Archives de catégorie : L’actualité à la galerie

Art on Paper Brussels, les image (1)

Jacques Charlier, La courbure de l’art, 2009
Jacques Charlier, to be in he know or not, 1976

TO BE IN THE KNOW OR NOT, IAN WILSON, 1976

«  C’est à partir de la fin des années 1960 à New York au contact d’artistes qualifiés de conceptuels comme Joseph Kosuth, Robert Barry ou Lawrence Weiner avec lesquels il eut de nombreux échanges, que Ian Wilson initie un travail essentiellement basé sur l’utilisation du langage. En 1968, une de ses premières pièces consiste à prendre le mot « temps », pendant toute la durée de l’année en cours, comme «objet» de recherche. Ainsi, allant à un vernissage dans une galerie, si quelqu’un lui demandait ce qu’il faisait en ce moment, il répondait qu’il était intéressé par le mot temps ou encore, si on l’interrogeait sur le fait de savoir comment le temps pouvait être le sujet de ses créations, il avançait « en tant qu’il est parlé, “temps” ». 1 « Pour Ian Wilson, explique Ghislain Mollet-Viéville, l’art conceptuel prend les principes de l’abstraction visuelle pour les appliquer au langage qui lui semble le moyen d’expression le plus informel. Sa volonté de décrire des concepts sans référence physique ou visuelle l’amène à avoir pour point de départ le connu et l’inconnu ». Ainsi peut-on lire, par exemple, dans la « Section 22 », 9 feuilles tapuscrites, datées de 1978 : « The unknown is known as unknown. That character of it that is known as unknown is known ». (Collection Ghislain Mollet-Viéville). Sur le carton d’invitation de la Discussion que Ian Wilson tient au Van Abbemuseum d’Eindhoven, le 3 juin 1983, est imprimé cette proposition ô combien sibylline : « that which is both known and unknown is what is known that which is both known and unknown is not known as both known and unknown whatever is known is just known ». 2 Vous me suivez ?

« Ian Wilson souligne qu’il n’est pas un poète et qu’il « considère la communication orale comme une sculpture ». L’artiste l’affirme plus clairement encore dans les discussions avec des interlocuteurs divers qu’il organise en les préparant à partir de 1972. Aucun enregistrement ni aucune prise de notes ne sont autorisés au cours de ces échanges qui se déroulent en un temps limité (généralement une heure) et avec une assistance restreinte (le nombre de places disponibles pour prendre part à l’œuvre est lui aussi fixé). Un certificat signé par l’artiste atteste que la pièce a bien été réalisée. L’absolu, sa définition et sa quête, sont bien souvent au cœur des échanges. En réduisant l’art à sa dimension verbale – « tout art est information et communication », avance I. Wilson qui confirme avoir « choisi de parler plutôt que de sculpter » – l’artiste évite l’assimilation de la création à la fabrication d’un objet, ouvrant alors la voie à ce qui, en 1968, a été qualifié par Lucy R. Lippard et John Chandler de dématérialisation de l’œuvre, phénomène marquant l’art de l’époque »3. « Le concept mis en place par Ian Wilson, continue Ghislain Mollet-Viéville, se veut séparé de la connaissance du monde extérieur pour mieux se concentrer sur lui-même. Ce qui lui parait important à travers ses discussions c’est la prise de conscience que l’on est et que cette connaissance sans dimension ni forme, aille au delà de l’espace et du temps pour traiter non pas de l’idée en tant que tel mais du degré d’abstraction de cette idée ». 4

Les « Discussions » que l’artiste new-yorkais tient dans les musées, les galeries ou chez les particuliers sont évidemment du pain béni pour Jacques Charlier, qui croque dès lors Ian Wilson en 1976. Et l’on remarquera le parallèle qui existe entre les Photos – Sketches et cette série de dessins consacrés à l’artiste new-yorkais. Une suite en six planches, comme un « Dessins – Sketch », qui, d’abord, contextualise la « Discussion » à venir (la carafe, le verre d’eau du conférencier). Ian Wilson, ensuite, se concentre, se mesure et, Socrate des Temps Conceptuels, plonge dans sa propre pensée. Le verbe enfin surgit, « The Know » en premier, « The Unknow » pour suivre, enfin la « Discussion », comme une logorrhée. Jusqu’au moment où l’un des spectateurs invisibles intervient et demande à l’artiste : « Why do you look right and left before you cross a street ? ». Moment d’affolement et d’interrogation dans le regard de Wilson qui finit par répondre : « Yes ! That’s really a good question ! ». Le voilà qui redescend des cimes absolues, avant de traverser la rue.
A nouveau, il y a bien des choses derrière le stéréotype qui déclenche le rire, ce sens commun entre rire et sérieux, le sérieux de Wilson et le rire de Charlier. L’humour justement associe toujours le sérieux au comique. Et l’art de Wilson est le principe même d’une démarche très sérieure, pas même Charlier n’en doute. Mais celui-ci sait que rire de se prendre au sérieux, c’est prendre au sérieux ce rire démystificateur.

1 Ian Wilson, cycle Rolywholyover, septième et dernier épisode, Mamco, Genève, 2009

2 Oscar van den Boogaard, Interview Ian Wilson, Jan Mot Gallery Newspaper 32, May-June 2002

3 Mamco, Cycle Rolywholyover, ibidem.

4 Ghislain Mollet-Viéville, ma collection au Mamco, Ian Wilson, Section 22, sur son site internet.

Sandrine Morgante, The Galleries Show, Antwerpen, preview

Pour le Galleries Show 2 organisé par Office Baroque, Sandrine Morgante revisite Taalbarrière, une installation récemment exposée à l’IKOB à Eupen, à l’occasion de du Prix de l’art féministe 2022. Taalbarrière, fait apparaître, au travers d’une série de 60 dessins, les déterminations culturelles, psychologiques, socio-économiques et géographiques des communautés linguistiques belges.

SANDRINE MORGANTE a grandi dans la campagne liégeoise, puis a étudié à La Cambre à Bruxelles, où elle a également été assistante et conférencière, avant d’entamer une résidence au HISK à Gand. Son travail a été présenté dans diverses institutions belges dont l’IKOB, le WIELS (Regenerate, 2021), Art Contest, le Musée de la Boverie et la Space Collection à Liège, mais aussi sous forme de contributions aux magazines Archivio, la Revue Roven, Kluger Hans et TIM. Ses dessins, qui portent sur l’écriture et la parole, sont la retranscription visuelle de dialogues issus d’interviews, d’enregistrements audio de pensées nocturnes, ou de souvenirs de conversations spontanées.

Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021, vue de l’exposition à l’IKOB Eupen (photo Dani Gherca)
Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021, vue de l’exposition à l’IKOB Eupen (photo Dani Gherca)

sur le site du magazine politique et culturel Agir pour la culture, Aurélien Berthier commente le travail :

Que veut dire apprendre une langue dans un contexte de conflit linguistique et de concurrence interrégionale ? Quel imaginaire ça développe et comment ça joue sur l’apprentissage (ou son impossibilité) d’une langue étrangère jugée ennemie ? La plasticienne bruxelloise Sandrine Morgante interroge dans son projet « Taalbarrière » la manière dont est vécu le conflit linguistique belge par des élèves de secondaire qui apprennent la langue de l’autre communauté. Après recueil de leur parole, elle recouvre des feuilles de cours de langue de la retranscription d’extraits de leurs témoignages mis en dessin. On y lit des stéréotypes communautaires (battus en brèche… ou pas), les blocages dans l’apprentissage et les récits personnels de chacun·e face à la culture de l’autre. Le tout dans des tournures de phrases créatives et poétiques, propres à celui ou celle qui tente une autre langue.

Une soixantaine de ces dessins sont exposés sur un alignement de tables de classe symbolisant la barrière linguistique. Ces écrits fragmentaires dessinés sur les copies en noir et blanc de manuels scolaires, mis bout à bout, racontent un aspect de la Belgique actuelle, tellement divisée. Elle rend visible des disparités sociales, économiques et culturelles de tout genre entre les régions du pays.

Recopier les paroles des élèves sur des pages de manuels scolaires n’est pas anodin. Face à l’attente d’un parler très standardisé induit par ces méthodes des cours de langue, les gribouillages en écriture automatique qui recouvrent la feuille de cours agissent comme pour juguler l’ennui. Et introduire vie et rêverie.

Il s’agit de « révéler le hors cadre de la feuille, de montrer que la mauvaise réponse scolaire est peut-être aussi finalement la bonne réponse au niveau du sens et de la motivation à apprendre une langue ».

Les paroles récoltées sont aussi mises en scène dans un montage audio serré de 55 minutes. Cette création sonore fait dialoguer virtuellement les deux communautés. On passe d’une langue à l’autre, avec ses erreurs révélatrices, ses bricolages et ses belles inventions. À écouter sur SoundCloud

Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021 (détail)
Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021 (détail)
Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021 (détail)

Art On Paper, Brussels, Jacques Charlier, preview

La Courbure de l’art, couverture

Caméléon du style, Jacques Charlier s’est toujours promis de pratiquer tous les media, la peinture, l’installation, le dessin, la musique, la performance, l’écriture, le film et la vidéo ainsi que la bande dessinée. Dans ce dernier domaine, il y eut d’abord Rrose Selavy (1977), ensuite La Route de l’art (1982) et finalement Cette Courbure de l’Art parue en 2009, avec la complicité de Bernar Venet. Les planches originales ont fait l’objet d’une exposition à BOZAR lors de la parution du livre, quelques mois après la formidable censure des Sexes d’Artistes de Jacques Charlier par la ville et la biennale de Venise. Florilège choisi parmi les 73 planches dessinées par Charlier.

(…)
On remarquera la prémonition dont fait preuve Charlier : les arcs de Bernard Venet ont en effet été inondés et emportés par les flots lors des inondations de l’été 2022
(…)
On se rappelle du saut dans les poubelles de Venet, réponse pragmatique au saut dans le vide d’Yves Klein, réalisé un an plus tôt.
Lawrence Weiner et Bernar Venet
Christo, Jeanne Claude et Bernar Venet
Guillaume Durand et Arman
Enrico Pedrini, théoricien de l’art conceptuel
Le monde de l’art…
(…)
Lawrence Weiner, présentateur télé à la place de Guillaume Durant
Carolee Schneeman

The Galleries Show 2, Antwerpen, 6-9 octobre

La galerie participe à The Galleries Show, organisée par Office Baroque et montera des oeuvres de Jacqueline Mesmaeker et Sandrine Morgante

Sandrine Morgante, Taalbarriere, 2021 (détail)
Jacqueline Mesmaeker
Variables, 2020
Gouache et crayon de couleurs sur papier, 29,7 x 21 cm.

The Galleries Show 2 is an iteration of the namesake art fair project at Extra City in Antwerp in 2005. The second edition will be running from Thursday 6 thru Sunday 9 October in a former gym on Everdijstraat in Antwerp. The exhibition venue is part of a 1970’s storefront shopping mall that was shaped after a beehive.

The Galleries Show 2 is a 4-day co-op art fair project that invites 8 galleries to bring single or two-person presentations. This edition will be devoted to redefining the local in post-covid times. How do galleries and art spaces find new balances between local events and reaching larger audiences? What are current needs and how can these be addressed by existing presentation and support structures? The Galleries Show 2 as a project stimulates galleries to develop new and shared practices.

The Galleries Show 2 is organised by Kraft Studios & Office Baroque.

Clima, Milan
Drei, Cologne
Klemm’s, Berlin
Office Baroque, Antwerp
Piktogram, Warsaw
Dawid Radziszewski, Warsaw
Suprainfinit, Bucharest
Nadja Vilenne, Liège

Winkelcentrum Oudaan
Everdijstraat 30
2000 Antwerpen

Thursday 6, thru Sunday 9 October

Hours:
Opening night, Thursday from 5pm — 9pm
Friday and Saturday from 12 — 7pm
Sunday from 10am — 6pm2
Free of Charge

Jacques Lizène, Around Art Vidéo, Lille, tentatives et interruption

Jacques Lizène (1946-2021)
Tentative de dressage d’une caméra
Tentative d’échapper à la surveillance d’une caméra, 1971
Portapack Sony transféré et numérisé, NB, son, 2’11.
Production Yellow Now, Liège

Elle est docile la caméra ? Allez, fait le beau, la caméra ! Claquant du doigts, Jacques Lizène tente de dresser une caméra. Couchée, la caméra ! Ensuite, d’un bout à l’autre de l’écran, le Petit Maître, tente d’échapper à la surveillance de cette même caméra. Œuvre à la fois filmique et performative, cette séquence réalisée en 1971 est le troisième film de Jacques Lizène, après Travelling sur un mur (je ne procréerai pas) et Absence de sujet filmé, et témoigne des débuts de l’art vidéo en Belgique. Cette œuvre apprivoise, entre lucidité et maladresse, ce nouveau médium entré dans le champ des arts plastique, elle est aussi d’une grande conscience politique, mettant en jeu la domination des médias, la soumission à l’ordre dominant, le discours sur la servitude volontaire.

Jacques Lizène (1946-2021)
Interruption de lumière, 1971
Film NB sans son, 8 mm transféré, 3’39
Production Yellow Now, Liège 

Un seul long plan fixe long de plus de trois minutes : la caméra fixe une prise électrique au bas d’un mur. Une main apparaît dans le champ et retire la prise. Noir. Interruption de lumière. Coupure. Le générique, tapé sur la Remington portative de l’artiste précise : « L’auteur n’apprécie pas vraiment son film. S’il l’a réalisé, c’est parce qu’il se méprise un peu de temps en temps… (peut-être) ».

Ce film s’inscrit dans un cycle d’œuvres où l’on retrouve Volet Clos, Noir Funèbre, Extinction de l’œuf et bien sûr la Vasectomie, sculpture interne : D’une manière générale, les choses étant ce qu’elles sont, Jacques Lizène ne procréera pas…Hopla ! Il subira volontairement la vasectomie (stérilisation par coupure des canaux déférents). Dès ce moment, il portera en lui une sculpture interne. Coupure

Jacques Lizène, Around Art Vidéo, Hôtel Moxy, Lille, 30 sept – 2 octobre

La galerie participe à la deuxième édition de Around Art Vidéo à Lille et projettera quelques films des années 70 de Jacques Lizène, également présent à Bruxelles dans l’exposition The 1970s, organisée par ARGOS.

Vernissage le vendredi 30 septembre de 18 à 22h . Samedi 1 et dimanche 2 octobre : de 14 à 19h. Hotel Moxy-Mariott. Rue Jean Bart, 59000 Lille, France

Paréidolie, Marseille, les images

Gaetane Verbruggen
Benjamin Monti
Benjamin Monti, Histoires naturelles
Benjamin Monti, Tou doit disparaître
Benjamin Monti – Jacques Lizène
Jacques Lizène
Jacques Lizène
Jacques Lizène
Jacqueline Mesmaeker
Jacqueline Mesmaeker, Les Variables
Alevina Kakhidze

Alevtina Kakhidze, Paréidolie, Marseille, preview

Alevtina Kakhidze
Crisis on politics in family, state and garden 2014 – 2022
11 drawings on various supports (paper, notebooks), variable dimensions displayed in a showcase, 70 x 130 cm
2014 Crisis in my marriage. A lot of not solved… A ring. A book.
Husband, me, 14.03.2014. Simone de Beauvoir (my husband is reading Simone de Beauvoir’s essay)
During the crisis with my husband in 2014 I was keep telling: lie of my husband hurts me more than lie of Putin… I was mistaken… 24.02.2022
Crisis in country
Gardening is mainly about politics
Happy Birthday Greetings
My friends at war during this spring.
13. donations:
To Armed Forces of Ukraine To family of refugees
To Armed Forces of Ukraine To Armed Forces of Ukraine To Ambulance
To Zoo
To animals
To cancer patients

Benjamin Monti, Paréidolie Marseille, preview, Tout doit disparaître, 2022

Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022
Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022
Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022
Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022
Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022
Benjamin Monti, Tout doit disparaître, collage de papiers déchirés, 2022

Jacques Lizène, Pareidolie, Marseille, preview

Jacques Lizène
Le Nul descendant un escalier, 2014
Performance improvisée au Palais de Tokyo, photos de Jean-Baptiste de Beauvais
Et dessin raté d’un escalier en double colimaçons… projet de sculpture qui n’est pas du Léonard de Vinci.
Photographies numériques couleurs et copies numériques de dessins, 150 x 50 cm

Lu dans l’entretien que Marcel Duchamp accorde à Pierre Cabanne en 1966 :

– Vous avez fait beaucoup d’illustrations d’après Laforgue ?
– Une dizaine. Je ne sais même pas où elles sont. Je crois que Breton en a une qui s’appelait « Médiocrité ». Il y avait aussi un « Nu remontant un escalier » d’où est sortie l’idée du tableau que j’ai exécuté quelques mois après…
– C’est « Encore cet astre »?
– Oui c’est cela. Dans le tableau, j’ai représenté le nu en train de descendre. C’était plus pictural, plus majestueux.

Jacques Lizène
Sculpture génétique (1971), Manzoni croisé Lizène, en remake 2015. Manzoni, merda d’artista (1961) – Lizène, peindre avec sa matière fécale (1977). Être son propre tube de couleur. Technique mixte, impression jet d’encre, peinture à la matière fécale sur papier, encre, acrylique, 101 x 75 cm.
Jacques Lizène
Art syncrétique (1964), sculpture génétique (1971), en totem et en remake 2014
Encre et crayon sur calques, 3 x 29,7 x 21 cm
Jacques Lizène
Art syncrétique (1964), sculpture génétique (1971), en totem et en remake 2014
Encre et crayon sur calques, 3 x 29,7 x 21 cm