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Emilio López-Menchero, Casual / Tease, Cloud Seven, Bruxelles

Emilio Lopez-Menchero, H1-H2, 2013-2026

Emilio López-Menchero participe à l’exposition Casual / Tease, accueillie par Cloud Seven à Bruxelles. Casual/Tease est un Mémorial dédié à ceux qui ne sont pas tombés à la guerre, un laboratoire itinérant mis au point par le Global Center for Peace Innovation de l’université de Columbia. L’exposition est curatée par Hadas Zahavi.

Artiste participants : Reza Aramesh, Julieta Aranda, Kader Attia, Nina Berman, Julian Charrière, Baptist Coelho, Detex, Kendell Geers, Shilpa Gupta, Dan Halter, Majd Abdel Hamid, Mona Hatoum, Hideyuki Ishibashi, Benoît Jacquemin, Will Kerr, Lesia Khomenko, Kapwani Kiwanga, Daria Koltsova, Vera Kox, Anton Kusters, Rachel Labastie, Emilio López-Menchero, Edgar Martins, Ismail Matar, Aimé Mpane & Jean Pierre Müller, Pratchaya Phinthong, Walid Raad, Shareef Sarhan, Omid Shirazi, Laure Tixier, Danh Vō, Meltem Yildiz, Mohammad Zaza, Zgjim Zyba

Le communiqué :

Nous pensons savoir à quoi ressemble le mal. Des flashs d’information aux réseaux sociaux, nous sommes submergés par un flux constant d’images de victimes se découpant sur des façades effondrées, des murs noircis, de la poussière en suspension dans l’air et des rues paralysées sous les décombres. Dans ce flot d’images, nous apprenons où chercher les victimes et, tout aussi crucial, où ne pas les chercher : au cœur du cours ininterrompu de la routine quotidienne. Casual/Tease s’attarde précisément là où rien ne semble se passer, au cœur de la continuité désinvolte de la vie quotidienne : une vue paisible depuis une fenêtre donnant sur un boulevard en fleurs, une échelle de maison appuyée à portée de main, un vase en céramique fait main prêt à accueillir un bouquet. Chaque œuvre de Casual/Tease apparaît d’abord comme un petit fragment innocent de la vie quotidienne, saisi dans un moment fugace de sérénité. Mais en y regardant de plus près, cette sérénité commence à se fissurer. La vue depuis la fenêtre emprunte le regard d’un drone militaire ; l’échelle devient la quête impossible de nourriture au cœur d’un génocide ; le vase délicat révèle la forme d’une grenade, fabriquée à la main au Japon en temps de guerre. Regarder ici, c’est donc non seulement découvrir ce qui était caché, mais aussi se confronter à ce que la perception elle-même a été conditionnée à ignorer.

Ce qui apparaît alors, c’est un champ dispersé d’implications dans lequel ni les blessures ni l’action ne restent confinées au théâtre de la guerre. Tout d’abord, les œuvres nous mettent face à face avec ceux qui produisent ces victimes depuis des espaces qui conservent encore l’apparence d’une vie ordinaire : des laboratoires universitaires lumineux, associés au progrès humain, où prennent forme les technologies de guerre, en passant par les bureaux spacieux où leur production est financée et leur vente négociée, jusqu’aux circuits commerciaux quotidiens où les armes circulent au milieu du flux ordinaire des marchandises, et enfin à la distance sécurisée d’où les armées déploient des technologies de guerre à distance, préservant ici l’apparence de la vie quotidienne tout en la paralysant ailleurs. L’exposition étend également cette confrontation à ceux qui vivent aux côtés des victimes de la guerre dans des lieux où la vie quotidienne semble avoir repris son cours : marchant sur un sol empoisonné, respirant un air contaminé, habitant des paysages jonchés des vestiges de guerres passées, et vivant au milieu de matériaux dans lesquels la violence militaire persiste silencieusement longtemps après que le moment de l’impact a disparu de la vue. En réunissant ces deux extrémités d’un même continuum, Casual/Tease s’oppose aux structures qui les lient, tendant vers une autre sorte de réalité « casual » ; une réalité qui ne laisse aucune victime dans son sillage.

H1-H2

A l’occasion  de cette exposition, Emilio Lopez-Menchero réactive un dispositif créé en 2013, suite à la visite qu’il fit à Hebron en Cisjordanie en 2009. Son titre H1/H2 fait référence au protocole d’Hébron : depuis 1997 la ville est en effet divisée en deux zones : H1, sous contrôle administratif palestinien recouvre l’essentiel de la ville où vivent 100 000 Palestiniens, et H2, sous contrôle de l’Armée de défense d’Israël, représente la bordure orientale de la cité (où vivent environ 30 000 Palestiniens) qui comprend des colonies de peuplement juif de 600 à 800 colons près du centre-ville, sous souveraineté israélienne, protégés par près de 2 000 militaires israéliens. Dans la vieille ville située dans le secteur H2, sous souveraineté israélienne, des grillages ont dû être installés par les Palestiniens au-dessus les ruelles et patios afin de se protéger des jets d’ordures et de déchets lancés de leurs fenêtres par les colons israéliens.

 

Cloud Seven. Du 10 septembre au 21 février 2027