
De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm
Michèle Sylvander, artiste plasticienne née en 1944, vit et travaille à Marseille. Connue d’abord pour ses œuvres photographiques, vidéos et installations, elle développe depuis quelques années une pratique du dessin qui s’inscrit pleinement dans la continuité de ses recherches sur l’intimité, l’identité, les rapports de genre et les structures sociales et familiales.
Juste un peu distraite, titre générique d’un processus entamé en 2020, toujours en cours aujourd’hui, est née d’un rituel quotidien. Chaque matin, au réveil, l’artiste saisit un carnet et laisse émerger, dans un état encore proche du rêve, les images qui traversent son esprit. Réalisés principalement au crayon, parfois ponctués de quelques touches de couleur, ces dessins se présentent comme des traces immédiates de pensées, de désirs, de souvenirs ou d’angoisses issus de l’inconscient.
Comme le souligne Michel Poivert, dans le bel ouvrage qu’il co-signe avec l’artiste[1], cette pratique prolonge un état somnambulique où la main semble guider seule le trait. Les figures qui apparaissent, souvent hybrides, mi-humaines mi-animales, composent un univers étrange et faunesque, marqué par une forme de maladresse assumée qui devient une qualité expressive essentielle.
Dans son entretien avec Pascal Neveux[2], Michèle Sylvander décrit ces dessins comme « une histoire de désirs » et un jeu d’associations libres. Réalisés rapidement pour ne pas perdre la force de l’intuition, ils ne prennent véritablement sens qu’une fois réunis, confrontés les uns aux autres. L’artiste les compare à des pièces de puzzle dont les liens se révèlent progressivement, offrant au regardeur la possibilité de construire sa propre narration. Elle souligne également que cette pratique, initialement fondée sur la distraction et la spontanéité, est devenue avec le temps une véritable exigence quotidienne.
Bien qu’elle ne considère pas ces dessins comme distincts de son travail photographique ou vidéo, elle estime qu’ils le renforcent. Pour elle, comme dans l’ensemble de son œuvre, la justesse naît de la fusion entre forme et contenu. La simplicité du trait, son caractère immédiat et non virtuose, lui permet d’atteindre une liberté d’imagination qu’une maîtrise technique plus démonstrative pourrait entraver. Cette apparente maladresse confère aux dessins leur puissance, leur pudeur et leur étrangeté.
Les thèmes qui traversent l’ensemble de son œuvre réapparaissent ainsi de manière récurrente : filiation, gémellité, sexualité, identité de genre, relations ambiguës entre l’humain et l’animal, mais aussi fantasmes, peurs enfantines et tourments intimes. Sylvander reconnaît dans cette récurrence la permanence d’un noyau intérieur qui irrigue toute sa création. Elle y retrouve ces « tourments enfantins » qui renvoient à la vie intérieure de chacun et qu’elle rapproche d’une forme d’« école buissonnière », évoquant à la fois l’univers de Lewis Carroll et les réflexions d’André Breton sur l’imaginaire et l’inconscient.
Ainsi, Juste un peu distraite apparaît comme un espace privilégié où s’expriment, avec une grande liberté, les dimensions les plus profondes de son univers artistique : un territoire situé entre rêve et réalité, entre mémoire et fantasme, où le dessin devient un moyen d’exploration de soi autant qu’un mode de narration poétique et troublant.
[1] Michèle Sylvander & Michel Poivert, Juste un peu distraite, Bik & Book Éditions, 2020.
[2] Juste un peu distraite. Pascal Neveux, directeur du Frac PACA, entretien avec Michèle Sylvander, Marseille, mars 2020. http://www.documentsdartistes.org/artistes/sylvander/rep-neveux.html

De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm

De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm

De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm

De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm

De la série Juste un peu distraite, 2020-2026
Crayon noir et blanc sur papie, 21 x 15 cm