce grand œuvre complètement fou. Tout en sculptant, il accueillait les visiteurs et les journalistes. C’est un personnage qui a nourri bien des imaginaires. Toutes ses biographies sont truffées d’informations contradictoires. Même ses sculptures ont fait l’objet de bien des interprétations. On a souvent dit qu’il s’agissait de la légende d’une imaginaire famille de contrebandiers ou corsaires actifs du côté de Saint-Malo. En fait, ce gars là a largement gagné son paradis.

Collection Benjamin Monti

Entretien : Jean Michel Botquin
Liège, décembre 2020

Benjamin Monti, Paradis Perdu, Musée des Beaux Arts de Tournai (2)

Benjamin Monti, Sans titre, 2020, photocopies et collages (photos Isabelle Arthuis)
Franz Masereel

Jacqueline Mesmaeker, gerlach en Koop, Was machen Sie um zwei? Ich schlafe. GAK, Gesellschaft für Aktuelle Kunst, Bremen, les images

gerlach en koop, collectif d’artistes situé entre la Belgique et les Pays Bas a invité Jacqueline Mesmaeker à rejoindre leur exposition Was machen Sie um zwei? Ich schlafe au Gesellschaft für Actuelle Kunst, à Bremen en Allemagne. Jacqueline Mesmaeker réalise quelques Introductions roses dans l’espace d’exposition. 

Jacqueline Mesmaeker, Introductions Roses, 2020. In situ. Photos : Johannes Schwartz.

Dans la publication qui accompagne l’exposition : 

Les Portes Roses (1975) consists of thirty-two watercolours all depicting three pink rectangular shapes, each one slightly larger and paler than the one that came before. A long quote is dispersed over the thirty-two A4 sheets with one word (sometimes two) over each shape, a quote from the first chapter of Lewis Carroll’s Alice’s Adventures in Wonderland. We reproduce the quote here as it was printed in the catalogue raisonné published ten years ago by (SIC).* We were surprised to find a pink paper wristband in our copy when we removed it from the shelf. A paper wristband to an event we apparently didn’t attend, or maybe just one of us did. Which event? Neither of us can remember.

‘There were doors all round the hall, but they were all locked; and when Alice had been all the way down one side and up the other, trying every door, she walked sadly down the middle, wondering how she was ever to get out again.

Suddenly she came upon a little three-legged table, all made of solid glass; there was nothing on it except a tiny golden key, and Alice’s first thought was that it might belong to one of the doors of the hall**; but, alas! either the locks were too large, or the key was too small, but at any rate it would not open*** any of them.**** However, on the second time round, she came upon a low curtain she had not noticed before, and behind it was a little door about fifteen inches high: she tried the little golden key in the lock, and to her great delight it fitted!’*****

The disappearing doors will not be on display in this exhibition, but its counterpart will: Introductions Roses the fitting of pieces of pink fabric in certain interstices repérés, found gaps or blind spots in the artist’s home that were photographed and made into a slideshow in 1995. Mesmaeker made it into a site-specific intervention (2019) for the Brussels exhibition space La Verrière, and it will now be especially adapted for Was machen Sie um zwei? Ich schlafe. The pink fabric will direct the gaze to the details of the room, expelling the cloud-like whiteness of sleep and giving way to the brightness of the day. The return of detail. 

Yes, of course, Alice’s white rabbit has pink eyes.

* Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonder-land, in: Jacqueline Mesmaeker. OEuvres 1975–2011, ed. Olivier Mignon, Bruxelles: (SIC) – Couper ou pas couper, 2011, p. 12.** Exhibited in BOZAR in 2020, we could see that the door ‘hall’ was already completely colourless.*** You could see in the (SIC) catalogue that the ‘open’ door still contained a trace of pink.**** The thirty-two watercolours end here.***** Until It Fitted! became the title of a 2007 exhibition at Etablissement d’en face, perhaps as a way to make up for the remaining part of the quote. Les Portes Roses was documented during this exhibition. If the bleaching process continues at the same pace, we will see the ‘little golden key’ disappear in thirteen years time, the ‘solid glass table’ in twenty-six years …

gerlach en koop , Was machen Sie um zwei? Ich schlafe.  19.09.–28.02.2021 – GAK, Gesellschaft für Aktuelle Kunst, Teerhof 21, D 28199 Bremen

 

 

Benjamin Monti, Paradis Perdu, Musée des Beaux Arts de Tournai (1)

Vincent van Gogh, Arbres à Montmajour, dessin, 1888. Collection Musée des Beaux-Arts de Tournai, Legs Van Cutsem 1904

 « Paradis perdu », Regard sur les collections du musée à partir d’Arbres à Montmajour, un dessin de Vincent van Gogh.

« Juillet 1888. Van Gogh découvre dans le Midi ce paradis de lumière qu’il a tant fantasmé. C’est dans la campagne de la ville provençale d’Arles, parmi les arbres eux-mêmes, que l’artiste, alors en pleine maitrise de son art, déploie sur la surface du papier un réseau infini de petites hachures rythmant la composition et restituant sa vision personnelle d’une nature sauvage emportée par le vent. Ce tourbillonnement général est aussi l’expression des tourments et du drame intérieur du peintre qui ne cessera à travers son art de rechercher un équilibre fondamental et originel : ce paradis perdu. » À partir de ce dessin d’une exceptionnelle spontanéité, considérée par les spécialistes comme l’un des sommets de l’œuvre dessinée de van Gogh, l’exposition aborde l’expérience sensitive et sensuelle du monde que les artistes, à travers leurs œuvres, partagent avec le regarder. Paradis, cabinet des merveilles, jardin d’Eden ou des délices, … De paysages furtifs ou impressionnistes à la vision sociale du monde agricole en passant par la botanique, elle propose un aperçu original de la nature comme espace vital de l’être humain. Mêlant les genres et les époques, elle est une occasion nouvelle de redécouvrir des aspects méconnus de la collection du musée de Tournai.

Iconophage et collecteur d’images, recycleur d’un corpus iconographique qu’il hybride, Benjamin Monti est né en 1983 à Liège. Son travail graphique atypique se situe entre la bande dessinée et l’art contemporain. Invité à dialoguer avec les œuvres de l’exposition, Benjamin Monti présente un regard volontiers subversif et iconoclaste à partir de sa collection de dessins d’enfants mais aussi de reproductions d’images populaires, d’œuvres d’art ou de planches tirées d’encyclopédies et de manuels. Intégrés à l’espace du musée, ses vastes collages font référence à une série de figures issues de l’imaginaire collectif qui, arrachées de leur contexte, provoque une vision troublante voire cauchemardesque de notre monde.

Tigresse, d’après Pierre Paul Rubens, XVIIe siècle.
Benjamin Monti, Sans titre 2020, photocopies et collage. (photos Isabelle Arthuis)
Adriaen Collaert, Piscium Vivae Icones, gravures, Collection Wittert, Université de Liège (photos Isabelle Arthuis)

Jacqueline Mesmaeker, De Page en Page, Musée Raveel, Machelen aan de Lei, ouverture ce dimanche 13 décembre

Jacqueline Mesmaeker, La Pelouse, videostill, 1998-2011

Jacqueline Mesmaeker est l’invitée du Musée Raveel à Machelen aan-de-Lei. De Page en Page, exposition monographique, est accessible du 13 décembre au 7 mars 2021. Visite uniquement sur réservation. Das le respect des actuelles normes sanitaires, port du masque obligatoire. 

Le communiqué de presse du musée  :

Op zondag 13 december heropent het Roger Raveel Museum met De page en page, de derde tentoonstelling binnen de spraakmakende trilogie van de Brusselse kunstenaar Jacqueline Mesmaeker (1929) in dit jaar 2020. Over een tijdspanne van 50 jaar realiseerde Mesmaeker een ongezien oeuvre dat zich inschrijft binnen de recente Belgische kunstgeschiedenis als revelerend. Na de tentoonstellingen in CC Strombeek (organisatie Museumcultuur Strombeek/Gent) en in BOZAR in Brussel wordt het derde luik nu georganiseerd in een museum met als focus het oeuvre van Roger Raveel (1921-2013) die beschouwd kan worden als een generatiegenoot van Jacqueline Mesmaeker. Het museum nodigde curatoren Luk Lambrecht en Lieze Eneman uit om dit drieluik in Machelen-aan-de-Leie te verwezenlijken.

De titel van de tentoonstelling – De page en page, – refereert aan een monumentaal werk dat hier opnieuw te zien zal zijn in een andere dan de oorspronkelijke vorm, en verwijst tegelijk naar Mesmaekers artistieke credo om dag na dag, werk na werk op te vatten als een circulair levenswerk.

De page en page, is een tentoonstelling die zich impliciet nestelt in affiniteiten met noties zoals huiselijkheid, familie, landschap en het verlangen te reizen in het eigen interieur. In deze tentoonstelling ligt het accent op zeer recent en nooit eerder gepresenteerd werk: tekeningen, aquarellen, fotografisch werk en documentatie van niet-gerealiseerde videoprojecten.

Zoals in CC Strombeek en BOZAR maar met een nieuwe selectie werken wordt deze tentoonstelling opnieuw een zoete dwaaltocht doorheen tal van broze ensembles – (ver)beeldende poëzie waarvoor elk verklarend woord terugschrikt. Poëzie begint daar waar het woord het opgeeft en alle ‘macht’ aan het beeld toekomt. Met een twintigtal werken wordt de nieuwbouw van het Roger Raveel Museum gevuld met kunst waarin het experiment van het creëren zich uitdrukt in een vrijheid die een krachtige weerspiegeling is van de vrijheid van het denken en kijken van ons allen.

De verbinding tussen de selectie werken van Jacqueline Mesmaeker en de reeks tekeningen van Roger Raveel luidt het nakende jaar 2021 in, het jaar waarin de 100ste verjaardag wordt gevierd van de Machelse meester. In de mezzanine van het Roger Raveel Museum is een reeks tekeningen te zien van Roger Raveel, geselecteerd door Jacqueline Mesmaeker – een ‘geste’ die kan worden beschouwd als een museaal koppelteken van een kunstenaar die met Roger Raveel het maken van kunst in een ‘lokale’ context deelt.

In de loop van februari 2021 wordt een nieuwe publicatie voorgesteld met tal van diepgaande teksten en een ruim fotorelaas van de drie tentoonstellingen die in 2020 werden gerealiseerd in een nauw overleg met Jacqueline Mesmaeker en Marie Sardin door curatoren Lieze Eneman en Luk Lambrecht.

Et sa traduction en français : 

Le Musée Raveel rouvre ses portes ce dimanche 13 décembre et inaugure De Page en Page, troisième exposition d’une exceptionnelle trilogie consacrée à l’artiste bruxelloise Jacqueline Mesmaeker (1929), trilogie qui jalonna cette année 2020. Depuis près de 50 ans, Jacqueline Mesmaeker crée une œuvre inédite, véritable révélation dans l’histoire récente de l’art belge. Après les expositions au CC Strombeek (organisation Museumcultuur Strombeek/Gand) et à BOZAR à Bruxelles, ce troisième volet est présenté dans un musée dédié à l’œuvre de Roger Raveel (1921-2013), qui peut être considéré comme un contemporain de Jacqueline Mesmaeker. Le musée a invité les commissaires Luk Lambrecht et Lieze Eneman à finaliser ce triptyque à Machelen-aan-de-Leie.

Le titre de l’exposition – De page en page, – fait référence à une œuvre fondatrice de l’artiste et renvoie en même temps à son crédo artistique, pur continuum cyclique d’une création menée jour après jour.

De Page en Page est une exposition qui implicitement se niche dans des affinités avec des notions telles que la domesticité, la famille, le paysage et le désir de voyager dans son propre intérieur. Cette exposition se concentre sur des travaux très récents ou rarement présentés auparavant : dessins, aquarelles, travaux photographiques et documentation de projets vidéo non réalisés.

Tout comme au Centre culturel de Strombeek et à BOZAR – mais avec une nouvelle sélection d’œuvres – cette exposition est une invitation à un voyage sensible au fil de nombreux ensembles fragiles, une poésie visuelle qu’aucune tentative interprétative ne peut réduire. La poésie commence là où le verbe disparaît, là où tout pouvoir appartient à l’image. Au fil de la vingtaine d’œuvres qu’accueille le nouveau bâtiment du musée Raveel s’exprime l’expérience de la création, puissant reflet de la liberté de pensée et de l’introspection.

Le lien établi entre la sélection d’œuvres de Jacqueline Mesmaeker et une série de dessins de Roger Raveel annonce l’approche de l’année 2021, année où sera célébré le 100e anniversaire du maître de Machelen. Le musée expose conjointement sur sa mezzanine, une sélection de dessins de Roger Raveel, sélectionnés par Jacqueline Mesmaeker, une sorte de trait d’union entre deux artistes qui aiment à partager leur pratique artistique en toute intimité avec le spectateur. 

Une nouvelle publication sera présentée dans le courant du mois de février 2021, un large aperçu photographique de cette exposition en triptyque, accompagné de nombreux textes de fond, monographie conçue par Lieze Eneman et Luk Lambrecht en étroite collaboration avec Jacqueline Mesmaeker.

 

 

 

 

Emilio Lopez-Menchero, maître de cérémonie, le Dimanche rien que de la peinture, open brunch online, ce dimanche

A l’occasion du Cycle KelderKamerMuziek au CC Strombeek et de l’exposition Joëlle Tuerlinckx, masterclassx Erg Brussels, ce dimanche à 13h, online sur 

https://meet.google.com/unsupported?meetingCode=dbb-gioe-tuw&ref=https://meet.google.com/_meet/dbb-gioe-tuw?authuser%3D0

 

Jacques Charlier, The spirit of the clown, De Rossaert, Antwerpen

Jacques Charlier participe à l’exposition The Spirit of the Clown, galerie Ronny Van de Velde, Antwerpen, De Rossaert. Jusqu’au 31.01

Jacques Charlier
L’insomnie, 1974-77. Photos Sketch,
6 photographies couleurs rehaussées à l’encre, (6) x 30 x 40 cm

Marie Zolamian, Bienvenue, revue de presse

Lu dans Septentrion ce texte de Marie Zolamian invitée à exprimer son rapport aux maîtres anciens. Elle s’explique sur la future mosaïque du musée des Beaux Arts d’Anvers.

Maen Florin, Playing at being human, Mechelen, prolongation

L’exposition Playing at being human qui se tient dans trois lieux différents à Malines – Mechelen, De Garage, Museum Hof van Busleyden et Sint Janskerk est prolongée jusqu’au 14 février 2021. Elle est également accompagnée d’une publication. 

Lu dans la catalogue, ce texte de Koen Leeman, commissaire de l’exposition :

Playing at being Human

The display of Maen Florin’s sculptures in Mechelen covers all the facets of her work in a comprehensive exhibition in three sites, each with its own character. While it doesn’t pretend to be a retrospective, it offers a balanced and sophisticated dia- log that highlights the exceptional consistency of her work.

In De Garage, where the artist shows work that is entirely new, she goes a step further than she has done hitherto. With the addition of colours, walls and specially designed plinths Maen Florin takes responsibility for the architecture of the exhibition. Each of the sculptures has a distinct place and takes up a position vis-a-vis the other works in the space. This means that she allows the evocative power of the surroundings to play a role in the viewer’s experience of her sculptures. As in the Museum Hof van Busleyden and the Sint-Janskerk, the viewing of the art works is intensified by their deliberately chosen sites and the specific, unifying context. Viewing these works thus becomes something deeper and more focused.

The artist’s departure point in designing her sculptures is always her intuition, her inner experiences and feelings, while at the same time, her work is full of references to art history and the tradition of sculpture. Her works combine elements of a number of different narratives and a variety of cultures; in this way she searches for a universal language. By fusing identities, she creates archetypes in which she achieves a sort of essen- tiality that make her sculptures immediately recognizable.

Maen Florin seduces her viewers while at the same time offering them a mirror. In her search for a means of translating powerful emotions, she unites polar opposites such as power and impotence, love and suffering, strength and frailty in a single image. Her figures attempt to make contact with the world while remaining enclosed in their own bubbles, iso- lated from the others. The impossibility – or otherwise – of communication runs like a thread through Maen Florin’s entire oeuvre. We are constantly communicating with each other and yet there is so much interference, misunderstanding and incomprehension. How we interact with the others, coming from a wide range of backgrounds and with different expectations, seems more important than ever in a time when people are increasingly introverted.

Maen Florin’s sculptures appeal to the viewer to reflect on the place of the individual in a changing society. The series of heads for instance with the title Blue and Blind resonate with the sense of loneliness and alienation that is increasingly the hallmark of our society. By mixing the moulds of different heads, she gives the new heads a distorted and aggrieved look. Melancholy and sorrow lie concealed behind their closed eyes (Blue). Can or will they not see (Blind)? Big Boy, a series of larger heads, is symptomatic of the fixation of our achieve- ment-oriented society on being better, harder, faster, stronger. Be a big boy. Don’t be a weakling, stay strong and keep going on. Anyone who can’t maintain the pace, is finished. It sums up the spirit of our age perfectly.

Despite the highly-charged, serious character of her work, there is also room in it for more playful elements. For instance, in her most recent group of sculptures, The Performer, we come across indirect allusions to the Les Enfants du Paradis, the 1945 film by Marcel Carné. Maen Florin saw this French classic years ago and the marvellous world it evokes has always stayed with her. The film is about love and melancholy, pickpockets and broken hearts in the wings and dressing rooms of a people’s theatre in the mid-nineteenth century. Besides the hard outside world of reality is the parallel one
of the theatre that is filled with shadowy lives, dreams and the sweet illusion of the imagination.

“What is the world if not a great stage, in which everyone performs in the mask of another and acts out his adopted role, until the great director removes him from the stage.” This well-known quotation from Erasmus’s Praise of Folly also inspired Maen Florin in making her sculptures. With her standing sculptures, the artist presents herself as the director who plays on the feelings of her public by way of imaginary, dreamlike characters.

At first glance, these figures remind one of characters from the Commedia dell’Arte repertoire. Their appearance is in all respects more outspoken and colourful than the discreet, understated images that have been such a feature of the artist’s work in the recent past. Like her heads, the sculptures are mainly composed of glazed ceramics. Maen Florin’s use of enamel painting gives these sculptures a highly unusual expres- sivity. They look as though they have a second skin or a tattoo.

By delicate additions of some textiles, a tuft of hair or a twig – as in a collage – the artist picks up the thread of her earlier work once again. These subtle combinations mean that the figures are more than just performers. They become magicians or shamans. They are wizards. They act out their own humanity.Playing at being Human.

Concentrated and introverted, with their arms folded, they search from their own personal positions for a connection with each other. Separate and together, they also seem to provoke the viewer to seek reflection and solidarity. In this way, Florin brings us a positive view of reality without ever being teacherly or moralizing, thus offering us brief consolation for our common human drama that is the same in every age. Maen Florin’s sculptures touch on the core of what good art is capable of: they stir up sensory and fundamental emotions, challenging us to look at ourselves and at the world we are a part of. In doing so, they give meaning to how we shape our lives and times.

Koen Leemans