Archives mensuelles : février 2015

Arco 2015, 25.02 > 01.03, Feria de Madrid, stand 7A10

Arco 2015

La galerie participe à ARCO 2015 Madrid. Pavillon 7, stand A 10
Et montrera des oeuvres de :

Jacques Lizène, Emilio Lopez-Menchero, Jacqueline Mesmaeker, John Murphy et Walter Swennen

Dates and Opening Hours
From 25 February to 1 March 2015. Professional visitors: Wednesday 25 and Thursday 26, from noon to 8 pm.
Open to the public: Friday 27, Saturday 28 and Sunday 1, from noon to 8 pm. Halls 7 and 9 at Feria de Madrid

Jacqueline Mesmaeker

Jacqueline Mesmaeker
Les Antipodes, 1979-2015
Film super 8 numérisé projeté dans un encadrement doré, couleurs, sans son, 00.12.25 en boucle

Voir la preview du stand sur ARTSY dès le 19 février

Emilio Lopez-Menchero, Centrale for contemporary art, revue de presse (4)

Lu dans l’Art Même, le texte de Raya Baudinet-Lindberg :

L'Art Même

L'Art Même

Sophie Langohr, Drapery, galerie Saint-Luc, les images (1)

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Ralph Lauren.
de la série Canvases
photographies couleur sur aluminium 120 x 82 cm
2014

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sans titre n° 1, 2, 3.
de la série Canvases
photographies couleur sur aluminium 120 x 80 cm
2014

Sophie Langohr
Sans titre n° 4.
de la série Canvases photographie couleur sur aluminium
120 x 80 cm
2014

Sophie Langohr

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Sans titre n° 5, 6, 7.
de la série Canvases
photographie couleur sur aluminium 120 x 80 cm
2014

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Image Marc Jacobs
de la série Drapery
photographie couleur sur aluminium 59 x 40 cm
2014

Rachel Laurent, « Noir chantilly, Féminisme(s) », La Chataigneraie, Flémalle

Après “Manège” projeté dans le cadre de l’exposition “Exercices de styles” à la galerie, Rachel Laurent montre deux nouveaux films à l’occasion de l’exposition “Noir Chantilly, Féminismes” à la Chataigneraie à Flémalle.

“Piscine” (2013) explique Rachel Laurent, est un hommage à Pierre Louÿs, poète et écrivain français à la réputation sulfureuse, très apprécié des surréalistes. J’ai repris textuellement un extrait du « Manuel de civilités pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation » , un exercice de style particulièrement savoureux, une accumulation joyeuse d’incongruités, mais toujours dites sur ton très « distingué ». L’avertissement au lecteur écrit par Pierre Louÿs, en exergue de ce manuel est dès lors tout aussi indiqué pour ce film : “Nous avons jugé inutile, écrit Pierre Louÿs, d’expliquer les mots : con, fente, moniche, motte, pine, queue, bitte, couille, foutre (verbe) foutre (subst.), bander, branler, sucer, lécher, pomper, baiser, piner, enfiler, enconner, enculer, décharger, godemichet, gougnotte, gousse, soixante-neuf, minette, mimi, putain, bordel. Ces mots sont familiers à toutes les petites filles”.
Pour la mise en scène, continue Rachel Laurent, j’ai opté pour une solution arbitraire, qui consiste à transformer cette petite leçon de savoir-vivre très mal embouchée et même carrément salace, en un pseudo cours de natation tout ce qu’il y a de plus chaste, dans une jolie piscine de Provence. Il fait beau et chaud, c’est l’été, il y a des oiseaux, des cigales, il m’a semblé que c’était le cadre idéal pour mettre en valeur ce texte si délicieusement peu convenable”.

Rachel Laurent

Rachel Laurent

Ne dites pas : « Mon con. » Dites : « Mon cœur. »
Ne dites pas : « J’ai envie de baiser. » Dites : « Je suis nerveuse. »
Ne dites pas : « Je viens de jouir comme une folle. » Dites : « Je me sens un peu fatiguée. »
Ne dites pas : « Je vais me branler. » Dites : « Je vais revenir. »
Ne dites pas : « Quand j’aurai du poil au cul. » Dites : « Quand je serai grande. »
Ne dites pas : « J’aime mieux la langue que la queue. » Dites : « Je n’aime que les plaisirs délicats. »
Ne dites pas : « Entre mes repas je ne bois que du foutre. » Dites : « J’ai un régime spécial. »
Ne dites pas : « J’ai douze godmichés dans mon tiroir. » Dites : « Je ne m’ennuie jamais toute seule. »
Ne dites pas : « Les romans honnêtes m’emmerdent. » Dites : « Je voudrais quelque chose d’intéressant à lire. »
Ne dites pas : « Elle jouit comme une jument qui pisse. » Dites : « C’est une exaltée. »
Ne dites pas : « Quand on lui montre une pine, elle se fâche. » Dites : « C’est une originale. »
Ne dites pas : « C’est une fille qui se branle à en crever. » Dites : « C’est une sentimentale. »
Ne dites pas : « C’est la plus grande putain de la terre. » Dites : « C’est la meilleure fille du monde. »
Ne dites pas : « Elle se laisse enculer par tous ceux qui lui font minette. » Dites : « Elle est un peu flirteuse. »
Ne dites pas : « C’est une gougnotte enragée. » Dites : « Elle n’est pas flirteuse du tout. »
Ne dites pas : « Je l’ai vue baiser par les deux trous. » Dites : « C’est une éclectique. »
Ne dites pas : « Il bande comme un cheval. » Dites : « C’est un jeune homme accompli. »
Ne dites pas : « Sa pine est trop grosse pour ma bouche. » Dites : « Je me sens bien petite fille quand je cause avec lui. »
Ne dites pas : « Il a joui dans ma gueule et moi sur la sienne. » Dites : « Nous avons échangé quelques impressions. »
Ne dites pas : « Quand on le suce, il décharge tout de suite. » Dites : « Il est primesautier. »
Ne dites pas : « Il tire trois coups sans déconner. » Dites : « Il a le caractère très ferme. »
Ne dites pas : « Il baise très bien les petites filles, mais il ne sait pas les enculer. » Dites : « C’est un simple. »

Rachel Laurent

Rachel Laurent

Rachel Laurent
Piscine, 2013
Vidéo HD, 16:9, 00:07:00

Quant à “Mes petites amoureuses” (2014), elles sont toutes bonnes à jeter. Durant 8 minutes, en plan fixe, la caméra de Rachel Laurent filme un continu de violentes chutes de poupées, pèle-mêle, jetées au rebut.

Rachel Laurent

Rachel Laurent

Rachel Laurent

Rachel Laurent
Mes Petites Amoureuses, 2014
Vidéo HD, 16:9, 00:08.30

Marie Zolamian, « Noir Chantilly, Féminisme(s) », La Chataigneraie, Flémalle

Marie zolamian

Marie Zolamian n’a de cesse de vouloir témoigner de l’histoire des autres. Par le dessin, mais également des installations, des vidéos et des pièces sonores, l’artiste aborde la question de l’identité, de l’accueil, de la mémoire et du déracinement. Dans une approche qui puise sa matière première dans la rencontre, l’artiste nous invite à questionner nos croyances et certitudes au travers de l’Autre afin d’élargir le champ des possibles.

Invitée à produire une pièce pour l’exposition Addenda, l’artiste s’est plongée dans les archives du Musée de l’Hôpital Notre Dame à La Rose à Lessines et a particulièrement été frappée par des écrits de Sœur Marie-Rose Carouy (1851-1923). Figure emblématique de cette communauté de religieuses, cette prieure inventa l’Helkiase, baume miraculeux qui fit à l’époque la richesse de l’Hôpital. C’est aussi elle qui transforma une salle du site en musée, préfigurant l’avenir du lieu. Afin de réaliser la vidéo Nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps, Marie Zolamian a sélectionné certains passages du carnet intime de Sœur Marie-Rose Carouy. Savamment rythmés, les morceaux choisis défilent dans un temps suspendu nous révélant les secrets les plus intimes de l’auteure. On mesure ainsi pleinement l’effacement dont il faut faire preuve pour s’engager dans une vie monacale. La charge de ces extraits est accentuée par le mystérieux « J. » qu’a volontairement choisi l’artiste comme destinataire de ces mots. L’œuvre bascule indéniablement sur le terrain des désirs primaires qui surgissent, de façon intense et instinctive, malgré le contexte de la vie monacale. Le titre de l’œuvre, emprunté à Thérèse d’Avila, explicite clairement cette dimension charnelle.(Nancy Cassielles)

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Marie Zolamian
Nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps, 2014.
Vidéo muet 8 min.

Jacques Lizène, presque jamais le visionnaire n’a été perçu comme tel en son temps, revue de presse

Lu dans L’Art Même,l’article d’Alain Delaunois

L'Art Même

Jacqueline Mesmaeker, d’après Picasso et Durer, vitrine Rivoli, Bruxelles

Jacqueline Mesmaeker

Jacqueline Mesmaeker, d’après … Picasso – la muse / 1960

A l’invitation de Jeunesse et Art plastique, Jacqueline Mesmaeker occupe la Vitrine Rivoli dans la galerie du même nom à Bruxelles, 690 Chaussée de Waterloo à 1180 Bruxelles.
Du 16 janvier au 14 mars 2015.

Le livre d’artistes tient une place singulière dans l’univers de l’art contemporain; réalisé souvent à moindres frais il se faufile parfois jusqu’au sommet des plus grandes institutions muséales.
L’asbl Jeunesse & Arts Plastiques édite des livres d’artistes pour permettre principalement aux jeunes mais non exclusivement, d’acquérir une édition signée et numérotée à prix doux. Des artistes tels que Claude Closky, Lionel Estève, Michel François, Jonas Locht, Adrien Luca, Chantal Maes, Jacqueline Mesmaeker, Benoit Platéus ont réalisé une édition JAP.Depuis juin 2013, JAP dispose d’une vitrine consacrée au livre d’artiste dans la galerie Rivoli. Les éditions du JAP y sont montrées mais également celles d’éditeurs ou d’artistes belges et étrangers.

Noir Chantilly, Féminisme(s), La Châtaigneraie, Flémalle

Audrey Frugier

Audrey Frugier, Desespate Houssewives, 2014

Audrey Frugier, Rachel Laurent, Sophie Langohr et Marie Zolamian participent à l’exposition « Noir chantilly, Féminisme(s) », organisée par La Chataigneraie, Centre wallon d’art contemporain, à Flémalle.

Si la lutte pour les droits des femmes paraissait un long parcours uniforme depuis Olympe de Gouges, Georges Sand, Colette, Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, depuis les vingt dernières années, le féministe, à l’instar de notre société multiculturelle s’est diversifié. On parle aujourd’hui des féminismes et non plus du féminisme. De nouvelles problématiques se sont invitées dans le débat : le port du voile, la procréation assistée, le transgenre, la publicité, la garde alternée… D’autres problématiques réapparaissent sous un jour différent, la prostitution par exemple. Un mot d’ordre fondateur reste d’actualité : le droit des femmes à disposer librement de leur corps et de leur existence. Les artistes, plasticiennes et performeuses réinterrogent ce rapport au corps féminin.

Avec : Cathy Alvarez , Elodie Antoine, Julie Arnould, Anne-Sophie Arnould, Evelyne Axell, Laetitia Bica, Dominique Castronovo, Isabelle Copet, Alexia Creusen, Aurore Dal Mas, Sheila de la Cal Perez, Audrey Frugier, Fanny Germeau, Annabelle Guetatra, Sophie Langohr, Rachel Laurent, Karine Marenne, Pauline May, José Picon, Romina Remmo, Anne-Françoise Schmitz, Sofie Vangor, Fanny Viollet, Aurélie William Levaux, Fang Zhaolin, Marie Zolamian…

Du 14 février au 5 avril 2015 à la Châtaigneraie (Flémalle) – vernissage public le vendredi 13 février à 18h30.
Conférence le 6 mars : Sophie Cadalen, psychanalyste et écrivaine à Paris, auteur de « Ni mars, ni vénus, oui nous sommes différentes autrement » et « Les femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ».

Egalement du et 21 février > 20 mars 2015 à la Galerie Juvénal (Huy). Vernissage le vendredi 20 février à 18h30 à La Galerie Juvénal

La Châtaigneraie
Chaussée de Ramioul, 19 – B-4400 Flémalle – T +32 (0) 42 75 33 30.

Marie Zolamian, Espace Jeunes Artistes, rétrospective 2009-2014, BAL Liège

Marie Zolamian participe à l’exposition « Espace Jeunes Artistes, rétrospective 2009-2014 »

invitation

Du 12|02|2015 > 15|03|2015
Vernissage le mercredi 11|02|2015 à 18h dans la Salle Saint-Georges du BAL, musée des Beaux-Arts de Liège

Chaque mois, des artistes liégeois, œuvrant dans le domaine des arts plastiques, ont eu l’opportunité d’accéder à un espace d’exposition au sein du MAMAC et ensuite de la Salle Saint-Georges. Rétrospective d’une quarantaine de participations. Avec : Thierry Adam – Cathy Avarez – Eglantine Chaumont – Com-1 – Martin Coste – Alexia Creusen – Ludovic Demarche – Eric Deprez – Elka Duo – Thierry Falisse – Sarah Galante – Christophe Gilot – Florent Girard – Raymond Gosin – Fabienne Guerens – Frédéric Hainaut – Thierry Hanse – Didier Heyman – Tatiana Klejniak – Kresh – Laetitia Lefevre – Sophie Legros – Aydrey Lo Bianco – Mathieu Nozières – Cécile Menendez – Bénédicte Moyersoen – Naïma Berriah – Michaël Nicolaï – Geneviève Otte – Alice Pichault – Andrea Radermacher – Charles-Henry Sommelette – Thomas Urban – Antoine Van Impe – Sofie Vangor – Valérie Vrindts – Grazizella Vrunna – Marie Zolamian

Sophie Langohr, Drapery, Ecole supérieure des arts Saint-Luc, Liège

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Numero advertising image – Free transform, photographie couleur marouflée sur aluminium, de la série Touching Up, 2014, 47 x 53 cm.

Sophie Langohr

Sophie Langohr
Valentin Judashkin advertising campaign Fall/Winter 2013 de la série Drapery,
photographie couleur (tirage jet d’encre), 57 x 42 cm, 2013

Lu, à propos de l’exposition « Drapery » de Sophie Langohr ce texte de Yves Randaxhe :

Double / Trouble
Variations autour de l’exposition Drapery de Sophie Langohr

Sous le nom générique de Drapery, Sophie Langohr propose plusieurs séries d’images qui approfondissent ses travaux antérieurs, relisent ses thèmes privilégiés et cultivent leurs tropismes : la représentation du corps et son usage, entre autres dans la publicité ; les manipulations de l’image ; la dialectique de la surface et de la profondeur, illustrée puissamment par les drapés et les jeux d’apparition – disparition du support original de l’image, mais aussi par la présence récurrente de la peau ; les méandres enroulés de l’histoire de l’art et la façon dont l’esprit conquérant s’y manifeste au profit de puissances religieuses ou mercantiles …

La main

« Manipulation digitale » : Sophie Langohr y recourt souvent. Pour décrire cette opération virtuelle, les mots renvoient pourtant au corps : la main et le doigt. Dans sa série Drapery, Sophie Langohr file la métaphore sur plusieurs registres, jusqu’au trouble. Des images – de l’imaginaire – sont bel et bien « matériellement » chiffonnées sur leur support de papier. Le tout est re-photographié, fixant un mille-feuilles où le réel, l’image et le virtuel s’entremêlent, s’interrogent et se répondent : la main image fait mine de froisser le papier qui est son support-même, et dans le même geste, le tissu ou la peau.

Que voir ? Que croire ? Rompue aux sortilèges et aux subterfuges de l’image publicitaire, Sophie Langohr explore obstinément la « trahison des images ». La main qui touche – mais que touche-t-elle ? – évoque celle de saint Thomas, tentant de dissiper par les sens son incrédulité. Mais toute tentative d’accéder au réel est vaine ; il est inatteignable, perdu dans le dédale des images et les strates virtuelles. Dans la société du spectacle, il n’y a de foi qu’aveugle.

La main touche et retouche : dans la série Touching Up, un doigt vient marquer une zone de l’image selon des procédés classiques de retouche digitale. Ce sont toujours des mains féminines, où il est difficile de ne pas deviner celle de l’artiste elle-même, présente dans la gestation de l’image et représentée, revendiquant son statut de créatrice – et de manipulatrice.

Frou frou

Frou frou, frou frou par son jupon la femme
Frou frou, frou frou de l’homme trouble l’âme
Frou frou, frou frou certainement la femme
Séduit surtout par son gentil frou frou

(Chanson de Montréal et Blondeau, 1898)

Dans cette chanson célèbre bien que plus que centenaire, la femme est réduite au bruit produit par les plis de ses jupons. Une poupée de chiffon vidée de tout être, comme un écho à cette Ninfa traquée à travers l’histoire de l’art par Aby Warbug, et à laquelle Georges Didi-Huberman a consacré un livre : la figure féminine drapée se vidant au fil de l’histoire de l’art du corps qui l’habite. « Drapé tombé ». « Et de même que la toile des tableaux en général faisait office d’écran – au sens cinématographique – pour une véritable encyclopédie du fantasme all’antica, de même les tissus, hyperbolisés dans tant de scènes mythologiques (…) feront office de réceptacles (…) pour la substance imaginaire du désir. »[i]

Autre lecture du même ( ?) selon Giono [ii]: « Les femmes ici n’ont pas de forme; ce sont des paquets d’étoffes médiocres. » Chez Sophie Langohr, pas d’étoffes médiocres : l’œuvre ne manque pas d’élégance et nous reconnaissons immédiatement les marqueurs des publicités pour les produits de luxe dont sont extraites les images. Drapées sont les dentelles, mais aussi les peaux et le papier, lisse et brillant. Celui-ci émet des reflets (le double de la lumière), de petits éblouissements (le trouble du frou frou).

Drapery sans cesse masque et démasque son propos ; Sophie Langohr y place le froissé au centre de sa stratégie de construction, de lecture et de déconstruction de l’image. Mais à quel niveau de ces froissements s’arrête ou se perd notre regard ? Et l’enveloppe finit-elle par phagocyter ce qu’elle contient ?

L’histoire et sa trame

Sophie Langohr n’interroge pas seulement l’imagerie publicitaire, dont provient une bonne part de son matériel de base. Elle relie aussi sa pratique à des images canoniques de notre histoire de l’art, comme le suggère déjà la référence à la Ninfa. Dans New Faces, elle confronte ainsi égéries de la mode et vierges sages de l’imagerie sulpicienne, rapprochant de façon troublante, à plus d’un siècle de distance, des productions artistiques fondées toutes deux sur la séduction et la conquête, fussent-elles en apparence opposées quant à leur objet.

Avec ses séries récentes, c’est vers l’art baroque qu’elle lorgne manifestement, citant par exemple les drapés savants des sculpteurs du XVIIe siècle, tel le liégeois Jean Del Cour (1627-1707). Dans la trame de l’histoire de l’art, Sophie Langohr se réfère une nouvelle fois à un art de fascination et de combat. L’esthétique baroque a été ouvertement mise au point par les autorités ecclésiastiques comme un instrument de reconquête des âmes face à la montée en puissance de la Réforme : sa théâtralité n’avait d’autre visée que de lui assurer un triomphe populaire, moyennant parfois un usage immodéré des regards renversés, postures extatiques et tourbillons sensuels. À l’image des draperies, la trame de l’histoire se trouve ainsi repliée sur elle-même en tous sens, créant échanges, porosité, trouble. En attendant que tout retombe dans ses plis ?

Les mains trouvées dans des pages de magazines et que Sophie Langohr isole, distillent quant à elles une beauté classique et semblent rivaliser avec des morceaux choisis de la peinture ancienne. Foin de la hiérarchie entre « grande peinture » inscrite dans l’histoire et imagerie publicitaire, qui se dissout dans sa consommation. Détournée de son usage initial, l’image nous installe dans le temps long de la contemplation.

Il faudrait enfin oser un portrait de l’artiste en combattante. Sa propension à se frotter à l’image publicitaire et à des esthétiques conquérantes n’est certes pas dénuée d’ambigüité. Elle n’en est pas moins révélatrice d’une forme d’affrontement que Sophie Langohr mène tout à la fois en tant qu’artiste et en tant que femme: sa version propre de l’art au service de l’idée. Sans rien lâcher dans le labyrinthe des mises en scène et des stratégies.

Le théâtre du corps

Trame, tissu, rideau. Le corps est à la fois derrière et devant celui-ci, mais il est aussi le rideau. Et pour troubler ces surfaces de projection, le froissé, le drapé.

Dans la série Drapery, les images sur papier semblent à un moment donné actrices de leur propre froissement. Dans Touching Up, les mains mettent en scène la manipulation qui contribue à les produire. Et derrière ces images, le théâtre futile de la publicité pour l’industrie du luxe. Futilité : babiole, bagatelle, superflu. Le théâtre des vanités.

La gravité, pourtant, s’y mêle. Des mains sont isolées sur des fonds austères, quelquefois rehaussés d’une sorte de lumière mystique venant de l’intérieur du corps ou des profondeurs du rien. Parfois des morceaux de corps sont tordus dans le plissé.

Dans les Canvases, le trouble est total. Ce n’est plus le papier qui est froissé. On reconnaît de vraies carnations, plus crues que celles des lisses images publicitaires : points de beauté, rougeurs, … Et c’est la peau elle-même qui est manipulée, contrainte aux plis et à la distorsion. On y est mal à l’aise. Ces chairs contorsionnées en appellent à un imaginaire collectif douloureux.

On identifie bien une autre trame que celle de la peau, et différente de celle d’une image imprimée : en fait, celle d’un tissu fin. Pour produire ces images, pas de manipulation virtuelle en effet : le tissu est posé et drapé sur le dos de personnes réelles, et, par sa finesse, joue comme un écran déformant. Le tissu ne masque plus le corps, mais au contraire en exprime une vérité qui dérange. On n’est pas loin de l’essence des « vanités », avec leurs sombres présages chers à la peinture de l’après-Renaissance. Ou, à la même époque, des figurations de Marie-Madeleine, dont la repentance du modèle n’empêche nullement le spectateur de jouir de la nudité.

L’écriture, dans sa linéarité, est par nature peu apte à rendre compte de l’œuvre plastique. Elle est trop sujette à la tentation du récit, voire de la morale. C’est spécialement vrai pour des propositions comme celles de Sophie Langohr, touchant à des sujets controversés mais dont la beauté réside pour une grande part dans leur polysémie, tels des plis de drapés dont ses travaux récents font un usage sensuel et troublant. Il faudrait donc, à l’instar des fichiers dont l’artiste se sert dans son travail digital, multiplier les couches, les caches, laisser l’œil se perdre et l’intelligence poétique prendre le dessus en toute liberté. « Pour bien regarder », propose Georges Didi-Huberman, « il faut savoir ouvrir mais aussi fermer les yeux. »[iii]

Yves Randaxhe
janvier 2015

[i] Georges DIDI-HUBERMAN, Ninfa moderna. Essai sur le drapé tombé, Gallimard, 2002, p. 20

[ii] Jean GIONO, Ennemonde et autres caractères, Gallimard, 1968

[iii] Georges DIDI-HUBERMAN, op. cit. p. 127

Galerie Saint-Luc
Ecole superieure des Arts Saint-Luc Liège Bld de la Constitution 41
4020 Liège
Accessible du 6 février au 7 mars 2015 Du jeudi au samedi de 14 h à 18 h