Ce vendredi 29 mai à 20h à Etablissement d’En Face, dans le cadre de The New Break, Film Program, des films de Jacques Lizène, Eva Meyer et Eran Schaerf. Dès 19h. Screening dès 20h.

Extraits 1 et 2 – 1971 – 1972 – 8′ – muet, 8 et 16 mm – nb
JACQUES LIZENE : A.G.C.T. FILMER LE PLUS GRAND NOMBRE DE VISAGES AU MONDE
(…) « Commence à réaliser le film A.G.C.T., œuvre se proposant d’enregistrer tous les visages humains adultes, tous issus de la formule génétique A.G.C.T.… tous les visages humains existant au moment où le film a commencé à être réalisé… et tous ceux qui existeront par la suite. Film qui, par la force des choses, restera toujours inachevé mais en perpétuelle tentative d’achèvement… l’auteur, jusqu’à la fin de ses jours, réalisant de nouvelles séquences chaque fois que cela lui sera possible matériellement (financièrement). N’a été réalisé de ce projet que l’extrait n° 1, film 16 mm 6 min (pauvreté oblige). » A.G.C.T. Filmer le plus grand nombre de visages au monde est une œuvre fondatrice dans le parcours de Jacques Lizène. Ces quatre lettres désignent l’adénine et la guanine (bases puriques) la cytosine et la thymine (bases pyrimidiques) ; c’est l’alphabet de l’ADN dont Lizène s’empare, l’ADN qui contient toute l’information génétique, appelée génome, permettant le développement, le fonctionnement et la reproduction des êtres vivants. Face à l’ampleur d’un tel phénomène microcosmique et contingent, Lizène est déconcerté par la science de l’hérédité : le monde est une immense histoire génétique. Guy Jungblut filme des dizaines de visages durant six minutes, deux bobines de pellicule 16 mm, chacune de trois minutes, à Liège et en extérieur, la seconde intégralement au marché dominical. Par deux fois, la caméra s’enraye et la pellicule se voile. Qu’à cela ne tienne, ce ratage confère à cette humanité filmée un aspect auratique ou fantomatique. En fin de film, Lizène précise que « le visage des personnes déjà filmées se transformera sans doute, par vieillissement ou tout autre événement intérieur, certaines personnes dont le visage n’aura pas encore été filmé disparaîtront (vraisemblablement). Ceci montre l’impossibilité de réaliser entièrement l’œuvre commencée. Il fallait le préciser (peut-être) ».
Lizène décline également ce projet en action photographique, un projet de recensement du plus grand nombre de visages photographiés qu’il rassemble en planches-contacts. Cette démarche rappelle, bien que sur un ton différent, les Variable Piece de Douglas Huebler qui se proposait en 1970 de « photographier l’ensemble des personnes vivantes afin de fournir la représentation la plus authentique de l’espèce humaine ». Mais Lizène ne connaît pas Douglas Huebler au moment où il commence ce projet. Gageons qu’il a été étonné en découvrant la proposition pour un circuit fermé de télévision qu’Huebler envoie à la galerie Yellow : une photographie de son propre visage, « afin de le confronter à un nombre indéterminé de personnes qu’il ne verra ou ne connaîtra jamais » (…)
(…) Un second extrait d’A.G.C.T. est réalisé en 1972 et s’ajoute donc au premier extrait de six minutes produit en 1971. Il est sous-titré (Visages) et a une durée de trois minutes. Charles Vandenhove, l’architecte et collectionneur liégeois, est mentionné comme producteur. Aurait-il soutenu financièrement la réalisation ? Sans doute.
Le film est notamment proposé :
En 1971 lors de : Jungle Art Jungle. Project in Progress à Dendermonde. Sous l’égide de Celbeton (1957-1975), étonnant cercle d’avant-garde littéraire et artistique, domicilié à l’adresse d’un café populaire (« une cabane pour artistes d’avant-garde »), l’événement rassemble la crème des galeries d’avant-garde en Belgique (MTL, Wide White Space, Yellow Now, X One et New Reform) à la galerie de l’Académie des Beaux-Arts de Dendermonde.
En 1972 lors de Action/Film/Video 72 à la galerie Impact à Lausanne.
En 1973 chez les collectionneurs Dagmar et Claude Fregnac à Paris. Ils organisent régulièrement des événements chez eux au 32, rue des Thermopyles dans le 14e arrondissement. Pour cette soirée, Guy Jungblut rassemble des films d’Alain D’Hooge, Raul Marroquin, Jacques Louis Nyst, Jean-Pierre Ransonnet, Maurice Roquet et Jacques Lizène.

AGCT, filmer Le plus grand nombre de visages au monde
Extraits 1 et 2 – 1971 – 1972 – 8′ – muet, 8 et 16 mm – nb
EVA MEYER AND ERAN SCHAERF : PRO TESTING
Quelques jours après l’assaut du navire humanitaire Mavi Marmara à destination de gaza par des soldats israéliens (31 mai 2010), les agences de presse ont diffusé des images d’une manifestation à Bil’in (4 juin 2010), montrant une maquette du navire, des palestiniens déguisés en pirates israéliens et une presse réunie, qui à son tour est attaquée par des soldats israéliens. Une agence légende ces images sous le titre « conflit israélo-palestinien », une autre sous « culture palestinienne ». Pro Testing prolonge l’entrelacement du langage, de l’image et de l’événement, tout en testant simultanément une nouvelle règle du jeu. S’agit-il d’une manifestation ? Ou l’acte de filmer lui-même devient-il une manifestation – une machine destinée à afficher non pas un événement, mais ses images ? « un voyage en mer du nord » de Marcel Broodthaers s’étend à travers la méditerranée et à travers un village en Cisjordanie, pour finir – et recommencer – sur une place de ville : une manifestation qui fait référence à un événement spécifique en le reconstituant est elle-même reconstituée à travers les images diffusées par les agences de presse — mais avec un décalage temporel entre le langage et les images, crée par l’acte de la monstration. « bateau, tableau, drapeau » — ces termes se confondent facilement, et pas seulement en raison de leur similitude phonétique. Les spectateurs et les participants sont donc invités à tester leurs propres interactions

ERAN SCHAERF : BLINDED IN REMEMBERING THE PRESENT? ASK FRANZ
(Conférence-performance lors du colloque « hijacking memory. The holocaust and the new right », 12 juin 2022, haus der kulturen der welt, berlin. Vidéo-documentation / David san Millán / hkw.)
« Un jour, Andreas fait son apparition dans ma vie – comme le font souvent les personnages de roman – et me parle de la différence entre se souvenir et commémorer. Lorsqu’il visite un site mémoriel, il comprend qu’il ne peut emporter avec lui aucun souvenir de l’ancien camp de concentration. Ce temps est révolu, mais il peut commémorer l’histoire sans aucun souvenir personnel. Il semble venir d’une époque où la monnaie nationale politique de la mémoire n’est pas encore à vendre. Devenue une valeur politique et marchande. Je pense qu’Andreas doit connaître Franz, qui a écrit sur le génocide arménien. Franz vient d’un autre temps. J’emprunte le mécanisme d’horlogerie de Suchan Kinoshita pour répéter la multi chronologie de mon histoire ».
