Honoré d’O, No polliplan Tic Tac Space, les images (suite et fin)

 

 

Trois extraits de (l’excellent) dossier pédagogique qui accompagne l’exposition :

L’oeuvre d’Honoré d’O est aussi insolite que prolifique, exhubérante et pleine de mystère à la fois. Lorsque Honoré d’O nous parle de son oeuvre, c’est fort souvent dans un singulier sabir où il mêle le français, le néerlandais et l’anglais, un discours tout en dérivés, aux nombreux néologismes, aux contractions imagées. Tout comme dans son oeuvre plastique, il utilise le paradoxe et l’oxymore, l’hybridité du langage. Il y a un grand amour du mot et de la langue dans le travail d’Honoré d’O, bien qu’à première vue chacune de ses réalisations semble «cacophonique» et «orgiaque». S’il y a amour de la langue dans ce travail, il y a aussi le plaisir de l’objet plastique le plus anodin ou du moins le moins visible, la gaine éléctrique destinée à rester calfeutrée dans les cloisons murales et qui devient une lance, un lasso téméraire ou bien même un tableau, le serre joint anodin qui se révèle hirsute et rigolo, le ruban d’isolation en mousse qui dessine des courbes et qui chatouille notre regard… Honoré d’O est un inventeur, un cabaliste plasticien, un poète savant qui met en image le langage des étoiles.

Ce qui frappe à prori dans les mises en espace d’Honoré d’O c’est l’éclectisme, le télescopage, l’amalgame,le parasitage, le frustre, la confusion… Ce sont des notions caractéristiques d’une époque et d’une culture compulsive prise entre la compilation des signes, le jeu des citations implicites et le déni du geste comme élément significatif du processus d’élaboration des images. Mais cet apparent chaos est organisé avec soin, ce désordre est feint, pour que l’on puisse, non s’y perdre, mais s’y retrouver ! De tout ce bric à brac surgissent des rencontres. Composée de ces petits riens mis en réseau, où se démultiplient les significations par autant d’éclosions, de greffes, de sutures et/ou de rejets, l’exposition d’Honoré d’O au Parvis cartographie un grand corps ouvert, celui du lieu dans lequel nous nous trouvons, où les flux d’images et de signes tissent des phénomènes et des mystères, en tous points semblables à ceux du vaste univers qui nous englobe.

Les murs et l’espace d’exposition sont envahis par une juxtaposition de signes linéaires, aux configurations géométriques ou organiques. Réalisés principalement en tuyau de pvc gris, matériau pauvre, ces signes sont d’abord remarquables par l’inventivité des combinaisons formelles qui semblent infinie. Ces variations illogiques peuvent être envisagées comme des hiéroglyphes indéchiffrables, à la manière de certaines peintures de Paul Klee qui soulignent la proximité entre écrire et dessiner. Pour l’artiste, ces signes peuvent être aussi l’équivalent des dessins de constellations.