Jacques Halbert

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Jaques Halbert

Jacques Halbert

C’est en 1975 que Jacques Halbert peint sa première cerise. Dès lors, ce sujet gourmand ne cessera plus de nourrir son oeuvre prolifique, animant selon des rythmes réguliers ou des compositions aléatoires la surface monochrome, de préférence bleue, de ses toiles. Le motif de la cerise comme revendication de sa position artistique mena l‘artiste de la peinture à la performance, de la France aux Etats-Unis, lui faisant partager l’aventure de Fluxus ou s’associer aux expériences du Eat Art. Cependant, toutes les voies explorées, comme les différents mediums et supports utilisés, n’ont jamais pu détrôner l’attachement profond de l‘artiste à la peinture, qui demeure pour lui la pratique fondatrice. (…) La cerise est le seul motif qui traverse de façon continue son travail sur ces trente dernières années.

(…) Au delà de l’effet de  » signature  » qui lie ce motif à l’artiste, l’exposition entend mettre à jour les déclinaisons infinies qui s’expriment dans ces inlassables répétitions, et en cela appréhender les qualités et préoccupations proprement picturales du travail de Jacques Halbert. Il s’agit ici également de s‘interroger sur l‘étonnante résistance de ce sujet à l‘épuisement, comme si chaque nouvelle cerise posée sur la toile renouvelait dans la gourmandise l’essence même du désir de peindre.

La cerise est apparue dans le travail de Jacques Halbert au milieu des années 70, comme une réaction provocatrice à l’aspect cérébral du mouvement Support/Surface omniprésent dans l’environnement artistique du moment. L’irruption incongrue, presque charnelle, des cerises sur les toiles bleues que l’artiste réalisait alors signent une réappropriation de sa pratique en accord avec sa personnalité profonde, celle d‘un artiste épicurien, digne héritier des exubérances dada, tendance Picabia. La cerise le mène rapidement sur le terrain d‘un art d’attitude, prémice des performances qui constituent un pan important de sa pratique : l’artiste se fit connaître à la même époque en arpentant avec son triporteur les vernissages parisiens, vendant gâteaux et tableaux aux cerises.

L’art de Jacques Halbert est nourri à tous ses niveaux de la grande histoire de la peinture. Ses oeuvres „cerisistes“ utilisent un motif explicitement figuratif pour un travail abstrait. De la même façon, elles se situent de façon étonnante au confluent de deux états d’esprit divergents des avant gardes qui ont depuis les années 70 profondément redéfini le paysage artistique. Par certains aspects, son travail rappelle certains mouvements radicaux, qui ont repoussé la peinture dans ses limites les plus extrêmes, comme BMPT, (notamment Daniel Buren et Niele Toroni), Support-Surface, mais aussi des démarches singulières comme Roman Opalka. Mais en choisissant la cerise, Jacques Halbert court-circuite cette tendance radicale en y intégrant humour et dérision, ainsi qu’une vitalité pop, qui le situent aussi dans la filiation de l’esprit Fluxus et de toutes les tentatives artistiques visant à relier l’art et la vie.

Delphine Masson, à l’occasion de l’exposition rétrospective consacrée à Jacques Halbert au CCC de Tours en 2006

Jacques Halbert

Jacques Halbert, on le sait, apprécie les sujets de fruits et d’agrumes qui se répètent comme les motifs d’un papier peint, et qu’il ose faire rouler sur ses toiles en déclinant un nuancier aux couleurs les plus jeunes. Dans une apparence de disposition aléatoire, ou strictement orientée, des cerises rouges, croquées, croquantes, viennent, véritables petites boules d’énergie céleste et végétale, scintiller sur la toile. Les sujets de Jacques Halbert, contrairement à l’ordinaire dans ce domaine, ne craignent ni les sujets simples ni les couleurs franches, bien au contraire, et si la tendance actuelle est triste et pondérée, conceptuelle et austère, ses peintures ne sont surtout pas là pour nous le rappeler.

Est-ce à dire pour autant, que Jacques Halbert se fait le maître d’œuvre de la frivolité, si, par une véritable prouesse picturale généreuse et vivifiante, la frivolité parvient par là à se transcender elle-même ? L’artiste sème comme le marchand de sable ses cerises scintillantes sur le sommeil des anges, mais marque aussi de son nombre chaque cerise peinte. Sans doute s’agit-il par là aussi de ne pas faire adhérer le sujet à la cruauté des fonds, d’échapper à la morosité du non-dit, à l’avarice du presque rien, et au fondamentalisme du non-peint. S’il y a motif, s’il y a figuration, il y a encore dans le propos une démarche d’abstraction. On trouvera en effet, dans le traitement merveilleux des couleurs et des textures du support, quelque chose d’insondable, d’impalpable et d’impénétrable même si, mis en avant sur des aplats qui fondent, des cerises perlent des larmes de chair vivante.

Frédéric Bouglié, Vous êtes ici, catalogue du Fonds Régional d’Art Contemporain Auvergne, acquisitions 2000-2006, Clermont-Ferrand, 2006

Jacques Halbert

Scandaleuse liberté, digne héritière de l’exhubérance Dada, tendance Picabia. Et révolte supérieure de l’esprit. Celle-ci sied à Jacques Halbert qui, rappelons le, se permit un jour en guise d’appropriation et d’hommage, d’apposer – sans dommage - l’une de ses cerises sur un Picabia du musée. Comment, ici, ne pas rappeler le « Manifeste cannibal », la scansion de « Dada n’est rien. Comme vos paradis : rien »17. « Y’a bon Picabia ! » bonimente, avec le rire de Jacques Halbert, le tirailleur sénégalais de Banania, peint sur le coffre de la Peugeot 403, version 1962, couverte de cerises, customisée dira-t-on, et aujourd’hui garée au beau milieu de l’atelier18. Oui l’empreinte de la cerise, au sens toronien du terme, s’applique partout. Sur des boîtes de camembert, des affiches Mao, des bons points distribués aux enfants méritants, des reproductions de tableaux de maîtres anciens et modernes, des peintures trouvées. Elle contamine tout support et surtout se peint sur toile, cerise toujours dupliquée, jamais épuisée. Rarement solitaires, au moins par paires, souvent alignées, en quadrilles, essaimées, constellantes, les fruits sont à maturité. Il y a des « Cerises bleues sur fond bleu », des « Cerises blanches sur fond blanc », des « Cerises vertes sur fond vert », des « Cerises jaunes sur fond jaunes » et, on s’en doute, des « Cerises rouges sur fond rouges ». Le sujet résiste au fil de ces inlassables répétitions d’une même cerise. J’aime le protocole que Jacques Halbert établit dès 1975. Il tient de la méthode ABC Ecole de Paris (« comment peindre une cerise en huit phases et temps de séchage »), de la recette de cuisine, se teinte d’esprit Fluxus et remet dès lors en question avec impertinence l’absolutisme des positions minimalistes et conceptuelles en vogue à l’époque, qu’il s’agisse, dans le paysage français du moins, du dogmatisme de Support / Surface ou du radicalisme des positions de B.M.P.T. Avec la vivifiance du chant du merle moqueur, l’obsessionnelle aventure cerisiste élargira ses horizons : Jacques Halbert se revendique d’un art d’attitude, au sens où l’entend Ben Vautier, entretenant des rapports étroits avec les arts de la table, lorgnant du côté de l’ « Eat Art » de Spoerri, rien d’austère assurément ; parce qu’il est vital d’arpenter les lieux de l’art avec un triporteur transformé en « galerie Cerise », afin de vendre, comme à la criée, tartelettes et tableaux aux cerises, important de chanter des recettes ou de déclamer un menu cerise devant les Noces de Cana de Véronèse, essentiel de naviguer sur la Loire toute toile aux cerises dehors, excitant d’organiser des Fashion Show cerisistes à New York ou de se prendre pour un pâtissier pâtissé, inattendu d’offrir un « dix nez » aux cerises à toute une kyrielle de convives ou de se commettre dans des séances de peinture au marteau. (…)

Le motif, ce qui fait l’objet d’une répétition de forme bien définie, régulière et continue, est ici ce qui catalyse une obsession, un univers, une façon de percevoir le monde et de le vivre. Dans le cas de Jacques Halbert, la cerise passe de l’état inerte à l’état vivant : « La matière qui l’a formulée, écrit Frédéric Bouglé, se fixe dans le geste de peindre entre agrégation et dissolution du sujet, entre sexualité suggérée et sensualité affirmée, entre culture culinaire, culture populaire et culture savante, entre, enfin, la joie prégnante d’un présent exalté et les temps jamais oubliés d’une cueillette passée »

Jean-Michel Botquin, dans le Paradis perdure, 2013

Jacques Halbert

Jacques Halbert

Jacques Halbert, Came à yeux, huiles sur toile, 160 x 160 cm, 2012

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Leur activité monomaniaque – n’ayons pas peur des mots - procède d’une même énergie et d’une même opiniâtreté. Jacques Halbert peint des cerises ; Capitaine Lonchamps enneige le monde. Tous deux font fi des saisons. L’un ne cesse de dupliquer cette cerise dont il goûte, avec la conscience de l’illusion, les infimes variations de sensations colorées et lumineuses, qualifiant son grand’ œuvre de « cerisiste ». Le second a décidé de faire de la neige une exception, d’investir la nature impondérable du flocon de neige, de multiplier sur tout support ces points blancs mouchetés. Peintre « neigiste » depuis 1989, Lonchamps déclare avec sérieux que « ne neige pas qui veut ». Ces deux artistes ont eu l’occasion de croiser leurs singulières expériences en 2010 et de se commettre en deux œuvres communes, Lonchamps recouvrant de flocons deux tableaux cerisistes de Jacques Halbert. Ils ont frappé à nouveau, à quatre mains, sur trois toiles imprimées indiennes, qu’il nomment « les Hindoues dingues ».

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (1), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 57 x 86 cm, 2013

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (2), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 176 x 51 cm, 2014

Halbert-Lonchamps

Halbert & Lonchamps, Hindoue dingue (1), acrrylique sur toile imprimée trouvée, 57 x 78 cm, 2013

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Jacques Halbert

La Cuisine cerisiste de Jacques Halbert
Peindre des cerises, partout, tout le temps, et ne penser qu’à ça.

Antécédents : le Capitaine Lonchamps a enneigé le bureau de la galerie Nadja Vilenne en 2004. Voici Jacques Halbert qui encerise la cuisine.

Date : novembre 2013.
Lieu : cuisine – bar de la galerie Nadja Vilenne à Liège.
Brigade : Jacques Halbert, assisté par Laetitia Lefèvre.
Recette mise en œuvre : Comment peindre une cerise (1975)

« Pour mener à bien cette entreprise, il est conseillé d’être habile et patient. Le travail s’effectue en huit phases et temps de séchage :
1. Vous dessinez un cercle vaguement ovale que vous remplissez de carmin
2. Vous appliquez sur la partie gauche de la cerise une lune de terre de sienne brûlée
3. Vous mettez du rouge vermillon sur le bout de votre index droit et vous l’appliquez sur le milieu de la cerise, un peu à droite
4. Vous mettez maintenant du rose sur le même doigt, très peu, et vous le posez au centre de la tâche rouge vermillon
5. A l’aide d’un pinceau fin, vous appliquez un point blanc sur la tâche rose
6. Toujours avec ce pinceau fin, vous mettez un filet de terre d’ombre brûlée sur l’extrémité gauche de votre cerise
7. Vous dessinez au pinceau fin chargé de vert émeraude la queue du fruit
8. Vous éclaircissez, avec du blanc, votre vert émeraude et vous en mettez un filet sur la queue.

Si vous avez suivi à la lettre ces conseils, vous avez sous les yeux une cerise peinte par vous. Vous êtes donc un artiste. »

Mûrissement : une semaine
Additifs au mûrissement : vins de Bourgueil, Chinon, Saumur Champigny.
Dimensions : all over. Composition : aléatoire. Nombre de cerises : indéterminé.

Jacques Halbert

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Ce jeudi 16 janvier 2014 à 19h, vernissages de quatre expositions monographiques.
Rendez vous en compagnie de Jacques Lizène, Jacques Halbert, Capitaine Lonchamps et Emilio Lopez-Menchero, afin de feuilleter quelques neiges, sous les cerises, écoutant de la musique à l’envers et même doublement à l’envers, au Checkpoint Charlie. D’après Jacques Lizène, on ne s’ennuiera pas un seul instant.

Jacques Lizène

Jacques Lizène
Musique à l’envers et doublement à l’envers. Extention du domaine du Perçu – non perçu. En remakes.

Jacques Halbert

Jacques Halbert

Capitaine Lonchamps

Capitaine Lonchamps. Fatal.

Emilio Lopez Menchero

Emilio Lopez-Menchero. Checkpoint Charlie.

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