Sophie Langohr, Something precious, CHU Liège, une introduction

Sophie Langohr

A l’invitation de Julie Bawin, Sophie Langohr a produit le projet Something Precious dans le cadre du cycle “Artistes à l’hôpital”. Né 2012 d’une collaboration étroite entre le Musée en Plein Air du Sart- Tilman et le Centre hospitalier universitaire de Liège, ce cycle a pour objectif de proposer, par le biais d’interventions dans l’espace même de l’hôpital, une expérience nouvelle à la fois pour les patients et l’équipe médicale, mais aussi pour les nombreux visiteurs et le personnel administratif. Il s’intègre également à la philosophie de l’architecte Charles Vandenhove qui avait, dès l’origine, invité des artistes (parmi lesquels Sol LeWitt, Niele Toroni, Claude Viallat, Daniel Buren) à intervenir dans l’espace public de l’hôpital.

Lorsque Sophie Langohr confronte la représentation d’une Vierge saint- sulpicienne à un portrait retravaillé de Marion Cotillard pour une publicité Dior (New Faces), ce n’est pas seulement pour instaurer le trouble de la ressemblance. Sa démarche est plus critique qu’elle n’y paraît d’emblée ; basée tantôt sur l’appropriation de photographies existantes (New Faces, Glorious Bodies), tantôt sur la réactualisation d’une tradition picturale ou technique (Les Camées, Drapery), elle décrit la relation passionnelle que nous entretenons avec les images, surtout lorsqu’elles renvoient à une notion aussi impalpable que la beauté. En déjouant les codes publicitaires, Sophie Langohr entend bien sûr dénoncer le prosélytisme consumériste, mais là où d’autres développeraient une entreprise de désacralisation, elle se sert du potentiel esthétique et du pouvoir de séduction des images pour détourner leur portée.

Dans le fil droit de ses projets antérieurs, l’exposition Something Precious pose la question de la valeur accordée à la nature et à l’humain dans une société fascinée par le luxe et la rareté. L’artiste présente des œuvres qui, toutes, basculent d’un univers fabriqué et féérique vers une réalité plus tangible. On le voit d’abord dans une série de photographies en noir et blanc travaillées à partir de publicités pour de la haute joaillerie : seules des formes mystérieuses et irrégulières subsistent. Ordinairement, la retouche numérique vise à parfaire l’existant, à masquer ses défauts jusqu’à atteindre une beauté souvent irréelle ; elle est ici utilisée à contre-emploi pour dissoudre la composition des bijoux raffinés que ces images exhibent, pour en supprimer la brillance et la netteté. L’opération leur confère un aspect brut et organique ; elle renvoie ces objets à leur minéralité originelle tout en préservant leur charge énigmatique. En d’autres termes, si Sophie Langohr s’empare de l’univers du luxe, ce n’est pas pour y porter un regard cynique ou moralisateur, mais bien pour déplacer les valeurs qui y sont véhiculées (le mystère, l’exclusivité, la séduction) vers d’autres réalités en prise avec l’humain et avec la nature.

Ce principe de détournement se retrouve au cœur de deux autres séries. La première consiste en une installation de sculptures obtenues par moulage du creux intérieur de statues religieuses à l’effigie de la Vierge, du Christ, de saints protecteurs (Roch, Joseph, Bernadette) ou martyrs (Pierre). Les tirages reproduisent ainsi dans la même technique que leur « modèle » (bois, plâtre ou céramique) le vide que les sculpteurs ont aménagé au sein des pièces pour les alléger ou par souci d’économie. Sophie Langohr en arrive à donner de la valeur à la matière inexistante et épargnée ; elle en fait des œuvres qu’elle présente sur un socle pour renchérir sur leur caractère « précieux ». A l’instar des bijoux détournés en agrégats minéraux et organiques, ces sculptures constituent des noyaux épousant des contours indéfinissables, singuliers, à la marge de l’abstraction.

Pour l’artiste, cette intervention « consiste à faire littéralement accoucher d’anciennes statues religieuses – des figures aussi bien féminines que masculines – de nouvelles formes dé-genrées, dans un état embryonnaire ».

Les formes de ces pièces répondent par ailleurs à celles qui s’épanouissent dans des tableaux photographiques montrant, selon un point de vue frontal, la base de sculptures religieuses, qui n’est d’ordinaire jamais visible. Ce dévoilement d’une matière insoupçonnée rappelle, une fois encore, la nature dans ce qu’elle présente de plus originel, unique et inachevé. Avec ces œuvres, Sophie Langohr renverse le pouvoir de séduction de la riche et sensuelle iconographie chrétienne, puisque ces images abstraites rayonnent, non pas depuis ce qui est façonné pour nous émerveiller, mais depuis ce qui existe à l’état brut.

Something precious a été pensée et conçue dans le cadre du cycle d’expositions Artistes à l’hôpital, où l’expérience de l’art se mêle à celle des soins et de la guérison. L’éthique du Care que Sophie Langohr a appréhendée au travers de ses activités dans le domaine de la réhabilitation psychosociale constitue d’ailleurs le point de départ de sa réflexion. Apparu dans le sillage de recherches féministes anglo-saxonnes, cet ordre de pensée subversif dans la sphère des sciences humaines désigne une disposition à la sollicitude et à l’attention qu’il convient non seulement de ne plus rattacher au seul genre féminin, mais qu’il faut également revaloriser « dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer un monde qui comprend nos corps, nos personnes et notre environnement ». C’est donc sur la richesse d’un « monde trouvé » que se fonde ici le renouvellement des formes qu’il nous est donné de voir.

Julie Bawin, commisaire de l’exposition avec Sophie Langohr

Sophie Langohr, Something Precious, C.H.U. Liège, vernissage le 29.04

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint-Pierre, plâtre polychrome, XXe siècle, statue conservée au Grand Curtius de Liège photographie noir et blanc
photographie NB, 66 x 100 cm, 2016

Dans le cadre du Cycle « Artiste à l’Hôpital » organisé par le Musée en plein air du domaine universitaire du Sart Tilman, Julie Bawin, commissaire de l’exposition a invité Sophie Langohr pour « Something precious ». Commissariat: Julie Bawin

A l’invitation de Julie Bawin, Sophie Langohr a produit le projet Something Precious dans le cadre du cycle “Artistes à l’hôpital”. Né 2012 d’une collaboration étroite entre le Musée en Plein Air du Sart- Tilman et le Centre hospitalier universitaire de Liège, ce cycle a pour objectif de proposer, par le biais d’interventions dans l’espace même de l’hôpital, une expérience nouvelle à la fois pour les patients et l’équipe médicale, mais aussi pour les nombreux visiteurs et le personnel administratif. Il s’intègre également à la philosophie de l’architecte Charles Vandenhove qui avait, dès l’origine, invité des artistes (parmi lesquels Sol LeWitt, Niele Toroni, Claude Viallat, Daniel Buren) à intervenir dans l’espace public de l’hôpital.

L’exposition, organisée au CHU de Liège, se déploie dans la Grande Verrière de l’hôpital (bât. B35) ainsi que dans la salle d’exposition du Musée en Plein Air (Verrière Sud, niveau – 3).
Celle-ci est accessible du mardi au vendredi de 12h à 16h, le samedi de 10h à 13h et sur rendez-vous.

Vernissage le vendredi 29 avril 2016 à 18h 30
Exposition du 30 avril au 2 juillet 2016

Adresse du jour :
CHU de Liège – Verrière Sud (niveau -3)
Domaine universitaire du Sart Tilman
1, Avenue de l’hôpital – 4000 Liège
Contact :
musee.pleinair@ulg.ac.be / +32 (0)4 366 22 20

L’exposition est accompagnée d’une publication, Hors série de Museum, le périodique des Musées de Liège. Texte de Julie Bawin et Sophie Langohr.

 

Art Brussels 2016, les images (1)

Art Brussels

Walter Swennen
Pouce, 2008
Huile sur toile, 150 x 135 cm

Jacqueline Mesmaeker
La discrète, 2016
Photographie couleurs, impression sur papier baryté et imprimé, 60 x 100 cm

Art Brussels

Sophie Langohr
Vierge assise avec l’Enfant, chêne sculpté polychrome, milieu du XIVe siècle, conservé au Grand Curtius de Liège, sculpture en chêne d’après un moulage intérieur, 2016
Bois, 90 x 65 x 40 cm

Art Brussels

Art Brussels

Raphaël Van Lerberghe
I saw you, 2015
Graphite sur papier et collage, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe
Mon chevalier, 2015
Graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe
Marguerite (Flowchart), 2015
Graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Raphaël Van Lerberghe
Cocrou, 2012-2015
Graphite sur papier découpé et carte postale, 21× 29,7 cm

Art Bruxxels

Suchan Kinoshita
Sans titre
2016

Aglaia Konrad
Demolition city, 1992-2016
Photographie NB, tirage argentique, 40 x 60 cm

Art Brussels 2016, preview (2), Aglaia Konrad, Sophie Langohr, Emilio Lopez-Menchero

Aglaia Konrad

Aglaia Konrad
Demolition City
Photographie NB, tirage argentique, 40 x 60 cm
1992-2016

Aglaia Konrad

Aglaia Konrad
Demolition City
Photographie NB, tirage argentique, 40 x 60 cm
1992-2016

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sainte Bernadette, plâtre polychrome, fin du XIXe siècle, Grand Curtius, Liège (détail), 2016
Photographie NB, 56 x 38 cm

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Vierge assise avec l’Enfant,
chêne sculpté polychrome, milieu du XIVe siècle, conservé au Grand Curtius de Liège, sculpture en chêne d’après un moulage intérieur
2016

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez Menchero
Trying to be Valie Export, 2016
Photographie NB marouflée sur aluminium, 105 x 135 cm

A propos de Valie Export, Action Pants: Genital Panic

Action Pants: Genital Panic is a set of six identical posters from a larger group that the artist produced to commemorate an action she performed in Munich in 1968. The posters show EXPORT sitting on a bench against a wall out of doors wearing crotchless trousers and a leather shirt and holding a machine-gun. Her feet are bare and vulnerable, as are her genitals, and she holds the gun at chest level, apparently in readiness to turn it on the viewer towards whom her gaze is directed. Her hair stands up in a wild mop above her head, emphasising the strangeness of the image.The action that gave rise to the photograph Action Pants: Genital Panic has become the subject of apocryphal art historical legend. EXPORT performed Genital Panic in Munich in an art cinema where experimental film-makers were showing their work. Wearing trousers from which a triangle had been removed at the crotch, the artist walked between the rows of seated viewers, her exposed genitalia at face-level. This confrontation challenged the perceived cliché of women’s historical representation in the cinema as passive objects denied agency. (…)

The black and white photograph, Action Pants: Genital Panic, was taken by the photographer Peter Hassmann in Vienna in 1969. EXPORT had it screenprinted as a poster in a large edition of unknown size in order to flypost the image in public spaces and on the streets. At the end of the 1960s, the notions of guerrilla warfare and revolution on which it played were particularly pertinent – in 1967, the famous Cuban revolutionary Che Guevara was executed, and the following year students rioted in Paris, and the American cities of Baltimore and Washinton DC were shaken by civil unrest after the murder of Martin Luther King. In 1994 the image was flyposted in Berlin, where EXPORT was teaching at the Hochschüle der Kunste (the Academy of Arts). Tate’s holding of six, which the artist has specified should be exhibited as a group, reflects this history of the image by emphasising its status as a multiple. Another photograph with the same title taken by Hassmann in 1969 shows the artist sitting on a wooden chair next to a wall in a room with a parquet floor. She wears the same outfit and holds the same gun, but she has incongruously feminine sandals on her feet and holds the gun pointing upwards. This version of the image was issued in 2001 as a gelatine print in an edition of twenty. In Action Pants: Genital Panic EXPORT defends her female body with the male phallic symbol of the gun. Her self-exposure emphasises her lack of a penis, demonstrating the symbol of power to be a prosthetic and its possession to be a product of role play, positing action over biology. The combination of macho aggression with femininity is typical of EXPORT’s imagery from the late 1960s and early 1970s. (Source : Tate Modern, London)

Honoré d’O, Sophie Langohr, Benjamin Monti, Tous Belges !, Abbaye de Saint-André, Meymac, les images

Tous belges !

Vue d’exposition (photo Aurélien Mole)

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Jésus par Gérémie Geisselbrunn (1595-1660) photographié comme Justin Passmore par Kai Z Feng pour Horst Magazine, de la série Glorious Bodies, 2013-2014 Photographies NB marouflées sur aluminium, 2 x (52 x 41 cm)

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Saint Mathias par Gérémie Geisselbrunn (1595 – 1660) photographié comme Ricky Hall, de la série Glorious Bodies, photographies noir et blanc marouflées sur aluminium,
2 x (55 x 44 cm), 2013 -2014

Tous Belges !

Vue d’exposition (photo Aurélien Mole)

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (de la série Perspecta)
Encre de chine sur formulaire millimétré, 29,7 x 21 cm, 2011

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (de la série Perspecta)
Encre de chine sur formulaire millimétré, 29,7 x 21 cm, 2010

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre (de la série Perspecta)
Encre de chine sur formulaire millimétré, 29,7 x 21 cm, 2010

Tous Belges !

Vue d’exposition (photo Aurélien Mole)

Honoré d'O

Honoré δ’O
Au volant, 2010
Technique mixte, 164 x 30 x 50 cm

Du 20 mars au 19 juin 2016
Dans le cadre du festival « Les Printemps de Haute-Corrèze », édition 2016
Abbaye Saint André – Centre d’art contemporain
Place du bûcher
19250 Meymac

Honoré d’O, Sophie Langohr, Benjamin Monti, Tous Belges !, Centre d’art de l’Abbaye de Saint-André, Meymac

Honoré d'O

Honoré δ’O
Au volant, 2010
Technique mixte, 164 x 30 x 50 cm

Honoré d’O, Sophie Langohr et Benjamin Monti participent à l’exposition TOUS BELGES ! dans le cadre du festival « Les Printemps de Haute-Corrèze », édition 2016.

« En 1839, la Belgique était reconnue comme formant un Etat. Existe-t-il cependant une nation belge ? La question est récurrente, elle traverse périodiquement la société belge.
La Belgique est-elle le pays qui n’existe pas, un pays par défaut comme en produit parfois l’Histoire ou bien doit-on supposer que cet Etat est, en réalité, porté par une identité particulière, une belgitude irréductible que des siècles de vie commune auraient façonné et pourquoi pas depuis que César l’a baptisée ? La naissance officielle du pays militerait pour la première hypothèse, mais ce serait méconnaître que son territoire est resté chapeauté pendant des siècles par une structure politique autonome (Êvéché de Liège excepté), soudé par une communauté de croyance.
Ce serait aussi oublier les échecs répétés des tentatives d’intégration aux ensembles politiques qui l’entourent, malgré des affinités déclarées avec la France en particulier. Cette cohésion qui persiste de fait sur la longue durée donne à penser qu’elle la doit à une réalité sous-jacente qui transcenderait la coupure des deux langues, ou, en renversant l’hypothèse, que c’est cette cohésion qui l’a créé.
Le résultat au bout du compte étant le même. Tous ceux qui ne sont pas belges le pensent. Ils s’appuient pour ce faire sur un accent, des goûts, des comportements, un ton particulier dans les créations littéraires ou plastiques. C’est cette part singulière : état d’esprit mêlant poésie et autodérision, laissant filer les débordements carnavalesques, maniant avec gourmandise et fantaisie, absurde et humour dans le droit fil d’un Marcel Broothearts, d’un Jacques Charlier, d’un Wim Delevoye, d’un Patrick Van Cackenberg, d’un Panamarenko ou d’un Jacques Lizène pour ne citer qu’eux, dont nous voudrions montrer la persistance dans les générations plus jeunes.
L’exposition s’intègre dans un festival pluridisciplinaire, Les Printemps de Haute Corrèze, consacré cette année à la Belgique dans toutes ses dimensions historiques, culturelles ou culinaires. C’est-à-dire à tout ce qu’elle recèle pour nous Français de particularités, de richesse d’expression et de créations qui, avouons-le, nous fascinent. ».

Jean-Paul Blanchet. Commissariat : Caroline Bissière & Jean-Paul Blanchet, avec Eglantine Bélêtre.

Les artistes
Ruud Van Moorleghem, Jan Fabre, Jan Cock, Maarten Vanden Eynde, Filip Gilissen, Kelly Schacht, Emmanuel Van Der Auwera, Thomas Lerooy, Tinus Vermeersch, Geert Goiris, Helmut Stallaerts, Pascal Bernier, Sophie Langohr, Benjamin Monti, Honoré d’O, Elodie Antoine, Cris Brodahl, Harold Ancart, Jos de Gruyter & Harald Thys, David Claerbout …

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Jésus par Gérémie Geisselbrunn (1595 – 1660) photographié comme Justin Passmore par Kai Z Feng pour Horst Magazine, de la série Glorious Bodies, photographies noir et blanc marouflées sur aluminium, 2 x (52 x 41 cm), 2013 -2014.

Benjamin Monti

Benjamin Monti
Sans titre, 2010
Encres de chine, sur papier Perspecta, papier millimétré bicolore pour dessin en perspective, 29,7 x 21 cm

Jacques Lizène, Sophie Langohr, Traversées à Maastricht

Sophie Langohr et Jacques Lizène participent à l’exposition « Traversées, selected works from the art collection of the Province of Liège ». Après la résidence de l’Ambassade belge à La Haye, c’est le Gouvernement provincial du Limbourg hollandais qui accueille cette exposition. A deux pas de la TEFAF.

Jacques Lizène

Du 18 mars au 20 mai 2016
Gouvernement aan de Maas, Limbourglaan 10, Maastricht
Accès les jours ouvrables: lu-ve: 9.00-18.00
Vernissage le 17 mars à 17h.

Sophie Langohr, L’Image qui vient, Iselp, Bruxelles

L’exposition L’image qui vient explore le silence des images, leur pensée muette, leur secret. Les œuvres rassemblées ici ne prétendent pas clore une idée, une sensation, une investigation. Qu’elles poursuivent pourtant, ébauchent, tendent à formuler. Elles sont au bord d’atteindre quelque chose,mais ce «quelque chose» échappe au regard. Il est hors-champ, allusif, enlisé, au-delà de ce qui peut être représenté ou formulé. Il est pourtant là, actif, au cœur de cette image qui pense, médite, doute, débat avec elle-même. Il est ce que l’image pressent et fait pressentir. Par la voie de l’observation, de la réplique, de l’ellipse, de l’effacement, de la manipulation ou de la recherche méthodique, l’invisible est ce que l’image donne à ressentir sans pouvoir le circonscrire.
Laurent Courtens et Catherine Henkinet, commissaires de l’exposition

Dans le cadre de la thématique déployée cette année à L’iselp, autour de la question du regard, L’image qui vient rassemble des œuvres d’artistes contemporains qui questionnent le silence des images, leur pensée muette, leur secret.
Photographies, dessins, installations, sculptures, vidéos, les œuvres présentées ici revêtent différentes formes. Par fragmentations, indices, évocations, elles rendent compte d’une réalité invisible, d’une idée, d’une sensation.
L’image qui vient s’interroge sur le secret fondamental des images. Le hors-champ qu’elles suggèrent, qu’elles ébauchent. L’exposition consiste à rassembler des œuvres qui émettent cette vibration intérieure, témoin d’un conflit perceptible mais non explicitement visible, qui se situe au-delà de ce qui peut être représenté ou formulé. L’exposition s’articule autour de Bateau-Tableau de Marcel Broodthaers.

Bateau Tableau (1973) est une projection en boucle de quatre-vingt diapositives disséquant visuellement une marine anonyme chinée par l’artiste chez un antiquaire parisien. Datant sans doute des alentours de 1900, le tableau présente un voilier de commerce, une chaloupe et une balise sur les flots.
Une première photographie présente le tableau dans son cadre doré, puis sans. Suivent de multiples détails focalisant le regard sur une voilure, un fanion, un nuage, des effets de pâte, la texture de la toile… L’analyse photographique révèle la substance matérielle de la peinture, mobilisée pour la construction d’une image donnant à voir l’illusion d’une réalité. Emporté par l’enchaînement séquentiel, le tableau perd son unité pour se disloquer dans une temporalité narrative. Celle-ci transporte l’œuvre initiale dans une histoire de la peinture, depuis ses prescriptions réalistes jusqu’à ses diverses interprétations abstraites. Un voyage dans une peinture qui devient un voyage dans la peinture. À travers la photographie et l’ébauche cinématographique.
Le tableau a également fait l’objet d’un film 16 mm intitulé Un voyage en mer du Nord (1973), de même que d’un livre portant le même nom. Associés pour une partie des tirages, ces deux supports confrontent le tableau à une photographie d’un voilier de plaisance sur fond d’une métropole moderne. Nouveaux transports : entre le mercantilisme et la société des loisirs, entre la marine et la plaisance, entre la peinture d’histoire et la carte postale.

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Valentin Yudashkin / Série Drapery, 2013-2014
Photographie couleur marouflée sur aluminium, 44 x 66 cm

Sophie Langohr

Comme d’autres séries photographiques recourant aux retouches, manipulations et recadrages d’images publicitaires (New Faces, Glorious Bodies, Touching Up…) l’ensemble Drapery (2013-2014) procède d’un protocole strict : découper dans des magazines de mode des pages reprenant des images de mains soigneusement sélectionnées, chiffonner le papier, photographier l’image froissée.
Il en résulte des compositions élégantes et mystérieuses où la main s’offre comme un épicentre animant l’action des matières et des étoffes, des ombres et des lumières. Dégagée de sa lisseur et de sa superficialité, l’image de mode est engagée dans une exploration de la matérialité picturale, des évocations symboliques, des éclats du sacré et des ellipses érotiques. C’est comme si l’histoire de l’art se réanimait dans les plis de l’image.
Cette série, indique Yves Randaxhe, confirme les préoccupations de Sophie Langohr : la représentation du corps et son usage, entre autres dans la publicité ; les manipulations de l’image; la dialectique de la surface et de la profondeur, illustrée puissamment par les drapés et les jeux d’apparition – disparition du support original de l’image, mais aussi par la présence récurrente de la peau (…).

Sophie Langohr (1974, BE) vit et travaille à Liège. Elle est diplômée en philologie romane de l’Université de Liège, puis en peinture à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Liège. Lauréate du premier prix Lambert Lecrenier 2002 et du prix national de portrait photographique Fernand Dumeunier 2007. Ses recherches esthétiques et sociologiques s’appuient sur le pouvoir séducteur de l’image. Elle détourne des représentations humaines codifiées issues de la mode ou de la publicité afin de questionner leur propos au regard des rapports qu’elles entretiennent avec l’histoire de l’art.

L’exposition rassemble des oeuvres de :  Marcel Broodthaers (BE), Marco De Sanctis (IT), Sophie Langohr (BE), Yves Lecomte (BE), Chantal Maes (BE), Léa Mayer (FR) , Pauline M’barek (DE), Cédric Noël (FR), Oriol Vilanova (ES)

(source : dossier de presse de l’exposition)

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Hugo Boss / Série Drapery, 2013-2014
Photographie couleur marouflée sur aluminium, 62 x 45,5 cm

Sophie Langohr, L’image qui vient, Iselp, Bruxelles

Sophie Langohr participe à l’exposition « L’image qui vient », produite par L »Iselp, Insitut supérieur pour l’étude du langage plastique, à Bruxelles. Vernissage ce 21 janvier.

Marcel Broodthaers

Marcel Broodthaers, Bateau Tableau, 1973 / Projection de 80 diapositives / © Estate Marcel Broodthaers

L’image qui vient s’interroge sur le silence central des images, sur leur pensée muette, leur secret fondamental. Ce silence, ce secret, constitue les indices d’une action de l’image tendant à formuler une idée ou une sensation, mais la cherchant, l’affleurant, l’atteignant presque…
L’image pense, médite, débat avec elle-même, pressent (et fait pressentir) « ce qui monte et va surgir » (Pascal Quignard).
L’image qui vient consiste à rassembler des œuvres d’artistes d’aujourd’hui qui émettent cette vibration intérieure, témoin d’un conflit perceptible mais non explicitement visible.
L’exposition entend articuler ces travaux autour d’une œuvre de Marcel Broodthaers intitulée Bateau Tableau (1973) : une projection de diapositives décomposant, image par image, une marine anonyme du XIXe siècle. C’est l’image à l’acte, la pensée par l’image, pensée qui nous approche de son terme, mais ne trouve aucune conclusion, renoue sans cesse avec le cycle hypnotique de ses méditations.

Marcel Broodthaers (BE), Marco de Sanctis (IT), Sophie Langohr (BE), Yves Lecomte (BE), Chantal Maes (BE), Pauline M’Barek (DE), Léa Mayer (FR), Cédric Noël (FR), Oriol Vilanova (ES)

Commissariat : Laurent Courtens et Catherine Henkinet

Du 22 janvier au 19 mars 2016
Vernissage le 21 janvier / 18h30 – 21h

Jacques Charlier, Sophie Langohr, Emilio Lopez-Menchero, Portraits d’artistes, SMart, Bruxelles

Sophie Langohr

Vierge polychrome conservée au Grand Curtius de Liège, nouveau visage à partir de Kate Winslet pour Lancôme de la série New Faces 2011-2012, photographies couleurs marouflées sur aluminium,
(2) x 50 x 40 cm. Edition 5/5

SMart constitue une collection d’œuvres d’art dont la thématique « Portraits d’Artistes » met en perspective ses missions. Cette collection se construit autour trois 3 axes destinés à cerner le « portrait d’artiste » aujourd’hui: Autoportraits et portraits d’autres artistes, et artistes fictifs. Évocations et réinterprétations d’œuvres d’autres artistes. Les rapports artiste- société.

Pour la première fois, cette collection est montrée dans son intégralité, l’exposition accompagnée d’un catalogue en trois tomes. La collection compte à ce jour plus de 300 œuvres de 50 artistes de disciplines diverses. Elle réunit des œuvres à partir des années 60, tant d’artistes reconnus que de créateurs émergents.

Du 18 septembre au 11 novembre
LaVallée – rue Adolphe Lavallée straat 37, 1080 Brussels
Expo accessible tous les samedis et dimanches de 14h à 18h ou sur rendez-vous

Sophie Langohr, Fluide, Thuin, revue de presse

A propos de Fluide à Thuin, exposition à laquelle participe Sophie Langohr, ce texte de Colette Dubois dans l’Art Même #66

L'Art Même

L'Art Même

Sophie Langohr, Les Ediles, Fluide 2015, Thuin.

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Pour Fluide, Sophie Langohr intègre trois plaques émaillées à la façade ouest de l’église Notre-Dame d’el Vaux. Par le travail des formats, de la matière et de la couleur, les images sérigraphiées évoquent des panneaux d’affichage public à l’abandon. Elles renvoient aussi aux anciennes stèles funéraires encastrées dans les autres murs de l’église. Bien que ces bas-reliefs soient en partie effacés par le temps, ils portent le nom de « pierres parlantes » ; « muettes parce qu’elles ont pour la plupart perdu leur inscription identificatrice mais néanmoins très parlantes si on veut en examiner les éléments [1] », un principe de lecture que Sophie Langohr adopte pour ces pièces.

L’artiste s’inspire encore d’un autre fait de l’histoire de Thuin : le récit du passage de Victor Hugo dans la ville en 1861. L’écrivain visita Aulne et on raconte que, sous l’emprise de l’atmosphère mystique de l’abbaye abandonnée, il aurait, sur un mur des vestiges, laissé sa signature aujourd’hui disparue. Avec cette installation, empreinte des thèmes hugoliens que sont le monde contemporain, l’histoire, la religion et la politique, Sophie Langohr joue sur le caractère de pérennité de son intervention. La permanence de l’œuvre implique une double recherche : sur la forme, l’anticipation du délabrement et sur le fond, la question de la survivance des images et des croyances.

En outre que provoquer la confusion entre passé et présent, ces trois portraits, reconstitués à partir de multiples sources iconographiques, laissent naître un doute sur la nature même de l’œuvre. En effet, ici, le traitement infographique hybride les genres conventionnels de la peinture, de la photographie, du bas-relief et de l’affiche.

[1] » in : Jean-M. Horemans, Les pierres parlantes de l’église Notre-Dame-del-Vaux à Thuin, héritières lointaines de Rogier de le pasture dans Revue Sambre et Meuse n°40.

Sophie Langohr est diplômée en philologie romane, de l’Université de Liège, puis en peinture, à l’Académie des Beaux-Arts de la même ville. L’image, dont la prolifération actuelle touche et affecte tous les territoires de la vie personnelle, sociale et politique, est au centre de ses recherches artistiques. Ses travaux, qu’elle conçoit le plus souvent en fonction du contexte de leur exposition, font référence à l’histoire de l’art ou à un patrimoine proche : Camées néo-classiques, motifs décoratifs de style rococo, sculptures religieuses, drapés baroques, « jolités » spadoises, peintures de nus du XIX e et XX e siècle… sont revisités dans ses séries de photographies Les Camées (2007), Fleurs, oiseaux et fantaisies (2009), New Faces (2012), Glorious Bodies (2013), Drapery (2013)… ou dans des œuvres d’art public comme Jolité (Spa, 2010) et Nus (Tournai, 2014). Qu’elle manipule des images existantes ou qu’elle en crée, Sophie Langohr se réapproprie celles que nous avons consciemment ou inconsciemment en mémoire. Par un délicat travail de refabrication, elle les parodie, les subvertit, y distille un trouble qui, bien au-delà de toute entreprise de mystification, interroge notre façon de percevoir le monde au travers de notre industrie médiatique et consumériste.

(source : BPS22)

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Wild Open Space, Les Moissons de la Cité, Grand Curtius Liège

Jacques Lizène

Eleni Kamma, Jacques Lizène, Emilio Lopez-Menchero, Sophie Langohr, Pol Pierart et Marie Zolamian participent à l’exposition “Wild Open Space, Les Moissons de la Cité”, exposition rétrospective des 80 oeuvres acquises par la Space Collection. Au Grand Curius à Liège, du 25 juin au 13 septembre. Vernissage le 24 juin.

Lancée en 2002 par l’artiste belge Alain De Clerck, la SPACE Collection construit un réseau de villes européennes liées entre elles par une collection transfrontalière d’art contemporain.
Les œuvres sont acquises grâce à des sculptures interactives implantées dans l’espace public. Quand un passant glisse une pièce dans une des bornes de la SPACE, il anime une sculpture et reçoit un ticket avec un poème ou un cadeau culturel. L’argent récolté est augmenté grâce à du mécénat et permet d’acheter des œuvres d’art. A Liège et à Maastricht, les deux premières génératrices de culture ont déjà permis d’acquérir 80 œuvres mélangeant les genres, les supports, les techniques et les artistes.

Launched in 2002 by Belgian artist Alain De Clerck, SPACE Collection is building a network of European cities linked by a trans-border collection of contemporary art.
The works are acquired thanks to interactive sculptures set up in public spaces. Whenever a visitor inserts a coin into a SPACE machine, he animates the sculpture and gets a ticket to poetry or cultural prize. Then, money is collected, increased by sponsorphip and transformed into works of art. In Liege and Maastricht, the first culture machines already allowed to buy 80 works mixings genres, material supports, techniques and more or less renowned artists.

Sophie Langohr, Fluide 2015, Thuin

A Thuin, Sophie Langohr participe à Fluide 2015, Arts actuels en terre médiévale. Organisé en partenariat avec le BPS22, Fluide 2015 invite des artistes contemporains à investir la ville pour y insinuer quelques troubles esthétiques et ainsi activer son patrimoine. Fluide est l’occasion de découvrir l’art contemporain hors des lieux spécialisés et une invitation à porter un nouveau regard sur l’environnement qui nous entoure. Dans le Cadre de Mons 2015, 20.06.2015 – 20.09.2015. Informations : http://www.fluide-thuin.be

Notre Dame du Val, Thuin

Le communiqué :

Perle du Val de Sambre, Thuin doit son charme aux traces de son passé médiéval, son beffroi, ses ruelles, ses Jardins Suspendus. Afin de valoriser son patrimoine et de positionner la ville comme une destination touristique à part entière, le Centre culturel de Thuin-Haute Sambre, dans le cadre de Mons 2015 et en partenariat avec le BPS22, pérennise le parcours d’arts actuels créé en 2006 : Fluide devient une biennale dont chaque édition marquera la ville de manière permanente. Aux quatorze œuvres pérennes de 2015 s’ajouteront d’autres œuvres tous les deux ans dans le but de transformer Thuin en un musée d’art contemporain à ciel ouvert ! Les bases d’une nouvelle politique culturelle soucieuse de toucher un large public sont posées.

Manifestation inédite et d’envergure internationale, Fluide 2015 s’inscrit dans la droite ligne de la première édition – comme un parcours d’art public original et audacieux où les œuvres, exposées hors des lieux spécialisés comme les musées, « viennent rencontrer » le public pour susciter émotion, curiosité et réflexion.

Fluide est donc l’occasion de découvrir l’art actuel – et Thuin ! – autrement et une invitation à porter un regard nouveau sur notre environnement.

Fluide 2015 se veut une réflexion sur la ville, son passé, son folklore, son architecture exceptionnelle et ses espaces verts, mais aussi sur sa réalité urbaine et son développement urbanistique. Proposant un parcours accessible à pied, Fluide investit différents lieux de la ville (hypercentre historique, Jardins Suspendus, Bois du Grand Bon Dieu, Quartier des Bateliers, églises Notre-Dame du Val et du Mont- Carmel,…).

Les 18 artistes sélectionnés, jeunes talents et artistes reconnus, étrangers et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont ainsi parcouru la ville, entamé un dialogue avec l’environnement et envisagé Thuin comme un matériau. Particulièrement diversifiées, les interventions artistiques, pour la plupart monumentales et pérennes, abordent les notions de public et de privé, de traces et de disparitions, ainsi que les traditions populaires. Elles questionnent aussi les enjeux urbanistiques, commerciaux et touristiques de la ville.
Fluide, comme un fil continu entre le passé et le présent, entre la Ville Haute et la Ville Basse, entre les artistes et le public, invite également les habitants à se réapproprier la ville et à devenir des acteurs culturels. Fluide Citoyen, ce sont ainsi deux commissions pour réfléchir au réenchantement de Thuin et à la dynamisation des Jardins Suspendus. Dans le cadre de Fluide 2015, Fluide Citoyen s’illustre dans le parcours par trois projets : Photomaton ; Textile urbain ; Perles et Totems.

Les œuvres
Participant au charme de Thuin, les Jardins Suspendus ont particulièrement été investis, interrogés et réenvisagés par les artistes sélectionnés. Suite à une mission photographique dans les jardins, Olivier Cornil nous livre une vision de ce qu’ils sont, entre le donné et le caché, le public et le privé. Ludovic Mennesson questionne le jardin individuel, l’accès à la propriété privée et transforme ce rêve, inaccessible pour la plupart des citadins, en une oasis colorée et fantasmée dans la ville. Là où s’enracinent habituellement fleurs et végétaux, Christine Mawet détourne des outils de jardinage de leur fonctionnalité première et les multiplie pour faire apparaître de nouveaux motifs et de nouvelles traces sur un mur ancien des ruelles de ces jardins. Jérôme Considérant, lui, utilise différents symboles graphiques propres à la ville de Thuin pour créer, sous forme de blason médiéval, l’image d’un animal veillant sur les vignes et les jardins.
Dans la sélection des œuvres de l’exposition se dégage également le rapport entre illusion et sacré. Le collectif Société Volatile interroge ainsi l’Eglise et la religion comme une entreprise communicante, en installant dans l’église déconsacrée Notre-Dame du Mont-Carmel, une enseigne lumineuse à la fois outil de propagande, dispositif profane et installation poétique. Sophie Langohr, elle, intègre sur une des façades de l’église Notre- Dame du Val trois nouvelles « pierres parlantes », confondant les genres du portrait dans la peinture classique, de la photographie électorale et de la publicité. Erigée sur une église, telle une « vierge prophète », la matriochka couronnée et en majesté de Sara Conti dévoile des attributs féminins voluptueux, réclame l’égalité homme-femme et envisage, en « Grande Reproductrice », la possibilité d’une autre Histoire où le Messie aurait été une femme. Réalisant également une sculpture mariale mais dans un style traditionnel et en aumône, Michael Dans questionne notre rapport à la solitude, à la désolation et fait émerger un monde où l’Eglise a changé de visage et ne peut plus nous sauver.
La réalité urbanistique de la ville est également montrée dans le parcours. Que ce soit dans l’intervention d’Adrien Tirtiaux qui combine une spécialité du terroir et une vision brutale de la modernité ; dans l’installation de Stephan Vee qui, avec un regard moqueur, réinterprète le quotidien des villes en (ré)introduisant et multipliant des pigeons sur une façade ; ou encore avec la sculpture d’Olivier Kosta-Théfaine qui transpose sa vision
poétique du haut de la ville à un « non-lieu », le quartier de la gare, ne pouvant rivaliser avec les joyaux touristiques de la Ville Haute.
L’histoire de la batellerie est également évoquée à travers les péniches en fonte oxydées de Daniel Fauville. Effigies lourdes d’embarcations échouées, visions à la fois familières et imaginaires, elles invitent au voyage et à une rêverie au bord de l’eau. Le bateau du collectif DSCTHK, quand à lui, détourne des références à l’histoire maritime et populaire de Thuin et crée un nouveau monument de célébration, entre le désir d’un ailleurs et le besoin de rentrer au port.
Plusieurs artistes proposent une vision de Thuin évoquant le passé et l’avenir de la ville tout en convoquant l’imagination du spectateur. Ainsi, John Cornu réalise huit monolithes en pierre bleue évoquant des contreforts inversés, disposés en cercle et dépossédés de leur rôle de soutien. Autre référence à la résistance du temps et à la fonction de protection des remparts de la ville, le néon « L’ombre n’a pas encore étendu son emprise sur nos espérances » de Djos Janssens force le visiteur entrant dans la ville à décoder cette nouvelle construction symbolique. Tout comme le panneau publicitaire de Jonathan Sullam qui, face à la vallée de la Sambre, reflète et déforme le paysage environnant pour mieux interroger nos images et nos désirs soumis à l’espace public.
Manœuvrant entre art, jeu et fonctionnalité, Christophe Terlinden et Xavier Rijs récupèrent et concrétisent deux projets de ville. En installant huit mâts et drapeaux sur le viaduc de Thuin, le premier interroge les limites de l’art et la réalité citoyenne, tandis que le second, en donnant une nouvelle vie au mobilier urbain du Bois du Grand Bon Dieu, pose une réflexion sur le cycle de la vie, tant pour le végétal que pour l’humain.

Les artistes
Olivier Cornil, Charleroi (BE), 1976 – John Cornu, Seclin (FR), 1976 – Jérôme Considérant, Charleroi (BE), 1977 – Sara Conti, Baudour (BE), 1971 – Michael Dans, Verviers (BE), 1971 – DSCTHK : Thibaut Blondiau, Bruxelles (BE), 1973 et Jérôme André, Bruxelles (BE), 1972 – Daniel Fauville, Charleroi (BE), 1953 – Djos Janssens, Bruxelles (BE), 1972 – Olivier Kosta-Théfaine, Paris (FR), 1972 – Sophie Langohr, Chênée (BE), 1974 – Christine Mawet, Rocourt (BE), 1971 – Ludovic Mennesson, Lille (FR), 1985 – Société Volatile : Philémon Vanorlé, Bruxelles (BE), 1980 et Arnaud Verley, Roubaix (FR), 1980 – Xavier Rijs, Bruxelles (BE), 1954 – Jonathan Sullam, Bruxelles (BE), 1979 – Christophe Terlinden, Etterbeek (BE), 1969 – Adrien Tirtiaux, Bruxelles (BE), 1980 – Stephan Vee, Charleroi (BE), 1970.

Sophie Langohr, Ikob Preis, Eupen, vernissage le 7 juin

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Devernois – décalage, de la série Touching Up,
photographie couleur marouflée sur aluminium, 49 x 61 cm, 2015.

Tous les 3 ans, le Prix de l’ikob récompense la créativité de la scène artistique émergente. Cette année, il est double : le Prix de l’ikob | Euregio est attribué avec le soutien de la Communauté germanophone à un artiste de l’Euregio Meuse-Rhin. Le Prix de l’ikob | International est décerné par un généreux mécène de la région d’Eupen. Le concours était ouvert aux artistes de toutes les disciplines artistiques, âgés de moins de 45
ans sur base de l’envoi d’un dossier. Deux jurys d’experts internationaux ont présélectionné 10 nominés et 2 lauréats (5 pour chaque prix), tous invités à exposer ensemble à l’ikob. Lors de l’inauguration le 7 juin, l’ikob
remettra les prix aux deux lauréats. Deux prix et une exposition qui reflètent non seulement le positionnement international et transfrontalier de l’ikob mais aussi son engagement pour la création contemporaine.

Nominés pour le Prix de l’ikob | Euregio:

Hilde Borgermans
John De Winter
Pieter Geenen
Sophie Langohr
Nora Mertes

Nominés pour le Prix de l’ikob | International:

Loukia Alavanou
Younes Baba-Ali
Joachim Coucke
Delphine Deguislage
Jóhanna Kristbjörg Sigurðardóttir

Expopsition : 07.06.2015 — 16.08.2015
Vernissage : le 7 juin à 15h.