Sophie Langohr, Art au Centre, Genève

L’initiative liégeoise animée par Maxime Moinet s’exporte…

Sophie Langohr et Orto Botanico Studio, Pain / Roses, installation à Liège, rue de l’Université.

Dans un désir de décloisonnement de l’art contemporain, Halle Nord a conçu l’exposition collective Art au Centre Genève aux dimensions de la ville. Nous avons élaboré un parcours d’expositions en vitrines qui se déploie depuis le quartier des Acacias jusqu’aux Pâquis, pour présenter la vitalité de la création locale. Art au Centre Genève invite la population genevoise à découvrir une constellation de travaux de 20 artistes invité.e.s par 10 com­missaires d’exposition.

Une manière originale de créer de nouveaux liens entre les artistes et la cité. Le concept est simple ; chaque artiste dispose librement d’une vitrine qui reste accessible au public jour et nuit, sept jours sur sept. 

Ce projet grand format est une réponse immédiate et solidaire à la fermeture des lieux culturels durant la pandémie. Une situation qui a fragilisé financièrement le milieu artistique qui s’est retrouvé dans l’impossibilité de montrer ses productions. Plus largement, ce projet vise à soutenir les artistes visuels et les corps de métier qui les accompagnent.

Mon travail repose sur l’étude et l’interprétation d’œuvres patrimoniales. Je m’approprie des images ou des objets chargés d’histoire et m’exprime à travers leurs propres modes de construction et de production de sens. Par différents procédés de refabrication, je les revisite, les détourne et les subvertit pour les faire parler autrement dans de nouveaux contextes.

Pour cette installation, réalisée en collaboration avec Orto Botanico Studio[1] et conçue spécialement pour Art Au Centre 5, je me suis inspirée de l’ancienne tradition des vases de mariées. Ces vases en porcelaine blanche furent abondamment produits en France et en Belgique entre le milieu du 19ème et le début du 20ème siècle. Ils faisaient partie du rituel du mariage et étaient conservés, ornés des fleurs de la couronne ou du bouquet de la mariée, sous un globe de verre posé sur un socle en bois peint. Leur ornementation fait appel au registre de l’amour éternel, de la fécondité et de la prospérité tandis que leur forme de coquille ou d’éventail largement ouvert est un symbole de réceptivité aux influences célestes. L’organicité de ces vases que j’ai, ici, librement réinterprétés, témoigne de la pensée naturaliste du 19ème siècle.

Cette idéologie a également nourri une édifiante littérature misogyne qui, à l’époque, participait au maintien des femmes artistes hors de la sphère publique et dont ce texte est exemplaire: « Les femmes sont encore rarement enclines aux activités intellectuelles (…). Parce qu’elles ont en général un agréable sens de la forme, des perceptions rapides, de la fantaisie et une imagination souvent vive, il n’est pas surprenant que le modelage de l’argile tente leurs jolis doigts. De même, leur nature incite les femmes à sculpter des motifs fantaisistes et sentimentaux plutôt que (…) des œuvres de pure imagination créatrice »[2].

En réaction et pour la chanson, j’ai donc adopté cette marche à suivre : « Du pain et des roses ! Du pain et des roses ! [3] » Et j’ai laissé mes mains se souvenir du meilleur et du pire pour sculpter des pains de terre et de mousse.

Sophie Langohr

[1] Amanda Petrella

[2] John Jackson Jarves, 1871.

[3] La chanson populaire Bread and Roses a été composée à l’occasion de grèves ouvrières aux USA en 1912, ce slogan féministe a été repris par la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence.

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