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Werner Cuvelier, SPXXXVI, Retrato de las Negras, 1980, documents

1980. Juillet- Août : travaille sur le SP XXXVI, Retrato de las Negras, à La Negras.

Las Negras est un hameau espagnol appartenant à la municipalité de Níjar, dans la province d’Almería, communauté autonome d’Andalousie. Il est situé dans le parc naturel de Cabo de Gata-Níjar, à environ 50 km de la capitale provinciale, Almería

1981. Exposition personnelle : Werner Cuvelier, Statistic Project XXXVI. Retrato de Las Negras. Galerie Richard Foncke, Octobre – 8 novembre 1981.

Werner Cuvelier SPXXXVI, Retrato de Las Negras, portraits de Las Negras, catalogue, 4 pages, 27 x 21 cm, 1981, Edition galerie Richard Foncke. Ce dépliant présente les noms des 129 habitants de Las Negras et leur âge au moment de la conception de l’oeuvre. Le patronyme des hommes est imprimé en rouge, celui des femmes en bleu.
Extrait du Notebook SP XXXVI
Accrochage du SP XXXVI Retrato de L.N. galerie Richard Foncke, Gand.
SP XXXVI, exposition à Voorkammer, Lier, 2009
Gazet Van Antwerpen, 24 octobre 1981

Jusqu’au 8 novembre, un projet de Werner Cuvelier exposé à la galerie Richard Foncke au Sint Jansvest à Gand.

Retrato de L.N … prend comme point de départ la population d’un village en Espagne, telle qu’elle était composée en juillet – août 1980. Il s’agit d’un village qui comptait 129 habitants à l’époque. Le catalogue, qui constitue en fait une partie de l’ouvrage, contient une liste alphabétique des noms de ces habitants, numérotés de 1 à 129, avec indication de l’âge. Les noms des habitants masculins sont imprimés en rouge, ceux des femmes en bleu.

L’exposition elle-même comprend deux parties. La première partie présente des photographies en couleur des habitants, classées par âge. Treize clichés manquent pour des raisons diverses : maladie, absence au moment de l’action, service militaire et refus de principe. Sous chaque portrait, les noms de famille habituels en Espagne sont mentionnés : D’abord celui du père, puis celui de la mère. Ensuite le prénom et l’âge. Les photos manquantes étaient indiquées par un rectangle noir. La liste ainsi établie constitue le point de départ de la conception.

Dans la deuxième partie de l’exposition, neuf séries de photographies en noir et blanc sont prises des mêmes personnes, avec les mêmes données, avec la même image, mais chaque fois disposées selon une méthode différente : d’abord la relation homme-femme, puis les âges, puis les groupes d’âge, les familles, les frères et sœurs, les noms, les prénoms, un ordre aléatoire et enfin un deuxième ordre aléatoire, dans lequel un certain nombre de photos sont accrochées à l’envers de sorte que l’on a presque l’impression de regarder une série de pièces de puzzle. Certains arrangements ont été montés verticalement, d’autres horizontalement, en fonction des effets graphiques des différentes séries. Les photos et les textes d’accompagnement sont clairement séparés les uns des autres

Le point de départ du projet est donc la visite de Werner Cuvelier dans un petit village espagnol au cours de l’été 1980. L’ensemble comprend à la fois l’action et la conception, l’action, en tant que partie intégrante de l’œuvre d’art, précédant la création de la forme. Le résultat final, la conception, est entièrement déterminé par des données sociologiques directement accessibles déterminantes quant à la compréhension du village lui-même au moment de l’action. Par la manière dont les données sociologiques ont été transformées en matériel visuel et par la disposition de ce matériel visuel selon différents systèmes, apparait un ensemble diagrammes qui rappelle fortement les statistiques élaborées graphiquement. Dans un certain sens, ils le sont, mais pas au sens habituel des récapitulatifs ou des analyses fonctionnelles. Il s’agit plutôt de symboles qui partent d’une réalité sociologique sous-jacente, sans intention d’interférer avec cette réalité ou de l’étudier scientifiquement.De ce point de vue, on peut considérer ce projet comme une forme d’art administratif, ou, plutôt, comme un art sociologique.

Image et explication de l’image

Au niveau de l’apparence visuelle, la répétition régulière des mêmes images photographiques dans une disposition statistique variable conduit à un effet curieux : plus on voit de dispositions différentes, plus on ne peut échapper à l’impression que l’image totale, et aussi ses parties constitutives, s’éloignent de plus en plus du point de départ sociologique, car au niveau visuel il y a un processus d’identification, une rupture entre l’objet original et le document ultérieur. C’est le résultat du changement constant des images avec les mêmes éléments (un effet qui se produit probablement aussi dans l’administration réelle). Le point culminant de ce processus de distanciation se produit au neuvième et tout dernier arrangement, en examinant plusieurs photographies renversées. Le même effet se produit également lors du suivi des données d’identité manuscrites. Ces textes ont bien sûr une fonction explicative des images, mais ils peuvent aussi être considérés comme des éléments graphiques appartenant aux images, comme des dessins. Retrato de L.N. ., dans son résultat final est un projet avec beaucoup de possibilités. C’est pourquoi il est si fascinant.

P. Huylsebroek