jeu. 24 sept. 2026
19h30-21h
Dans le cadre de l’exposition « Suspects, Van Gogh, Tricksters and Co » :
Au cours de cette soirée, plusieurs films d’artistes présentés au sein de l’exposition seront projetés et introduits par la co-commissaire de l’exposition Margaux Bonopera.
Grâce à des nombreuses expérimentations narratives, visuelles et techniques, les films proposés s’amusent des limites et des contraintes du médium vidéo et ce, toujours au travers de tonalités et de récits humoristiques, provocants, décalés ou carrément affligeants.
Parmi les artistes présenté.es : Cameron Jamie, Jacques Lizène, Anna Byskov, Ellen Cantor, Maria Lassnig, Robert Filliou et Urs Lüthi.
En 1979, Jean Paul Tréfois invite Jacques Lizène à produire une œuvre pour l’émission Vidéographie. Cette émission est un véritable ovni dans le ciel des télévisions publiques européennes. Conseillé par le réalisateur Paul Paquay, Lizène réalise Quelques Séquences d’art sans talent, une suite de saynètes que l’artiste qualifiera lui-même de « parfaitement affligeantes ».
Réaffirmant dès le générique la revendication déjà formulée en 1978 lors du Symposium de performances de Lyon ( Considérant que l’artiste de la médiocrité a le droit à l’argent et à la célébrité, plus que l’artiste talentueux qui, lui, peut se satisfaire de son art) , Lizène détourne les codes visuels et narratifs de la télévision pour les retourner contre eux- mêmes. Il compose une succession de saynètes et de pitreries « à refaire en pire ». Il suit du doigt un point noir à l’écran, repousse la mire d’une pichenette, chante sans que l’on puisse l’entendre, s’efforce de maintenir son corps dans le cadre de l’image, forme un étron en pressant un tube de peinture, se dandine puis se désagrège entre deux femmes nues qui dansent, une plume de paon glissée entre les fesses, avant de se dissoudre et de disparaître en brandissant un drapeau blanc. Plus loin, il prend les allures d’un cuisinier minable. Le visage enfariné, il débite à grands coups de couteau un cervelas extrait de sa braguette, puis un concombre, une carotte et une aubergine. Derrière lui, une paire de seins se trémousse avec entrain. Nullissime pitrerie, Vasectomie Youppie ! Il réalise enfin une peinture minable façon action painting en crachant sur une vitre placée devant l’objectif de la caméra. À l’écran, une série de messages viennent systématiquement discréditer ces actions : « Mauvaises, à refaire, pas assez ratées, sans intérêt, insignifiantes, d’un infantilisme navrant, ineptes, injustifiables, inexpressives. »
Avec un sens consommé de la provocation et du loufoque, Lizène recourt aux manipulations caractéristiques des temps héroïques de l’art vidéo – écrans divisés, incrustations, virages chromatiques – pour prendre à rebours la grande machine hypnotique qu’est devenue la télévision, tout en condensant l’essentiel de ses positions artistiques. Prévue pour une diffusion sur Télé 2, la seconde chaîne de la RTBF, le 1er avril 1980, l’œuvre est retirée de la programmation quelques heures avant sa diffusion à l’antenne. Ce n’est pas un poisson d’avril et ce n’est pas la première fois que Lizène est censuré. Elle ne sera finalement diffusée par la RTBF qu’un an plus tard, en avril 1981.
Jacques Lizène, Quelques Séquences d’art sans talent, 1979-1980, vidéo, couleurs, son, 8 min 42. Production Vidéographie, Liège.