Jacques Lizène, chaises,1964, en remake

Art syncrétique, chaise découpée, 1964, en remake 2011

 

A genoux, couchées, découpées, hybridées par deux, par trois, en frise, au mur, au sol, sur leur caisse d’emballage, associées à d’autres oeuvres, les chaises sont nombreuses dans l’exposition de Katowice.

Chaise.1964. Les chaises dorment assises, les chaises dansent, les chaises gondolent, ce sont autant de projets de Sculptures nulles, 1980, que Jacques Lizène réalisera dès la fin des années 90. Et le motif de la chaise est particulièrement vif dans l’œuvre du Petit Maître tant on peut l’associer à toute une série de préoccupations. Les chaises, en effet, sont corps et armatures. Des corps assis, des corps couchés, dansant et même déglingués, au bord de la chute ; elles sont aussi, à l’opposé, armatures, châssis, cadres, ossatures, toutes choses que Lizène a sondées dans l’Art spécifique des années 1967-1970. En fait, nous tenons là deux attitudes fondamentales : celle du corps burlesque qui chavire et chute, celle de la structure, de la charpente d’une œuvre construite dans une cohérence singulière. Or on sait combien l’ossature est liée à la génétique et à la mort, deux thèmes premiers dans l’œuvre lizénienne. Les chaises disséquées sont comme des corps désormais absents. La chaise est également, dès 1964, sujet d’Art syncrétique, comme bon nombre d’objets : « Croiser toutes sortes de choses comme des animaux, des visages, des architectures, des arbres, des voitures, des chaises, des sculptures. Découper et mélanger deux styles, projet de sculpture, 1964 ». Lizène découpera nombre de chaises en Sculptures nulles, croisements de tous les styles dans un charivari de brocante, des objets idiots et donc singuliers, métissés, allant par paires comme les chromosomes. Ces chaises ainsi croisées peuvent, c’est presque du domaine d’une anthropologie tribale, devenir totems de chaises (tout comme les totems vidéos de 1971), comme elles peuvent devenir cadres de chaises. On retrouve là et le corps et son ossature, son châssis, sa structure.

Chair. 1964. Chairs Sleep Sitting Down, Chairs Dance, Chairs Buckle: these were all ideas for Worthless Sculptures, 1980, that Jacques Lizène made at the end of the 1990s. And the chair motif is particularly lively in the work of the Minor Master for it can be related to a whole series of preoccupations. Chairs are indeed bodies and frames. Seated bodies, reclining bodies, dancing and even battered bodies, about to fall. They are also, in opposition, armatures, stretchers, frames, structures, which are all things that Lizène explored in the Specific Art from 1967 to 1970. In fact, we have here two fundamental attitudes: that of the burlesque body that wobbles and falls, and that of the structure, of the frame of a work, built with a singular coherence. Now, we know how much structure, the bones, is bound up with genetics and death, two prominent themes in Lizène’s work. The dissected chairs are like now-absent bodies. As of 1964, the chair was also a subject of his Syncretic Art, like many other objects: “Cross all kinds of things like animals, faces, architecture, trees, cars, chairs, sculptures. Cut out and mix two styles, sculpture project, 1964.” Lizène cut up many chairs to make Worthless Sculptures, crossing all the different styles in a hullabaloo of knickknacks, objects that are idiotic and therefore singular, mixed, going in pairs like chromosomes. Thus crossed, these chairs can – we are almost entering the domain of tribal anthropology here – become chair totems (like the video totems of 1971), just as they can become chair frames. Here we come back again to the body and its bones, its stretcher, its structure.

Art syncrétique, chaises découpées, 1964, en remake 2011
Art syncrétique, chaise découpée, 1964, en remake 2011
Art syncrétique, chaises découpées, 1964, en remake 2011
Art syncrétique, chaise découpée, 1964, en remake 2011
Art syncrétique, chaise découpée, 1964, en remake 2011