Archives de catégorie : Sophie Langohr

J. Charlier, J. Lizène, S. Langohr, B. Monti, M. Zolamian, La Leçon d’Anatomie, La Boverie, Liège

Numa Boucoiran

Numa Boucoiran, La leçon d’Anatomie à usage des artistes, 1873, Université de Montpellier

Jacques Charlier, Jacques Lizène, Sophie Langohr, Benjamin Monti et Marie Zolamian participent à l’exposition La Leçon d’Anatomie (commissaire Marie-Hélène Joiret), à la Boverie, à l’occasion du 30e anniversaire du C.H.U. de Liège. L’exposition « La Leçon d’Anatomie. 500 ans d’histoire de la médecine » présente à La Boverie du 21 juin au 17 septembre 2017 un ensemble unique de plus de 120 œuvres où Art ancien et Art contemporain, mêlés, montrent bien la variété de nos attitudes devant les fragilités de notre condition.

La Boverie
Du 21.06 au 17.09.2017

Félicien Rops

ROPS Félicien, Le Massage, Sans date, Héliogravure sur papier Japon, sans justification de tirage, 26×19,7 cm, Province de Hainaut Coll. BPS22,Charleroi.

L’hôpital du C.H.U est le fruit d’une longue gestation qui a débuté dans les années 60. Sa conception, confiée à l’architecte liégeois Charles Vandenhove, prévoit dès le départ, l’intégration d’œuvres d’art. Construit au Sart Tilman lors de la décennie suivante au cœur des 172 hectares acquis par le Recteur de l’époque, Marcel Dubuisson, il a officiellement été inauguré le 13 décembre 1985. Deux ans plus tard, l’entité hospitalière a acquis son autonomie juridique en obtenant un statut distinct de celui de l’Université. Cette indépendance juridique a débouché sur la création d’un conseil d’administration avec un pouvoir décisionnel propre. La date qui a marqué les mémoires et qui fait sens est donc celle du 1er avril 1987. Pour célébrer ses trente années d’existence, le C.H.U de Liège s’invite dans le grand espace central du nouveau musée liégeois pour une exposition qui s’articule autour de quatre grands axes : un cabinet de curiosité qui laisse place à la réflexion sur la place de la médecine dans l’art et de l’art au service de la médecine ; une mise en regard entre des œuvres anciennes et œuvres d’art contemporain portées par une thématique commune, la médecine ; une confrontation entre œuvres d’art abstrait et des photographies prises au microscope ; une mise en avant des artistes présents au C.H.U.
Pratiquer la médecine et y recourir, c’est aussi, au-delà des techniques mises en œuvre, affronter les interrogations les plus fondamentales qui se posent depuis toujours aux humains, car la maladie, la souffrance et la mort, inhérentes à leur condition, leur posent les problèmes philosophiques et religieux essentiels, placent médecins et patients devant des problèmes éthiques souvent graves et suscitent en eux des désirs contradictoires. Les artistes ont de tout temps illustré ce questionnement éternel. Ils le font avec une riche diversité, passant du drame à l’ironie, de la pédagogie à l’anecdote, de l’horreur à la beauté. C’est dans ce sens que le C.H.U a conçu son exposition en collaboration avec des institutions de renoms comme l’Hôpital Notre-Dame à la Rose de Lessines ou encore le Centre wallon d’art contemporain « La Châtaigneraie », dont la directrice, Marie Hélène Joiret, assure le commissariat de l’exposition.

Jacques Charlier

Jacques charlier, Peinture cérébrale, 1989, collection BPS22, Charleroi

Résonances, les images (3)

Résonances

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint Pierre, plâtre polychrome, XXe siècle, Liège, Grand Curtius
de la série Open Geometric Structures, photographie noir et blanc, 66 x 100 cm, 2016.
Photo Charlotte Lagro

Jacques Lizène

Photo Charlotte Lagro

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Art syncrétique, 1964. Sculpture génétique 1971.En remake 2011. Technique mixte, 65 x 30 x 30 cm. Sur colonne : 158 cm
Photo Charlotte Lagro

Emilio Lopez Menchero

Emilio López-Menchero
Sacs (de la série Indonésie !), 2008
Encre de chine sur papier, 195 x 157,5 cm
Photo Charlotte Lagro

Emilio Lopez Menchero

Emilio López-Menchero
Molenbeek, (de la série Indonésie !), 2008
Encre de chine sur papier, 195 x 157,5 cm
Photo Charlotte Lagro

Charlotte Lagro

Charlotte Lagro,
And it was quiet (…),
plywood with oak veneer and mahogany stain, 2015

Résonances, Sophie Langohr, Open geometric structures

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint Pierre, plâtre polychrome, XXe siècle, Liège, Grand Curtius
de la série Open Geometric Structures, photographie noir et blanc,
66 x 100 cm, 2016.

(…) La volonté de proposer un point de vue traverse en fait la plupart des oeuvres de Sophie Langohr. On la retrouve dans la série des Open Geometric Stuctures où elle montre, selon une vision frontale, la base – usuellement invisible – de statues à l’effigie du Christ ou de saints catholiques pour l’occasion couchées au sol. Avec ces pièces qui ne sont pas sans rappeler les Primary Structures du Minimal Art, l’artiste propose de renverser le pouvoir de séduction de l’iconographie religieuse : les images devenues abstraites rayonnent non pas depuis ce qui a été façonné pour émerveiller mais depuis ce qui existe dans une réalité cachée. Ce travail s’accompagne par ailleurs d’une suite de sculptures réalisées par moulage des creux intérieurs qui apparaissent dans les photographies. En ressortent des noyaux qui épousent des contours indéfinissables, à la limite de la non-figuration. Pour Sophie Langohr, l’opération « revient à faire ‘accoucher’ d’anciennes statues religieuses, des figures aussi bien féminines que masculines, de nouvelles formes primitives et organiques, à l’état embryonnaire. » Curieux croisement avec la pensée de Cynthia Fleury qui reconnaît que la Foi puisse être autre chose qu’une identification à une tutelle dogmatique ; elle équivaudrait « plutôt à l’ ‘Ouvert’ du poète Rilke, un sentiment mystérieux face au Réel, à l’accueil et à l’exploration de perspectives inconnues. » (…) Pierre Henrion

Résonances, un mot d’introduction

Jacques charlier

Jacques Charlier
Peinture mystique I, 1988
Technique mixte, acrylique sur toile, objets trouvés, 200 x 350 cm

La résonance est un phénomène selon lequel certains systèmes physiques, électriques ou mécaniques, par exemple, sont sensibles à certaines fréquences. Un système résonant peut accumuler une énergie, si celle-ci est appliquée sous forme périodique, et proche d’une fréquence dite « fréquence de résonance ». Par extension de langage, elle est aussi faculté de résonner, propriété d’accroître la durée ou l’intensité d’un son, effet produit, écho rencontré, mode de retentissement d’un événement vécu ; elle est enfin ce qui fait vibrer le cœur et l’esprit. Toutes les œuvres rassemblées dans cette exposition ont cette capacité de résonance, en ce qu’elles sont échos et vibrations des états du monde : excès en tous genres, nationalismes exacerbés et place du religieux, combat féministes renouvelés, exode et immigration, multiculturalisme et chocs ou rencontres des cultures, compétition ou questions environnementales. Elles sont également résonances à d’autres créations d’un passé plus ou moins éloigné, résonances au cinéma ou à la littérature, à l’histoire de l’art et de la peinture, à celle des arts premiers. Le terme de résonances, au pluriel même, est sans doute le plus à même de rendre compte de ce phénomène de mise en mouvement de l’esprit au contact de l’autre, une mise en mouvement qui oblige au dépassement de ses limites et à l’inventivité d’un autre monde.

Avec des œuvres de : James Lee Byars, Jacques Charlier, Lili Dujourie, Charlotte Lagro, Sophie Langohr, Jacques Lizène, Emilio Lopez-Menchero, Jacqueline Mesmaeker, Guy Mees, Benjamin Monti, John Murphy, Pol Pierart, Maurice Pirenne, Valérie Sonnier, Raphaël Van Lerberghe, Marie Zolamian.

Vernissage ce samedi 18 mars à 19h
Exposition du 19 mars au 15 avril 2017.

Sophie Langohr, Something Precious, CHU Liège, une visite commentée ce jeudi 23.06

Sophie Langohr

Sophie Langohr, Something Precious, CHU Liège, les images (3)

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Scanographies tomodensimétriques
Sainte Bernadette (plâtre polychrome, fin du XIXe siècle, Liège, Grand Curtius)
Saint Joseph (plâtre polychrome, XXe siècle)
Sacré-Cœur du Christ (Arthur Craco, grès cérame, XXe siècle, Andenne, Musée de la Céramique) vidéo, 4 min, boucle
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en plâtre d’après le moulage intérieur de Petit Jésus de Prague (plâtre polychrome et textiles, XXe siècle, Liège, Grand Curtius) 67 x 30 x 17 cm. Socle : 90 x 45 x 55 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Chanel Haute Joaillerie de la série Something Precious photographie noir et blanc, 43 x 32 cm
2015

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Chanel Haute Joaillerie de la série Something Precious photographie noir et blanc, 43 x 32 cm
2015

(…) Dans le fil droit de ses projets antérieurs, l’exposition Something Precious pose la question de la valeur accordée à la nature et à l’humain dans une société fascinée par le luxe et la rareté. L’artiste présente des œuvres qui, toutes, basculent d’un univers fabriqué et féérique vers une réalité plus tangible. On le voit d’abord dans une série de photographies en noir et blanc travaillées à partir de publicités pour de la haute joaillerie : seules des formes mystérieuses et irrégulières subsistent. Ordinairement, la retouche numérique vise à parfaire l’existant, à masquer ses défauts jusqu’à atteindre une beauté souvent irréelle ; elle est ici utilisée à contre-emploi pour dissoudre la composition des bijoux raffinés que ces images exhibent, pour en supprimer la brillance et la netteté. L’opération leur confère un aspect brut et organique ; elle renvoie ces objets à leur minéralité originelle tout en préservant leur charge énigmatique. En d’autres termes, si Sophie Langohr s’empare de l’univers du luxe,

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en plâtre d’après le moulage intérieur de Vierge à l’Enfant (plâtre polychrome, fin du XIXe siècle, Liège, Grand Curtius) 85 x 24 x 17 cm. Socle 95 x 45 X 45
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en chêne d’après un moulage intérieur de Piéta (bois sculpté polychrome, fin du XVIe siècle, Liège, Grand Curtius) 46 x 20 x 24 cm. Socle : 70 x 40 x 50 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en chêne d’après le moulage intérieur de Vierge assise avec l’Enfant (chêne sculpté polychrome, milieu du XIVe siècle, Liège, Grand Curtius), 58 x 33 x 25 cm. Socle : 90 x 40 x 50 cm.
2016

Sophie Langohr, Something Precious, CHU Liège, les images (2)

(…) Les formes de ces pièces répondent par ailleurs à celles qui s’épanouissent dans des tableaux photographiques montrant, selon un point de vue frontal, la base de sculptures religieuses, qui n’est d’ordinaire jamais visible. Ce dévoilement d’une matière insoupçonnée rappelle, une fois encore, la nature dans ce qu’elle présente de plus originel, unique et inachevé. Avec ces œuvres, Sophie Langohr renverse le pouvoir de séduction de la riche et sensuelle iconographie chrétienne, puisque ces images abstraites rayonnent, non pas depuis ce qui est façonné pour nous émerveiller, mais depuis ce qui existe à l’état brut.(…) (Julie Bawin).

Dans le dédale des couloirs de l’hôpital, une dizaine de ces photographies noir et blanc de Sophie Langohr dialoguent avec des lambris géométriques conçus par Sol Lewitt, dessinés pour ces lieux à la demande de l’architecte Charles Vandenhove.

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint Pierre, plâtre polychrome, XXe siècle, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Petit Jésus de Prague, plâtre polychrome et textiles, XXe siècle, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Vierge à l’Enfant, plâtre polychrome, fin XIXe, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Immaculée Conception, bois sculpté peint, XIXe siècle, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Vierge, plâtre polychrome, fin XIXe, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
L’Éducation de la Vierge, plâtre polychrome, début XXe siècle, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint Joseph, plâtre polychrome, XXe siècle, Liège, Grand Curtius
Photographie noir et blanc, 66 x 100 cm
2016

Sophie Langohr, Something Precious, CHU Liège, les images (1)

Sophie Langohr

(…) Ce principe de détournement se retrouve au cœur de deux autres séries. La première consiste en une installation de sculptures obtenues par moulage du creux intérieur de statues religieuses à l’effigie de la Vierge, du Christ, de saints protecteurs (Roch, Joseph, Bernadette) ou martyrs (Pierre). Les tirages reproduisent ainsi dans la même technique que leur « modèle » (bois, plâtre ou céramique) le vide que les sculpteurs ont aménagé au sein des pièces pour les alléger ou par souci d’économie. Sophie Langohr en arrive à donner de la valeur à la matière inexistante et épargnée ; elle en fait des œuvres qu’elle présente sur un socle pour renchérir sur leur caractère « précieux ». A l’instar des bijoux détournés en agrégats minéraux et organiques, ces sculptures constituent des noyaux épousant des contours indéfinissables, singuliers, à la marge de l’abstraction.(…) (Julie Bawin)

Pour l’artiste, cette intervention « consiste à faire littéralement accoucher d’anciennes statues religieuses – des figures aussi bien féminines que masculines – de nouvelles formes dé-genrées, dans un état embryonnaire ».

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en plâtre d’après le moulage intérieur de Vierge (plâtre polychrome, fin du XIXe siècle, Liège, Grand Curtius) 110 x 28 x 20 cm. Socle : 124 x 40 x 50 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en grès émaillé d’après le moulage intérieur de Sacré-Cœur du Christ (Arthur Craco, grès cérame, XXe siècle, Andenne, Musée de la Céramique), 45 x 12 x 12 cm. Socle : 70 x 30 x 30 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Chanel Haute Joaillerie de la série Something Precious photographie noir et blanc, 43 x 32 cm
2015

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Chanel Haute Joaillerie de la série Something Precious photographie noir et blanc
43 x 32 cm
2015

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en plâtre d’après le moulage intérieur de Sainte Bernadette (plâtre polychrome, fin du XIXe siècle, Liège, Grand Curtius) 70 x 20 x 17 cm. Socle : 80 x 35 x 40 cm
2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sculpture en porcelaine émaillée d’après le moulage intérieur de Saint Roch (porcelaine, XXe siècle, Andenne, Musée de la Céramique) 12 x 5 x 5 cm. Socle : 19 x 10 x 10 cm
2016

Sophie Langohr, Something precious, CHU Liège, une introduction

Sophie Langohr

A l’invitation de Julie Bawin, Sophie Langohr a produit le projet Something Precious dans le cadre du cycle “Artistes à l’hôpital”. Né 2012 d’une collaboration étroite entre le Musée en Plein Air du Sart- Tilman et le Centre hospitalier universitaire de Liège, ce cycle a pour objectif de proposer, par le biais d’interventions dans l’espace même de l’hôpital, une expérience nouvelle à la fois pour les patients et l’équipe médicale, mais aussi pour les nombreux visiteurs et le personnel administratif. Il s’intègre également à la philosophie de l’architecte Charles Vandenhove qui avait, dès l’origine, invité des artistes (parmi lesquels Sol LeWitt, Niele Toroni, Claude Viallat, Daniel Buren) à intervenir dans l’espace public de l’hôpital.

Lorsque Sophie Langohr confronte la représentation d’une Vierge saint- sulpicienne à un portrait retravaillé de Marion Cotillard pour une publicité Dior (New Faces), ce n’est pas seulement pour instaurer le trouble de la ressemblance. Sa démarche est plus critique qu’elle n’y paraît d’emblée ; basée tantôt sur l’appropriation de photographies existantes (New Faces, Glorious Bodies), tantôt sur la réactualisation d’une tradition picturale ou technique (Les Camées, Drapery), elle décrit la relation passionnelle que nous entretenons avec les images, surtout lorsqu’elles renvoient à une notion aussi impalpable que la beauté. En déjouant les codes publicitaires, Sophie Langohr entend bien sûr dénoncer le prosélytisme consumériste, mais là où d’autres développeraient une entreprise de désacralisation, elle se sert du potentiel esthétique et du pouvoir de séduction des images pour détourner leur portée.

Dans le fil droit de ses projets antérieurs, l’exposition Something Precious pose la question de la valeur accordée à la nature et à l’humain dans une société fascinée par le luxe et la rareté. L’artiste présente des œuvres qui, toutes, basculent d’un univers fabriqué et féérique vers une réalité plus tangible. On le voit d’abord dans une série de photographies en noir et blanc travaillées à partir de publicités pour de la haute joaillerie : seules des formes mystérieuses et irrégulières subsistent. Ordinairement, la retouche numérique vise à parfaire l’existant, à masquer ses défauts jusqu’à atteindre une beauté souvent irréelle ; elle est ici utilisée à contre-emploi pour dissoudre la composition des bijoux raffinés que ces images exhibent, pour en supprimer la brillance et la netteté. L’opération leur confère un aspect brut et organique ; elle renvoie ces objets à leur minéralité originelle tout en préservant leur charge énigmatique. En d’autres termes, si Sophie Langohr s’empare de l’univers du luxe, ce n’est pas pour y porter un regard cynique ou moralisateur, mais bien pour déplacer les valeurs qui y sont véhiculées (le mystère, l’exclusivité, la séduction) vers d’autres réalités en prise avec l’humain et avec la nature.

Ce principe de détournement se retrouve au cœur de deux autres séries. La première consiste en une installation de sculptures obtenues par moulage du creux intérieur de statues religieuses à l’effigie de la Vierge, du Christ, de saints protecteurs (Roch, Joseph, Bernadette) ou martyrs (Pierre). Les tirages reproduisent ainsi dans la même technique que leur « modèle » (bois, plâtre ou céramique) le vide que les sculpteurs ont aménagé au sein des pièces pour les alléger ou par souci d’économie. Sophie Langohr en arrive à donner de la valeur à la matière inexistante et épargnée ; elle en fait des œuvres qu’elle présente sur un socle pour renchérir sur leur caractère « précieux ». A l’instar des bijoux détournés en agrégats minéraux et organiques, ces sculptures constituent des noyaux épousant des contours indéfinissables, singuliers, à la marge de l’abstraction.

Pour l’artiste, cette intervention « consiste à faire littéralement accoucher d’anciennes statues religieuses – des figures aussi bien féminines que masculines – de nouvelles formes dé-genrées, dans un état embryonnaire ».

Les formes de ces pièces répondent par ailleurs à celles qui s’épanouissent dans des tableaux photographiques montrant, selon un point de vue frontal, la base de sculptures religieuses, qui n’est d’ordinaire jamais visible. Ce dévoilement d’une matière insoupçonnée rappelle, une fois encore, la nature dans ce qu’elle présente de plus originel, unique et inachevé. Avec ces œuvres, Sophie Langohr renverse le pouvoir de séduction de la riche et sensuelle iconographie chrétienne, puisque ces images abstraites rayonnent, non pas depuis ce qui est façonné pour nous émerveiller, mais depuis ce qui existe à l’état brut.

Something precious a été pensée et conçue dans le cadre du cycle d’expositions Artistes à l’hôpital, où l’expérience de l’art se mêle à celle des soins et de la guérison. L’éthique du Care que Sophie Langohr a appréhendée au travers de ses activités dans le domaine de la réhabilitation psychosociale constitue d’ailleurs le point de départ de sa réflexion. Apparu dans le sillage de recherches féministes anglo-saxonnes, cet ordre de pensée subversif dans la sphère des sciences humaines désigne une disposition à la sollicitude et à l’attention qu’il convient non seulement de ne plus rattacher au seul genre féminin, mais qu’il faut également revaloriser « dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer un monde qui comprend nos corps, nos personnes et notre environnement ». C’est donc sur la richesse d’un « monde trouvé » que se fonde ici le renouvellement des formes qu’il nous est donné de voir.

Julie Bawin, commisaire de l’exposition avec Sophie Langohr

Sophie Langohr, Something Precious, C.H.U. Liège, vernissage le 29.04

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint-Pierre, plâtre polychrome, XXe siècle, statue conservée au Grand Curtius de Liège photographie noir et blanc
photographie NB, 66 x 100 cm, 2016

Dans le cadre du Cycle « Artiste à l’Hôpital » organisé par le Musée en plein air du domaine universitaire du Sart Tilman, Julie Bawin, commissaire de l’exposition a invité Sophie Langohr pour « Something precious ». Commissariat: Julie Bawin

A l’invitation de Julie Bawin, Sophie Langohr a produit le projet Something Precious dans le cadre du cycle “Artistes à l’hôpital”. Né 2012 d’une collaboration étroite entre le Musée en Plein Air du Sart- Tilman et le Centre hospitalier universitaire de Liège, ce cycle a pour objectif de proposer, par le biais d’interventions dans l’espace même de l’hôpital, une expérience nouvelle à la fois pour les patients et l’équipe médicale, mais aussi pour les nombreux visiteurs et le personnel administratif. Il s’intègre également à la philosophie de l’architecte Charles Vandenhove qui avait, dès l’origine, invité des artistes (parmi lesquels Sol LeWitt, Niele Toroni, Claude Viallat, Daniel Buren) à intervenir dans l’espace public de l’hôpital.

L’exposition, organisée au CHU de Liège, se déploie dans la Grande Verrière de l’hôpital (bât. B35) ainsi que dans la salle d’exposition du Musée en Plein Air (Verrière Sud, niveau – 3).
Celle-ci est accessible du mardi au vendredi de 12h à 16h, le samedi de 10h à 13h et sur rendez-vous.

Vernissage le vendredi 29 avril 2016 à 18h 30
Exposition du 30 avril au 2 juillet 2016

Adresse du jour :
CHU de Liège – Verrière Sud (niveau -3)
Domaine universitaire du Sart Tilman
1, Avenue de l’hôpital – 4000 Liège
Contact :
musee.pleinair@ulg.ac.be / +32 (0)4 366 22 20

L’exposition est accompagnée d’une publication, Hors série de Museum, le périodique des Musées de Liège. Texte de Julie Bawin et Sophie Langohr.